Alone & Me – My Fucking Project

Penser qu’avoir vu Alone & Me en concert, c’est avoir tout vu. Penser qu’avoir échangé des mots avec elle, c’est avoir tout compris de sa musique. C’est avoir fait le tour de la question. C’est supposer que le projet est stérile. Mais avec Alone & Me, impossible de boucler la boucle, tellement de richesses débordent des bagages. Retour sur un album sorti l’an dernier, immortalisé sur disque, mais qui nous donne encore à dire.

Alone & Me - My Fucking Project

Avant la première écoute, cette appréhension de perdre une certaine dimension. Précieuse dimension du live. Perdre cette chose animale qui nous vient quand on assiste à un concert d’Alone & Me. D’ailleurs, enregistrer l’album sur scène, la jeune femme y a songé. Pourtant c’est bien en studio que les 10 titres ont fini par être captés. En petit comité. Et dans la mesure du possible, en une prise. Quelque chose d’instinctif.

My Fucking Project, c’est 10 titres qui s’enchaînent dans une tension enivrante. Tour d’horizon de ce spécimen.

Alone & Me

L’album débute sur trois puissants titres, « Strange Day » – « In the Air » – « Would you ». Une intensité qui monte. Monte. Jusqu’à toucher l’apogée de l’album. « Would you ». Du tragique, du ténébreux, du douloureux. Il y a quelque chose de dérangeant. Ce quelque chose qui fait qu’on n’est pas tranquille, qu’on ne contrôle plus grand-chose. Non, Alone & Me ne nous laisse pas inerte. On enchaîne les sensations. Poussé dans nos retranchements.

« What if I… » semble être l’ouverture d’ « Is that what you want? ». Le terrain d’entente entre nervosité et apaisement. Reprendre son souffle, tant bien que mal. Même si murmures et échos, nous rappelle que la tranquillité n’est ici qu’un faux semblant.
De même « Is that what you want? » morceau parlé. Récité. En qui on aurait pu voir une trêve, mais qui en reste peut être le morceau le plus troublant de l’album. Tension animale. Sexuelle.
« Selling Jesus » m’a fait découvrir Skunk Anansie. Belle découverte. Pourtant la reprise n’en reste pas moins à part. Complètement réappropriée. Complètement convaincue et convaincante. Pas apaisée d’un poil, mais tellement plus précise et incisive dans ce qu’elle puise, dans ce qu’elle vise.

« Secret Light ». Simplement, une guitare, un violoncelle envoûtant, et une voix écorchée. Un tout planant.
Le calme avant la tempête. « The Queen » débarque. Un son plus saturé. Un chant plus énervé. Un cri. Et nous, on ne comprend plus tout à fait notre corps.

My Fucking Project, c’est un coup de poing. C’est ne pas vraiment savoir ce qui nous arrive. C’est quelque chose qu’on ne s’est jamais pris dans la face. Une maîtrise de l’instrumental. Une voix qui va là où il faut. Des sensations qui renversent. À chaque écoute, l’album se réinvente, par superpositions de sons, de voix. Notre oreille ne peut s’ennuyer.
Là, où sur CD, le projet perd, un peu, de ce qu’il a de brut, il le regagne en pureté. Peut-être le simple effet d’un enregistrement digital. À l’image d’une pierre précieuse qu’un joaillier aurait taillée.

Alone & Me

aloneandme.com
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Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes