[EP] Alice et Moi – Filme Moi

Maniant l’art de la dichotomie et du double visage avec une redoutable finesse, Alice et Moi délivre cinq pistes à la fois sulfureuses et d’une superbe humanité, constats d’une image projetée, de ses conséquences et de ses expériences. Un besoin primordial d’exprimer aussi bien la tentation que le désir, à travers une danse suspendue sur le fil d’une existence en perpétuelle évolution.

« Filme Moi » nous avait déjà présenté Alice et Moi face à un dilemme qui, comme on peut le constater aujourd’hui à l’écoute de son EP, s’inscrit dans sa démarche artistique de façon aussi intense qu’inévitable : faut-il paraître, quitte à y perdre son âme ? Car Alice et Moi est un paradoxe : celui de l’apparition, tendre et ouvrant ses bras avec générosité et le sourire aux lèvres, face à la protection de l’individualité et de la manière dont des êtres peu scrupuleux seraient susceptibles de s’en servir, à leurs fins versatiles. Dans un tourbillon électro-pop délicieux et corrosif, Alice et son double se confrontent, se tournent autour et nous prennent comme témoins ; rôle que nous acceptons sans résistance, tant le spectacle intérieur et palpitant que nous contemplons peut nous apprendre sur nous-mêmes et sur nos propres manières de ne pas laisser l’aspect prendre le pas sur la personnalité.

« Filme Moi », dont nous avons déjà parlé ici, faisait du culte physique un aboutissement à la fois ironique et, malheureusement, beaucoup trop d’actualité, mais avec une finesse mélodique et analytique valorisant la sensibilité de la compositrice. Cette même dévotion que l’on retrouve dans « Il y a », description sans fard et mélancolique de la vision d’autrui faussée par l’envie ; le corps se substitue à l’être, alors autant rester seul(e). Là où la passion charnelle d’un soir pourrait tout gâcher, Alice et Moi favorise le repli sur soi, tissant son cocon musical comme une carapace au creux de laquelle elle peut se réfugier pour ne plus sentir ni blessures, ni morsures. Créature sensitive et lucide, elle s’incline et se met en retrait dans « C’est toi qu’elle préfère », sachant que l’autre pourrait être l’apparence d’une seule et même femme, le masque qui dissimule la vérité. Jeu du chat et de la souris entre les caractères, « Cent fois » accueille et rejette, attire et repousse, dans une constante nécessité de se savoir être pour ce que l’on est. La liberté viendra d’un paysage, d’une scène presque surréaliste sur le sublime « Éoliennes », apaisement après le tourment et la lutte.

Là où certains verront une illustration en douceur de la schizophrénie, d’autres sauront que la voix d’Alice est celle de toutes celles et de tous ceux qui se laissent dépasser par le paraître sans pouvoir résister à cette stupide tentation. Point de vue d’une profondeur inégalable sur un univers où le papier glacé vaut mieux que les feuilles abîmées d’un livre de poésie ou de philosophie, « Filme Moi » introduit Alice et Moi comme la porte-parole d’une génération n’ayant pas besoin d’être considérée comme physiquement irréprochable mais, avant tout, artistiquement admirable. Un disque aussi malin et cathartique que vital pour chacun d’entre nous, réconciliant nos craintes de ne pas devenir et nos irrémédiables besoins de laisser le ressenti nous représenter, nous révéler.

crédit : Randolph Lungela

« Filme Moi » d’Alice et Moi est disponible depuis le 27 octobre 2017 chez Premier Amour.


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