[Entourage #67] Ali Danel

Petit prince du folk francophone, Ali Danel est un conteur des temps modernes en liberté, un voyageur des terres fertiles de la country au service d’une poésie des grands espaces. Au banjo ou à la guitare, ce chantre de l’anti-folk, sans antisèches, avide de nouvelles aventures comme dernièrement avec son frangin des îles, Cl3mson, s’envolait cette semaine pour la Belle Province, pour un Québec Tour passant par Montréal, Québec, Tadoussac et Granby. L’occasion de s’échauffer la voix au contact du Gulf Stream avant de pousser la chansonnette au nord de la France dans le cadre du Crossroads Festival. Pour indiemusic, Ali Danel, oui, c’est bien lui, voix grave et stetson dessus les rouflaquettes, se remémore avec sa bienveillance et sa légèreté caractéristiques, quelques rencontres inopinées et heureuses.

crédit : Laurène Vatier

Florent Le Duc

J’ai rencontré ce grand homme au Crossroads Festival en 2017. Après une journée à errer dans les rues de Lille en oubliant de manger, j’ai passé la soirée à danser avec une blonde qui connait bien Florent, musicien et directeur du superbe Festival Francofaune. Dans cette ambiance folle, Florent s’est montré très enthousiaste avant même de découvrir ma musique. Un mois plus tard, je sors donc de ma Picardie pour découvrir ce fameux festival à Bruxelles, et revoir la blonde qui devient ma compagne. Florent m’accueille avec énormément de bienveillance et me programme pour l’édition suivante du Francofaune, durant laquelle je me produis devant des programmateurs québécois. C’est ainsi que je me retrouve à tourner au Québec en août 2019, réalisant mon rêve de gosse. Sans compter que Florent me fait des retours enthousiastes et pertinents sur mes maquettes d’albums, et qu’il m’a aidé à trouver un financement pour mon voyage au Québec… Je lui dois une grande partie de ma réussite professionnelle, alors que je ne l’ai vu que trois fois dans ma vie ! Et il y a un truc que j’ai oublié de vous dire : Florent ne m’a jamais vu en concert.


Ty Segall

Jeune figure déjà emblématique du garage rock américain, Ty Segall m’inspire beaucoup. J’ai eu la chance de faire sa première partie à La Lune des Pirates d’Amiens en 2012 avec mon ex-groupe Rollin’ Bunkers ; je venais d’avoir 18 ans. Et comme une petite blague du hasard, on s’est retrouvés sur la même page de Rolling Stone Magazine à la sortie de mon album « En Liberté » en septembre 2018. Ce type est vraiment sympa, j’ai échangé avec lui quelques mots avant qu’il ne reprenne sa route, il m’a dit qu’il parlait peu le français, mais connaissait un mot totalement désuet : « chouette ». Comment lui dire que c’est probablement le mot que j’utilise le plus souvent ?


Thibault Fournaise

Thibault a commencé à organiser un festival dans son village à 13 ans. Comme on est tous deux nés en 1994 dans l’Oise, et que j’ai commencé les concerts à 10 ans, j’ai joué dans la première édition de son Festival de l’Amitié. On ne peut pas dire qu’on était amis à ce moment-là, car on ne se connaissait à peine et je ne savais même pas qui organisait ce festival. Plus tard je l’ai même craint, en cours de terminale au lycée de Noyon : quand le prof avait fini la cinquième reformulation de son explication, demandant si cette fois tout le monde avait bien compris, je n’avais pas besoin de me retourner vers le rang du fond pour savoir que Thibault allait choisir ce moment précis pour se réveiller et lever la main. Le temps a fait son œuvre, et l’Amitié a fini par opérer ; c’est Thibault qui réalise la plupart de mes clips depuis 2016 ; c’est certainement mon collaborateur le plus dévoué. Celui qui paraissait être à la ramasse quelques années plus tôt n’est autre qu’un génie pratique aux mille compétences que l’école n’aurait su valoriser. Un ami fidèle, précieux, plein de ressources et d’humour.


Cyril Doche

J’ai eu beaucoup de projets avec mon grand-frère, et je lui dois beaucoup ; ma première guitare, mon nom d’artiste, une grande partie de ma culture musicale et même l’idée que je pourrais vivre de la musique. S’il ne m’avait pas encouragé, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui, car à 21 ans, malgré 11 années d’expériences scéniques et discographiques, je n’avais toujours pas réalisé que je pourrais faire de ma passion mon métier. Même si nos chemins se sont éloignés, je lui serai toujours très reconnaissant pour tout ça, et bien d’autres choses qu’il a assumées en tant que grand-frère. Je voudrais aussi le féliciter de m’avoir enrôlé dans son groupe de rock Les Crâneurs alors que j’avais 14 ans, tout en me montrant qu’on peut être festif sans aller aussi loin que ceux qui ne se souviendront pas des après-concerts… Bel exemple.


Le hérisson dans mon jardin

C’est la dernière personne que j’ai vue avant de répondre à cette interview. Je vais parler de lui au féminin parce que j’ai parlé déjà parlé de quatre hommes alors ça m’arrangerait bien que ce soit une femme. Ce n’est pas la première fois que je la rencontre, elle dort probablement dans le buisson en face de chez moi. Je l’ai regardée depuis mon balcon, elle a immédiatement remarqué que je l’avais repérée. On est resté.e.s quelques secondes à se regarder dans les yeux, et puis j’ai décidé de lui apporter un bol d’eau parce que c’est la canicule. Entre temps, elle a parcouru environ 20 cm pour cacher sa tête sous une branche. Elle a dû me prendre pour une taupe, car c’était difficile de ne pas la voir, en plus sa respiration faisait bouger tout son corps épineux. J’ai pensé aux enfants qui se cachent les yeux et pensent être invisibles du fait qu’eux-mêmes ne voient pas. Je me suis approché à tâtons, faisant du bruit avec l’eau du bol pour qu’elle comprenne que je lui apporte de l’eau. Très têtue, elle a refusé de me répondre et de sortir sa tête de sa cachette, alors j’ai laissé le bol et je suis venu répondre à cette interview. J’espère qu’elle a osé boire et qu’elle n’a pas trop chaud avec tous ses poils.


Pour l’ami Danel, l’aventure avec un grand A se poursuit dès aujourd’hui de l’autre côté de l’Atlantique pour une mini-tournée de sept dates à travers le Canada francophone. Direction Québec et Montréal d’abord, puis top départ pour le village de Tadoussac jusqu’au festival international de la Chanson de Granby pour deux ultimes dates. Et quand on connait un peu le gaillard de 21 ans, on se doute déjà un peu, avec qu’avec sa fantaisie et sa spontanéité caractéristiques, cela débouchera plus tôt que tard sur de futurs duos transatlantiques. Pour les frenchies, vous retrouverez Ali Danel et ses ami.e.s à la rentrée, au Théâtre Pierre de Roubaix, le jeudi 12 septembre dans le cadre du Crossroads Festival.


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