[Interview] Adrien Soleiman

Il jouera sur la scène de l’Industrie de Rock en Scène, vendredi 26 août, avant la sortie de son premier album, « Brille », le 23 septembre prochain. Adrien Soleiman se révèle chanteur et rêveur dans une aventure pop française bien plus intimiste que ses précédentes expériences de groupe. Pour indiemusic, le jeune trentenaire parisien revient sur sa rencontre avec le label Tôt ou Tard, l’enregistrement avec Ash Workman de ce premier long format au Studio Black Box et nous parle des thématiques centrales de son projet.

crédit : Julien Mignot
crédit : Julien Mignot
  • Avant Adrien Soleiman, il y a eu, entre autres, les aventures DAD et Casamance. Qu’est-ce qui a motivé cette épopée en solitaire ? Avais-tu des appréhensions quant à la présentation d’un projet sous ton prénom et sans masque ?

Ça fait 15 ans que je suis dans le circuit si l’on peut dire et, effectivement jusqu’à présent, je me suis toujours produit au sein de groupes. Cette aventure sous mon nom est radicalement différente et volontaire bien sûr. Elle vient d’une envie de nouveauté, d’une prise de risque, de passer de l’instrument à la voix et aussi d’écrire donc. De me raconter et de raconter tout court. Alors oui ; une certaine appréhension, mais rien de nocif, au contraire. C’est toute une nouvelle pratique qui s’ouvre à moi et qui, ma foi, est très excitante. Mon nom, mes chansons, la trentaine passée et une envie de fraîcheur.

  • Ta signature avec le label Tôt ou Tard (Yael Naim, Vianney, Pamela Hute, Ben Howard…) est survenue quelques mois avant la sortie de ton premier EP « Rue des étoiles », du nom de ton premier single. Peux-tu me parler de ta rencontre avec le label ?

Alors ma signature a eu lieu en juin 2015, un peu moins d’un an après la sortie de mon EP. Les rendez-vous ont commencé après que je fus nommé « coup de cœur des inRocks Lab 2015 » tout s’est accéléré.  Pendant quasiment une année, j’ai vu, je pense, la majorité des acteurs de l’industrie musicale en France ; l’occasion de rencontres et de comprendre aussi ce qu’il en était. Une expérience très instructive. En ce qui concerne le label Tôt Ou Tard, j’ai d’abord rencontré Juliette de chez Zouave productions qui est le tourneur du label et qui a ensuite fait découvrir mon EP à Vincent Frèrebeau (fondateur du label), que j’ai eu la chance de rencontrer par la suite. Avec Tôt Ou Tard, tout s’est fait de façon limpide et saine, et en toute objectivité au-delà de la proposition. C’est avec eux que je me suis senti le plus chez moi. Un esprit de famille, une maison indépendante avec une équipe composée de réelles individualités toute aussi riche les unes que les autres.  Je n’ai pas eu à réfléchir bien longtemps ; j’ai donc très vite avancé avec eux.

  • As-tu l’impression de proposer une certaine dream pop à la française tant ta musique est portée sur l’imaginaire et l’évasion ?

Je ne suis pas vraiment à l’aise avec les styles et noms qu’on peut mettre sur tel ou tel artiste. Finalement, c’est aux gens qui écoutent de l’associer à ce qu’ils veulent, car moi, je ne saurai pas te dire si c’est de la dream pop ou autre chose. L’imaginaire et l’évasion, oui, je suis d’accord. Je pense surtout proposer une musique sensible, sincère et rigoureuse qui, je l’espère, saura être appréciée.

  • Les textes sont très imagés, comme des vignettes de souvenirs assemblés poétiquement. D’où tires-tu ces souvenirs ? Et comment les reconstitues-tu au moment de l’écrit ?

Je tire ces souvenirs de mon existence bien entendu ou de celles de personnes que j’ai pu fréquenter ou que je fréquente aujourd’hui. C’est ma première inspiration : ma vie, ma famille, mes amis et mes amours. Et c’est d’une banalité sans nom finalement, mais c’est ce qu’on a tous en commun. J’essaye d’exprimer ces souvenirs sans trop de détails ni de lieux et encore moins de noms. Aussi, les lectures différentes me semblent importantes. J’essaye de ne pas être trop narratif et d’utiliser des images dans lesquels on peut y reconnaître une part de soi.

  • L’écriture est-elle pour toi un exercice intuitif, naturel ou au contraire, te met-elle dans le doute, dans le questionnement ?

Au départ, j’ai écrit de façon spontanée sans me prendre au sérieux. – D’ailleurs j’essaye de ne toujours pas me prendre au sérieux – Naturel, ça pourrait le devenir à force de travail, ce à quoi je me consacre quasiment quotidiennement pour nourrir mes carnets et avoir de la matière. Le doute et le questionnement viennent se mêler à l’histoire à chaque fois, mais, bien entendu, comment être sûr de ce que l’on écrit ? Il faut douter pour chercher encore et encore la meilleure formule, la plus belle image, pour donner la profondeur voulue et idéale au texte.

  • Ton premier album « Brille » sortira le 23 septembre prochain. Comment prépares-tu cette rentrée musicale et cette sortie d’album ?

Adrien Soleiman - Brille

J’ai hâte ! Vraiment. Je suis très concentré et prêt à vivre une belle expérience intense et riche en émotion. Évidemment, je suis aussi très anxieux quant à l’accueil de ce disque par le public, mais ce n’est pas entre mes mains, et la seule chose que je peux faire, c’est de travailler et d’être prêt pour cette nouvelle aventure.

  • Il semble y avoir quelque chose de très personnel dans les thématiques de « Brille », qui ont rapport aux sentiments intimes : « Frappe-moi d’amour », « J’ai le cœur enflé » ou « Près de moi ». Est-ce que « l’intimement toi » est la colonne vertébrale de cet album ?

Oui, j’en parlais un peu plus haut. C’est personnel, mais, encore une fois, sans référence précise, car ma vie n’intéresse que moi. C’est un premier album en tant que chanteur et auteur alors j’imagine que, comme toute première fois, nous sommes maladroits et que ma nouvelle posture vient aussi d’histoires personnelles qui m’ont aiguillé vers ce nouveau chemin. Je continuerai sûrement avec l’intimement moi qui est l’essence même de mon inspiration et qui me semble être le ton de la sensibilité et de la transparence sans jamais effleurer l’impudeur.

  • Tu es parti enregistrer ce disque au Studio Black Box, à Noyant-la-Gravoyère, près d’Angers, qui a accueilli de très nombreux groupes internationaux (The Kills, Shellac, Metronomy ou encore dEUS). Comment s’est déroulé l’enregistrement avec Ash Workman ? Comment avez-vous travaillé la vision d’ensemble de l’album ?

Oui, Black Box est un studio incroyable au milieu des champs qui offre une concentration et une détente qui n’a pas de prix. Nous avons travaillé sur cet album avec Ash Workman (Metronomy, Christine and the Queens, Frànçois and the Atlas Mountains). Je n’avais jamais travaillé avec un réalisateur auparavant, mais j’étais déjà venu au Black Box faire l’album de DAD. J’y avais donc déjà mes repères. Le travail avec Ash fut très enrichissant ; c’est quelqu’un de simple et de très ouvert avec qui j’ai adoré travailler. On retravaillera ensemble, c’est une évidence !

crédit : Julien Mignot
crédit : Julien Mignot
  • Tu seras en concert à Rock en Seine le 26 août prochain. C’est une date clé avant la sortie de ce premier album. Comment prépares-tu ce passage sur scène et seras-tu seul pour défendre tes titres ou bien accompagné ?

Oui, Rock en Seine, quelle chance de pouvoir m’y produire et de présenter ma formule live avant la sortie de l’album. Nous serons cinq sur scène avec mes musiciens Maxime, Pierre, Richard et Arnaud qui ont enregistré le disque avec moi. Avec eux, je me sens en pleine confiance et nous formons une belle famille. Je suis très bien entouré, j’ai de la chance. J’en suis conscient alors pourvu que ça dure.

  • Pour finir, peux-tu me dire quelques mots sur ton projet ambient et drone, Théodore Lüne ?

Oui, un projet complètement underground où je suis seul avec mon premier instrument : le saxophone. Un jour, j’ai demandé à Richard si je pouvais enregistrer une cassette pour son label Hylé Tapes. Je suis allé chez lui et j’ai enregistré l’album en une après-midi. J’en avais besoin : être seul avec mon instrument, me confronter au silence et à ma pratique première. Je n’ai plus trop le temps en ce moment, mais le saxophone reste ma moelle épinière.


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