Quand l’avenir vient pointer son doigt sur la salière bolivienne d’Uyuni, l’un des endroits les plus isolés de la planète, le destin de ces antiques plaines séchées s’en retrouve bousculé, et sur cette terre cristalline, un jeune ramasseur devient à son insu le dernier lien entre le vieux et nouveau monde. Cette jonction entre les conditions humaines et naturelles est conduite par le score original d’Adam Bryanbaum Wiltzie, l’une des forces créatrices de A Winged Victory For The Sullen et Stars Of The Lid. « Salero » est une conquête dronesque et poétique, d’une puissance émotionnelle hors-norme, accompagne les contemplations de ces travailleurs du sel vers une reconquête éclatante de bravoure.

Nous devons beaucoup à Wiltzie. Pour les aficionados avides de nappes dronesques et ambiantes, il est l’un des dieux du genre, surtout vénéré pour ses travaux avec Brian McBride dans la formation de Stars Of The Lid. Cette culture hors-sol fut très vite adaptée sur d’autres parcelles, plus mélancoliques cette fois, avec le projet cinétique de A Winged Victory For The Sullen que Wiltzie partage avec le compositeur et pianiste Dustin O’Halloran. Récemment, il a amassé toutes ses expériences pour s’essayer en solo avec le court mais sublime « Travels In Constants Vol 24 », pour lequel nous avions dit tout notre bien. Dans la même lignée, bien chaussé dans les vibrations célestes d’un dramatique crescendo, Wiltzie lie désormais son art à l’art cinématographique (plus précisément documentaire) et le résultat ne se fait pas attendre, car nous n’avons jamais douté de leur extrême compatibilité.
Avec « Salero », documentaire réalisé par Mike Plunkett, il déménage sa distillerie sonore en Bolivie parmi le plus grand salant du monde mais aussi le plus menacé, et suit en musique les saleros de la région, ces petites mains ramasseuses de génération en génération qui sont parvenues à sculpter une existence dans un paysage si stérile et hostile. Sous d’énormes réserves de lithium – un minerai fréquemment utilisé par toute l’industrie technologique –, la terre brûlée d’Uyuni, comme trop cuite sous sa croute de sel, agit comme un véritable catalyseur pour l’exploitation des salants et des habitants aux alentours. Bien que cette extraction soit controversée, du fait qu’elle pollue outrageusement l’environnement, le documentaire de Plunkett se révèle être comme un microscope examinant la vie des travailleurs et l’industrialisation drastique de la région. Au-delà du sujet, la mélancolie des images et ses somptueux travellings ont eu raison de l’inspiration d’Adam Bryanbaum Wiltzie, d’autant plus prolongée et faisant la suite logique à son somptueux premier travail en solo. Les textures de la bande originale y sont évidemment, d’où il aspire également chaque bribe des ses deux autres prometteurs projet. Mais « Salero » se distingue tout de même avec singularité et s’exhorte subtilement de la masse de ses expériences célestes.
« J’ai toujours dit que composer de la musique est infiniment plus facile quand vous avez de belles images inspirantes », déclare-t-il. « Ce fut un plaisir d’écrire une bande originale au-dessus de cet endroit captivant de sel sans fin et miroitant de son imminente disparition. J’ai été fasciné par cet espace mythique et sa capacité à définir les identités des personnes qui vivent à proximité, où le sel lui-même serait le principal personnage. » Survolant ce désert craquelé, reconnaissable par son voilage mélancoliquement futuriste, Adam Bryanbaum Wiltzie insémine sa magnifique substance dans les rigoles tentaculaires des grands lacs de sel, pour essayer de consolider enfin les espoirs et rêves de ces humains au cœur desséché.

« Salero » d’Adam Bryanbaum Wiltzie, sortie le 18 novembre 2016 chez Erased Tapes Records.