Il y a maintenant deux ans, nous avions salué, au sein de la chronique Flash#4, les qualités des premiers pas discographiques autoproduits de Travolta et de son rock instrumental très inspiré. Désormais, le quatuor se nomme TLRVT et revient à la charge avec un nouvel EP, certainement plus apaisé mais toujours aussi chargé en émotions.

Se passer du chant dans l’univers du rock est un vrai challenge, et il faut parfois redoubler d’expressivité pour éviter ce sentiment de manque chez l’auditeur. TLRVT rappelle ainsi, forcément, le Mogwai des débuts, mais ne verse jamais totalement dans les explosions bruitistes récurrentes et caractéristiques des Écossais, en maintenant une forme de retenue tout à fait touchante. Très loin des réflexes post-hardcore qui peuvent irriguer le post-rock et, plus encore, le math rock, nos quatre musiciens expriment une forme de romantisme qui se manifeste à la fois dans le façonnement d’un son de plus en plus marqué, mais également dans la structure narrative de leurs compositions. Chaque morceau procède d’une construction en strates où certains éléments apparaissent et disparaissent à l’envi, tout en évitant de trop gros phénomènes de rupture, symptomatiques du rapport physique et performant qu’entretient une frange du rock indé actuel.
Pénétrer l’univers de TLRVT reste un voyage vers un ailleurs sensible et empreint de nostalgies et de douces rêveries, un chaud-froid bienveillant qui ouvre grand ses portes pour mieux révéler ses émotions contrastées. « Waffle&Worcestershire » débute comme un morceau typique de la référence new-yorkaise Battles, à travers ces soubresauts de basse-batterie énergique et libératoire, puis s’envole ensuite dans les réverbérations de la guitare pour mieux se fondre dans un tapis de distorsion. Dès ce premier titre, TLRVT révèle une palette de colorations sonores signifiantes et évocatrices, qui pourrait couvrir une large période de la pop et du rock indépendants depuis les Smiths (l’influence directe ou indirecte d’un guitariste comme Johnny Marr, du côté d’Adrien, le leader du groupe ?), en passant par les légendaires Slowdive, jusqu’à des groupes comme Interpol (et leur fameux « Untitled » ouvrant le sublime « Turn on the Bright Light » en 2002), ou encore les Américains de Explosions in the Sky, et particulièrement l’album, « All of a Sudden, I Miss Everyone » (2007). Rythmiquement parlant, l’énergie déployée, notamment sous l’impulsion du batteur, inspiré et précis, nous ferait facilement rentrer dans de légères chaloupes de danse spontanées et guidées par un groove insidieux, comme sur le tonique « Baby Spinach&Avocado ».

TLRVT est, sans doute, toujours en phase de recherche, mais affine, avec beaucoup d’intelligence, une identité musicale déjà bien affirmée. En toute indépendance et avec un souci de l’accomplissement artistique qui force le respect, voilà un groupe qui trace son chemin en-dehors de toute forme d’opportunisme, et dont la prochaine étape, certainement décisive, sera, de fait, l’écriture d’un format long ; et, pourquoi pas, sur un label indépendant et passionné, où le combo moitié parisien/moitié clermontois aurait fière allure.
« Classic Waffle » de TLRVT est disponible depuis le 20 Janvier 2018.
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