[LP] Tomalone – Seuls

Même les relations les plus romantiques ont leurs revers ; et, la plupart du temps, ceux-ci se font dans la douleur, alors que l’on constate l’absence et le gâchis laissés par les objets et cœurs brisés. « Seuls » de Tomalone porte un regard à la fois profond et poignant sur les conséquences, ce que l’on ne préfère pas regarder de peur d’en payer le prix pour l’éternité. Sans fard, il ose et expose, à la lueur d’un jour gris, les constats et résultantes de la passion et de la césure.

crédit : Baze

« Le sang et les larmes ne coulent plus / Les aiguilles de ma montre ne bougent plus » : ces premières phrases, prononcées dès les premières secondes de « Seuls », portent en elles tout le sacerdoce de Tomalone. Il ne sera pas question de pleurer sur son sort, de se morfondre ou de se laisser aller. Au contraire : la déchirure qui parcourt l’intégralité du disque est autant une blessure qu’une cicatrice, une plaie béante qui se referme alors que les minutes s’écoulent, inexorables et, paradoxalement, libératrices. La musique de Tomalone, ses élans synthétiques et électroniques lents et mesurés, suivent les contours de cette marque indélébile ; en prenant le temps qu’il faut pour apprendre, subir puis agir.

La fin, donc. Celle que « Toi » nous présente, amère et irréversible, pour mieux nous préparer aux événements à venir. Et ces derniers, mouvementés et chavirant nos âmes, sont nombreux mais ne sombrent à aucun moment dans la facilité. Ainsi, « Dès que tu me touches » paraît issu d’un rêve halluciné, provoqué par l’extase et l’excitation, par une joie bien vite erronée du fait de conséquences brutales ; tandis que, plus loin, « Paréidolie » se fait sensuel et léger, tout en voyant le désir enfler. On pourrait avoir peur d’une certaine forme de mépris, chez Tomalone ; mais, là où d’autres seraient à la limite de la misogynie, le compositeur admet les erreurs des deux sexes. « Prisonnier » est une colère blanche et tourmentée, quand « Regarde-moi » cache le vrai visage de l’individu sous des couches superficielles et protectrices. Car, si schisme il y a, c’est à deux, et pas en solitaire. L’art du créateur resplendit alors, dans un dialogue entre sonorités cristallines et nostalgiques et modernisme désabusé et artificiel (« Tumblr »). L’histoire s’achève sur le magnifique « Réalité », synthèse mystique et poignante de l’égarement qui résonne longtemps après ses ultimes mesures, en nous interrogeant sur une hypothétique « meilleure fin » que l’on serait en droit de rêver. Confrontation du songe et de faits aussi brutaux que tragiques.

Deviens. Existe. Crée ton masque, celui que tu porteras pour dissimuler les traces. « Seuls », au pluriel, ne cherche pas pour autant à nous isoler ; il est un espoir, comme « Ensemble » le prouve, musicalement et visuellement. En ces temps de virtualité, de rencontres et d’échanges par écrans interposés, l’interaction des êtres humains a rarement été autant mise à mal ; et cette fausseté transpire de l’opus de Tomalone. Et si, finalement, la rédemption n’était pas dans l’abandon de la dissimulation ? Si, en sortant de chez soi et de soi, on pouvait enfin trouver l’extrême opposé de la tristesse sentimentale ? Les mots sont faciles, quand on y pense ; les actes, quant à eux, demandent un courage que notre artiste aura pris à bras le corps durant quarante minutes, se sacrifiant pour nous éveiller, avec chaleur et réconfort.

crédit : Florian Gallène

« Seuls » de Tomalone est disponible depuis le 10 novembre 2017 chez Illusio Music / Alter K.


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Raphaël Duprez

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