[LP] Fragile – Without a Fight

Fragile. À manipuler avec une extrême précaution. Grâce à « Without a Fight », le groupe bordelais signe un disque aussi sombre que chargé d’émotions fortes, véritable rédemption aux dernières limites de l’espoir. Une œuvre mélancolique et noire, mais n’oubliant jamais de laisser exploser des sentiments dont l’humanité est autant réaliste que marquante.

Un événement étrange. Un choc sismique que l’on n’avait pas senti venir. Une perturbation, charriant ses pluies froides et ses vents violents. « Without a Fight ». Sans se battre. Un aveu, une vision de la passivité de l’être humain face à ceux qui le blessent. Mourir, ou renaître ? Fragile s’oriente vers la seconde solution, mais pas sans souffrance ; en effet, son premier opus est un exorcisme, interprété en français et anglais pour mieux transmettre l’universalité de leur cérémonie, parfois funèbre et souvent rédemptrice. Et, plus que tout, il nous appelle à nous relever après avoir manqué de nous noyer dans le marasme et la passivité. Un chemin de croix. Une longue marche au calvaire. Et, enfin, la lumière, le négatif des images de nos lâchetés.

Sous-jacente et à fleur de peau, la colère sommeille, attendant son heure. « Sixty Nine » introduit une sensibilité aiguisée de fragile, celle-là même qui explosera dans toute sa splendeur et sa puissance sur « Without a Fight You Die » et « Je cours », quête d’une liberté égarée mais existant au bout de la route, aussi chaotique et solitaire soit-elle. Allant de pas légers et lents, par prudence et précision, les mélodies s’attendrissent, emplies d’une tristesse tranchante et sauvage (« Either You or Me »), sans que rien ne puisse arrêter l’avancée, tête baissée, pour éviter les obstacles qui nous sont jetés en pleine face (sublimes cordes aériennes de « Droit devant » et suspension temporelle poignante de « Sans visage »). Fragile s’exprime à travers ses harmonies, où les violons rassurent des guitares et batteries contaminées par la rage ; celle de vaincre, sans jamais faiblir (« Revoir un printemps »). Avec un soin de tous les instants, ces treize chansons défilent comme le paysage observé à travers la vitre d’un train sans conducteur, nous guidant en direction de notre dépression ou de notre guérison, avant les ultimes élans sensitifs d’une main tendue et d’un sourire certes désemparé, mais qui vaut toutes les doses d’adrénaline du monde (« Sang conclure »).

On ne ressort pas indemne de l’écoute de « Without a Fight », tant celle-ci nous fait fréquenter les rues sombres et mal famées de nos esprits autant que leurs éternels souvenirs de lieux rassurants et chaleureux. Transférant notre imaginaire au centre d’une tempête intérieure qui nous bouscule, nous blesse et nous heurte, Fragile parvient cependant à nous faire nous sentir on ne peut plus nous-mêmes, catharsis imprévisible et sublime d’heures d’ennui et de doute. Un conte cruel et brut, mais à l’incomparable pouvoir de guérison. Et, pour nous, l’une des plus belles offrandes de 2017, sans conteste possible.

« Without a Fight » de Fragile est disponible depuis le 17 novembre 2017 chez Handle With Care / Believe.


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Raphaël Duprez

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