On avait laissé Torres à la Maroquinerie en mode rockeuse lors d’une [PIAS] Nites mémorable en 2015. Ce n’est plus tout à fait la même guitariste qui a refait son apparition au Point Éphémère deux ans plus tard, puisqu’entretemps, Mackenzie Scott s’est lancée chez 4AD dans de nouvelles explorations soniques avec « Three Futures » qui donneraient des frissons aux fans de la première heure de St. Vincent.

Peu coutumière des prestations parisiennes, Torres n’en est qu’à son troisième concert le soir de son retour dans la capitale. Un événement difficilement manquable donc, tellement l’Américaine (Mackenzie Scott de son prénom) s’impose au fil des albums comme une songwritrice et guitariste affirmée avec une signature bien tranchée.
La rockeuse désormais blonde-platine séduit en effet depuis plusieurs années avec son chant mélancolique, voire dramatique. Après « Sprinter » qui jouait sur la corde raide entre grunge et minimalisme, la voici passée dans un univers plus électronique et posé, aussi froid que fascinant, qui met sur la table une nouvelle palette d’exploration sonique. Une évolution bien au-delà de la zone de confort qu’on avait été jusqu’alors tenté de lui apposer comme étiquette, et dont témoigne son line-up qui, en complément du classique guitare/basse/batterie, se trouve enrichi d’un large matériel électronique au moment d’entamer la soirée sur « Tongue Slap Your Brain Out ».
C’est ainsi que prennent vie les chansons de « Three Futures », où Torres amplifie et tord sa pop façon arty, complexifie ses compositions en renonçant à une forme d’immédiateté au fort potentiel entraînant pour des instants plus contemplatifs faits pour tester la patience de l’auditeur. Une démarche entamée chez 4AD qui rappelle les meilleurs moments d’une Annie Clark en s’engageant vers des contrées moins accessibles, mais tout aussi stimulantes. Ce même chemin déjà emprunté il y a deux ans avec « Cowboy Guilt » – le vrai OVNI du précédent disque – est aujourd’hui plus que jamais suivi.
Celle qui a débuté dans le folk en 2013 – son tout premier titre « Honey », toujours interprété à ses concerts, agit d’ailleurs comme une piqûre de rappel – fait encore chanter sa guitare en premier, avec laquelle elle tord ses mélodies et ses compositions avec talent, tandis que sa voix habitée nous transporte dans sa dimension particulière. Un peu froide aux premiers abords, elle nous laisse y entrer, et même nous y accompagne pendant le déroutant « Marble Focus » : elle en profite pour s’approcher avec sa guitare du bord de la scène, et jouant du regard avec une spectatrice, termine la chanson front contre front avec elle comme pour une communion aussi surprenante que glaçante.
« Skim » ou « Helen in the Woods » sont autant de partitions uniques dans le paysage pop pour que cette sensation s’impose avec autant de force à tous les autres spectateurs présents. Un concert d’autant plus immersif que par instants, « Sprinter » squatte la setlist, avec ses productions plus nerveuses et immédiates. Torres sort alors les crocs pour nous entourer d’une noirceur mélancolique et hypnotisante de beauté. « New Skin » et la chanson-titre jouent des notes de guitares plus grungy qui sans changer toutes les couleurs lui donnent des contours encore plus entraînants. C’est donc naturellement que la conclusion est toute dédiée à « Strange Hellos », single immédiatement reconnaissable par tous les fans présents où l’Américaine se laisse porter par une certaine fureur et urgence indie rock qui la transforme du tout au tout.
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