En ce 12 octobre 2017, la salle est comble, les murs de la Coopérative de Mai sont déjà moites, impatients d’accueillir Rilès, rappeur rouennais à la fulgurante ascension depuis six mois et attendu au tournant. Pour notre part, notre découverte du talentueux MC de 21 ans remonte aux derniers iNOUïS du Printemps de Bourges. Sans chercher à épiloguer sur les raisons de sa récente popularité, sachez simplement qu’il a, en seulement six mois, cumulé 40 millions de vues sur YouTube et sorti une nouvelle production chaque semaine depuis un an – le tout de manière totalement indépendante, comme il aime à le clamer haut et fort. Rien que ça !

Et force est de constater que cela marche, car la date de ce soir-là se joue à guichets fermés à la Coopérative de Mai. 1500 âmes, de 16 à 35 ans environ, accueillent le rappeur avec une ferveur propre au public de cette salle chargée d’histoire. Son show démarre fort, les titres s’enchaînent, les fans reprennent toutes les chansons par cœur. Subjugué. Il parle, en français cette fois ; car oui, Rilès a l’habitude d’échanger entièrement en anglais avec son public sur les réseaux sociaux, là où sa fulgurante ascension a vraiment commencé. Son intervention est brève, mais dénote d’une certaine jeunesse revendiquée (à juste titre) en se présentant comme « Rilès, 21 ans, je fais du rap, et je suis content d’être avec vous ». Cette once de naïveté fait cependant particulièrement de bien. Le public adhère, et nous tout autant.
Son set se déroule alors sans accroc : le chanteur tient la scène à lui seul et le public ne se relâche pas une seconde. Après 45 minutes de concert, premier malaise d’une jeune spectatrice, l’audience est bouillante. Les sonorités américaines du musicien, teintées d’influences maghrébines, montrent une vraie ouverture au monde, un mélange des cultures ; comme une incarnation de l’artiste usant d’Internet pour créer, diffuser, s’inspirer. Ses interventions surprenantes vis-à-vis de ses « haters » sur Twitter, qui ne comprennent pas les raisons du chant en anglais, ou concernant cette « track qui n’a pas buzzé », mais qu’il va « quand même jouer » (heureusement !), sont l’exemple typique d’une aventure tout droit venue du Web.
La fin de sa performance est à l’image du reste de la soirée : filant à 100 km/h. Une étonnante impression d’inachevé reste alors en arrière-goût ; la faute, certainement, à un show pour le moins linéaire et sans véritable « narration ». Sa présence, son lien avec le public, et cette capacité à faire le spectacle suffisaient pourtant à créer l’étincelle. Espérons donc que les rêves du jeune Rilès ne le consument pas avant d’avoir pu véritablement allumer la flamme.
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