La face cachée de la lune selon Alpaga : un court-métrage animé dont le trait, en apparence simple, recèle des trésors d’inventivité complétant à la perfection « Lunaire », single d’une beauté palpable et rêveuse. Bienvenue dans un monde où les faux-semblants font de nous de pâles créatures dévouées aux charmes extérieurs, et non plus à la pureté de l’âme.

L’étonnement est intense lorsque l’on découvre les premières images du clip « Lunaire » d’Alpaga : des figures, en apparence identiques les unes aux autres, trompant leur ennui grâce à des jeux, des bains et, plus que tout, des minutes entières de dévotion à une déesse immaculée, objectif de ces pauvres hères que la vie n’a pas épargnés. Physiquement d’abord : les personnages semblent chercher ce qui fera d’eux l’objet d’un regard, d’un clin d’œil, d’une séduction échangée. Une cure de jouvence, dans tous les sens du terme, pour paraître. Un songe, un espoir. Une balnéothérapie céleste et extraterrestre ; comme si le peuple d’un autre monde voyait, dans le fait d’évoluer, celui de devoir irrémédiablement ressembler à l’être humain. Vain, futile, mais apparemment inévitable.
La réalisation d’Aurélie Monteix se projette sur ces gestes automatiques, ces courbes en constante rivalité avec la minceur des décors et des formes de statues idolâtrées. Mais cette platitude finira, bien sûr, par se morceler : à travers un rêve, tout d’abord, puis un accident, infime, qui révélera l’admiration qu’il nous faut avoir pour le commun des mortels. Celui que l’on rejette car il ne correspond pas aux normes établies ; celui sur lequel on ne prend jamais le temps de poser ses yeux, alors que lui seul pourra nous offrir le plus beau des spectacles. Bercé par les vapeurs mélodiques entêtantes et magnifiques d’Alpaga, « Lunaire » est une révélation, une preuve que le vivant n’est pas qu’une simple image, mais bel et bien un corps et un esprit, dans leur entier et leur complémentarité.