On avait eu, l’espace de quelques albums, la peur irréfutable d’avoir perdu Marilyn Manson dans la dépression post-Dita Von Deese et la complaisance pro-Lana Del Rey. Puis, sans crier gare, « The Pale Emperor », chef-d’œuvre immuable, sorti de nulle part et à la perfection exemplaire, nous avait réconciliés avec le personnage, enfin devenu lui-même sans se dissimuler derrière un quelconque masque. Une renaissance qu’il confirme grâce à « Heaven Upside Down » ; sans conteste, l’un de ses disques les plus brutaux et mouvementés depuis longtemps, mais donc la cohérence et la qualité sont une raison supplémentaire de reprendre les armes pour protéger notre antéchrist superstar bien-aimé.

Aux dernières nouvelles, Brian Warner, alias le redouté Marilyn Manson, 48 ans au compteur, s’était pris en pleine face un bout de décor qu’il avait voulu escalader au cours d’un concert à New York. Résultat de l’acrobatie : interruption du show et direction l’hôpital, ce qui est dommage à quelques jours de la sortie d’un nouvel opus. Mais le gaillard se porte bien, merci pour lui ; et dans tous les sens du terme. En effet, « Heaven Upside Down », attendu fébrilement du fait des tendances parfois simplistes de l’individu à choisir la facilité, aurait pu effrayer ; mais en apprenant que le compositeur et producteur Tyler Bates serait à nouveau aux commandes, on était rassuré, puis impatient. Résultat des courses ? Ces dix nouveaux titres sont de purs joyaux noirs et chargés de lave, prouvant que Manson n’a décidément pas fini de hurler ses homélies à la face du monde. Et personne ne va s’en plaindre !
Le cauchemar débute dès les premières mesures de « Revelation #12 » : un titre que l’on pourrait presque prendre pour une chute abandonnée de « Antichrist Superstar », tant la violence et l’énergie qui s’en dégagent, poussées à leur paroxysme par les hurlements de notre hôte, pénètrent nos sens afin de mieux les paralyser. Le calme – relatif – de « The Pale Emperor » semble avoir cédé sa place à une urgence, une envie de tout laisser exploser dans des riffs carnassiers et mordants (phénoménal « JE$US CRI$I$ ») qui ne se laissent pas si facilement adopter (« Tattoed In Reverse » se fait faussement séducteur avant de cracher son encre noire sur nos peaux meurtries, alors que, plus loin, « SAT10 » se veut d’abord accueillant, puis rapidement contagieux et toxique). En cinquante minutes, Marilyn Manson éructe, porte à bras le corps les arrangements vicieux et ravageurs de Tyler Bates et les compositions électriques (c’est-à-dire, provoquées par la chaise du même nom) qui s’insinuent en nous, serpents et vers creusant leurs voies vers nos neurones et nos systèmes nerveux. De ce fait, le diptyque final « Heaven Upside Down » / « Threats of Romance » calme le jeu (du moins en apparence) tout en laissant planer la menace, l’orage qui s’apprête à éclater et à foudroyer les infidèles qui avaient douté des capacités du maître.
Pour ceux d’entre vous qui se poseraient encore la question de savoir si « Heaven Upside Down » vaut le détour, sachez que le CD est une pure merveille, surprenant quand vous l’ouvrez (mais où est donc le livret ?) et radical quand vous en découvrez tous les mystères : papier fin et biblique, écriture gothique d’une beauté exceptionnelle sans être excentrique, le tout incitant à une lecture approfondie de contes cruels que l’on dévore avant de les psalmodier. Ou comment dissimuler, sous une fausse apparence de sobriété, l’un des éclats les plus fulgurants de l’année. La bête respire encore ; et pour longtemps !

« Heaven Upside Down » de Marilyn Manson est disponible depuis le 6 octobre 2017 chez Loma Vista Recordings / Concord Music Group / Caroline International.
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