[LP] Brotherhood – FLVD

De façon assez surprenante, il est possible d’affirmer aujourd’hui que le hip-hop se porte très bien ; à ceci près qu’il convient de préciser que ce n’est pas grâce aux trop nombreuses productions outre-Atlantique, mais bel et bien de l’autre côté de la Manche, que le mouvement continue à s’étendre et à s’affirmer comme art à part entière, ainsi que le prouve le duo Brotherhood avec un disque inspiré et malin, qui s’écoute sans pouvoir éteindre un seul instant sa platine. Vous voilà prévenus…

La Perfide Albion serait-elle en pleine révolution culturelle, alors que son influence semblait au point mort depuis plusieurs années ? Étouffée par les matraquages répétés de pistes et albums insipides venant des USA (du moins, en grande partie), la génération hip-hop est, l’air de rien, en train de se trouver de nouveaux représentants au royaume de Sa Majesté : Loyle Carner, Ceiling Demons, pour ne citer qu’eux, rejettent les codes et fouillent dans les décombres laissés déserts par leurs aînés, tout en leur offrant une seconde vie. Démarche similaire pour les deux frères Menace et Blaze, alias Brotherhood ; deux petits gars venant d’Ipswich, dans le Suffolk, à une centaine de kilomètres de Londres. Pourtant, nombreux sont ceux qui devraient s’inspirer de la démarche artistique que la paire applique à « FLVD », un opus aux racines bien ancrées dans leur style mais s’amusant à faire se percuter des influences totalement opposées, faisant de la musique le complément idéal du flow des protagonistes. Passionnant et intelligent.

Dès « Repeat », le débit parfait et vivant des deux jeunes garçons se fait percutant, allié à une instrumentation précise et des beats tout sauf mécaniques. Une atmosphère qui trouvera une noblesse d’âme étonnante sur le superbe « Sky High » et le marquant « Love Freedom Health », véritable cri du cœur à destination de générations égarées dans le marasme social actuel. Alternant les moments extatiques en incrustant quelques détails R’n’B discrets mais essentiels (« Neverland »), Brotherhood déroule sans temps mort son propos le long de 22 pistes, pour une durée totale de pratiquement 1h30. Un défi de taille, mais relevé avec brio et passion, si l’on en juge par la sécheresse contagieuse et malingre de « Ipswich Stand » ou l’énergique « War Path », certainement le passage le plus impressionnant d’un long-format qui ne l’est pas moins. Réinventant les ambiances tout en dynamitant les codes, « FLVD » s’écoute entre concentration et fracas, impactant nos esprits d’une manière que l’on pourrait qualifier de révolutionnaire.

Réconciliant les auditeurs avec un hip-hop parfois old school, mais avant tout animé d’une motivation verbale et musicale infaillible, « FLVD » condense ce qui se fait de mieux dans cette sphère tellement privée, tout en ouvrant ses portes à des ambitions grandissantes et réalistes. Il n’est pas surprenant de voir que Brotherhood fédère de plus en plus de public au fil de ses vidéos et de ses titres ; un succès largement mérité, et qui n’est que le début d’une aventure qu’on suivra de très près, avec un intérêt inépuisable et curieux.

« FLVD » de Brotherhood est disponible depuis le 23 juin 2017 chez SBTV Music.


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Raphaël Duprez

En quête constante de découvertes, de surprises et d'artistes passionnés et passionnants.