[Live] Hellfest 2017, jour 1

Pour la quatrième année, indiemusic a foulé le sol du Hellfest et s’est mêlé aux 160 000 festivaliers sous un soleil de plomb qui a contribué, avec le déluge sonore et diabolique sortant des hauts-parleurs, à l’atmosphère brûlante des lieux. Ce véritable marathon entre les six scènes aux climats bien distincts a donné lieu à des moments d’extase et de furie, mais aussi à quelques déceptions. En tout cas, le Hellfest reste l’un des festivals les plus dingues auxquels on ait participé. Cette douzième édition a été, pour beaucoup de raisons, vraiment spectaculaire.

Article par Maxime Antoine et Olivier Roussel
Photographies par Erwan Iliou et Jean-Marie Jagu

Après avoir failli manquer le début des concerts de la journée à cause de problèmes liés à l’organisation du festival, un peu débordée cette année, nous arrivons de bon matin dans la Valley pour assister au concert des Français de Verdun, cinq musiciens dont le leader, au chant, semble tout droit sorti d’un groupe de grunge ou de heavy des années 90 avec sa longue masse de cheveux noirs, ses vêtements en cuir et ses tatouages. Leur set de trente minutes est occupé par trois ou quatre longs morceaux et enchaînés, à la composition complexe et aux riffs lourds qui balancent un sludge doom puissant aux relents psychédéliques, parfois chanté en français. Le deuxième morceau sort particulièrement du lot, avec son riff obsédant et son alternance de chants clairs et gutturaux : une bonne mise en bouche annonciatrice de bien des merveilles à venir sur cette scène immanquable.

Nous prenons ensuite un peu le soleil, qui cogne déjà fort, pour faire un tour du site encore assez déserté – ça ne durera pas – et découvrir au passage quelques groupes qui jouent sur les autres scènes. Sidilarsen, sur une des Mainstage, joue un metal indus assez bizarre et bancal qui lorgne du côté de Rob Zombie mais n’en garde que le pire. Les compos sont fadasses, le son (loin de la scène) abominable, et les paroles douteuses.

Nous fuyons vers la Warzone, qui sera le lieu aux conditions les plus extrêmes du festival (terre, poussière et cagnard impitoyable) pour voir la fin du set sympathique des punks français de The Decline, au style efficace et conventionnel, et dont le chanteur essaie de réveiller un public encore un peu engourdi. Entre quelques salves sur les flics (rarement très aimés dans la Warzone), on aperçoit le T-Shirt Beyoncé stylisé comme la pochette d’un album de Venom qu’arbore le batteur. Le dernier morceau, plus inattendu et festif, comporte un banjo.

Il est déjà l’heure de retourner vers les Mainstage, parce que le set des Tunisiens de Myrath va commencer. Formation reconnue du « metal oriental » qui officie dans un registre plutôt heavy prog symphonique, le groupe n’est pas aussi connu que les Israéliens de Orphaned Land, ni aussi efficace. Leur concert est assez kitsch, avec sa danseuse du ventre plutôt nantaise que tunisienne et ses décors en carton-pâte. Le son est encore assez catastrophique, les parties de claviers noyées dans le mix alors qu’elles sont censées apporter la touche orientale, et aucun instrument traditionnel n’est joué sur scène, ces parties-là sont enregistrées. Une fois digéré le choc et la déception, certaines compos sont entraînantes et fonctionnent plutôt bien, et on ne peut pas dire que le chanteur ne donne pas tout ce qu’il a. Après un discours bienvenu sur la paix entre les peuples et les religions (le credo principal de presque tout le metal oriental), le groupe joue le bien nommé« Get Your Freedom Back ». Quelques drapeaux tunisiens flottent dans la foule, le groupe s’adresse au public plutôt en anglais, oubliant que l’immense majorité des festivaliers est pourtant, comme eux, francophone.

En repartant vers la Valley pour trouver de l’ombre (et de la bonne musique), on s’aperçoit que le set de Okkultokrati s’achève déjà, laisse envisager un concert de plutôt bonne facture, et après une courte pause, nous repartons sur les Mainstage, où la moindre parcelle d’ombre s’arrache douloureusement. On y assiste à la fin de Betraying the Martyrs, un combo français de metalcore dont la musique, efficace, est quelque peu contrebalancée par l’attitude légèrement prétentieuse du groupe sur scène.

Peu importe : quelques minutes plus tard, ce sont les six Bataves de Textures qui prennent place sur la scène mitoyenne et délivrent un honnête concert de djent, une variante très à la mode il y a quelques années du metal progressif et du mathcore. Les parties instrumentales, en particulier les plus techniques et les plus agressives, sont très réussies, certains plans donnant irrésistiblement envie de secouer la tête dans tous les sens, et les vocaux gutturaux sont du plus bel effet. Le problème, c’est la fâcheuse tendance du groupe à incorporer des passages plus calmes, en chant clair, qui sont proprement horripilants et donnent l’impression que quelqu’un a rajouté des refrains de Linkin Park dans un album de Gojira. Les musiciens sont d’une précision remarquable, et le son est enfin bon sur cette scène. Les nombreux changements de rythme et les structures biscornues des morceaux sont un plus pour un groupe qui n’est heureusement jamais trop démonstratif.

On reste sur les Mainstage, une fois n’est pas coutume en cette journée décidément surprenante, pour assister à un autre concert de djent, cette fois instrumental. Les petits prodiges du trio à deux guitares Animals As Leaders sont là, et, que l’on soit sensible ou non à leur mélange savant de metal très technique (et démonstratif), de jazz, d’électro et d’un peu tout ce qui se présente à leur portée, force est de constater la puissance et la fascination qu’exercent leur prestation. Les musiciens parlent peu, mais communiquent par leur gestuelle et leur intensité avec le public, sortant de leurs huit-cordes des sons parfois irréels, les meilleurs passages étant les plus rythmiques et les plus jazzy, avec un joli solo de batterie à un moment pour rappeler que le groupe est bien un trio.

C’est enfin l’heure du retour dans la Valley, où nous attendent les cinq musiciens (dont deux violonistes) de SubRosa, formation de doom metal venue du pays mormon (le groupe est originaire de Salt Lake City) et dont les derniers albums ont tous été défendus par la presse internationale. Les trois morceaux que joue le groupe sont issus du dernier en date, « For This We Fought The Battle of Ages », tous dépassant les dix minutes, étirant leurs riffs plaintifs de guitare et de violon sur des structures particulièrement alambiquées, magnifiant les mélodies mélancoliques dans un ralenti froid et sophistiqué. Si les violons paraissent inaudibles au premier abord, ils ajoutent en fait en densité et en texture à la tristesse de la musique jouée par le groupe, parsemée de riffs parfois psychédéliques et d’explosions de chant guttural féminin. Sur « Wound of the Warden », le deuxième titre, le timbre masculin offre un joli contrepoint aux voix féminines, tandis que le magnifique « Despair is a Siren » clôt le concert comme il ouvrait le dernier album, avec une colère d’une éclatante beauté.

Une pause bien méritée après nos émotions, et nous restons à l’ombre accueillante de la Valley pour le concert très attendu de Helmet, groupe culte de post-metal aux accents noise et sludge qui, après avoir traversé les années 90, a subi un hiatus de presque cinq ans et s’est reformé en 2004. Leur concert sera un diesel, lent à démarrer et un peu mou du genou au début, avant de se ressaisir et d’envoyer trois énormes déflagrations dans les oreilles d’un public étonnamment nombreux pour l’heure sous la tente de la Valley. Les riffs sont complexes, les deux guitares élaborent un mur du son épais et particulièrement bruyant, sur lequel une basse vient résonner grassement, et le batteur torpille comme un fou par-dessus. On se laisse emporter par l’énergie croissante du concert, qui finit aux antipodes de ses prémisses.

Sous la Temple, Krisiun arrache le plancher, avec force blast beats et riffs speeds et grinçants. La fratrie vient du Brésil, dont la scène metal reste à tort et malgré les années représentée par les vétérans de Sepultura. Depuis longtemps, le Hellfest a jugé bon de tordre le cou à ce postulat en programmant de nombreux groupes brésiliens dont la violence tranche avec la volupté qui ressort des photos en provenance de Bahia et Copacabana. Là encore, l’effet est saisissant. À l’instar d’un bon vieux rock, les recettes usées jusqu’à la corde du thrash prouvent toujours leur efficacité dans la brutalité la plus affirmée.

On se dirige à nouveau vers les Mainstage, pour assister à l’étonnant concert du non moins étonnant Devin Townsend, ici avec son « Project » – le bonhomme croulant sur les projets. Jouant donc le dernier sympathique album du Devin Townsend Project, « Transcendence », l’immense chauve au physique atypique, au jeu virtuose et au chant polyvalent nous emmène dans un tourbillon de metal progressif moderne, sans afféteries kitsch (ou alors très peu) et regorgeant d’idées et de passages mémorables, qui vont du riff assassin au solo épique, en passant par des ponts très agressifs à la limite du death prog. Sa musique défie tous les styles et se ballade aisément sur les questions techniques, tant le bonhomme et ses acolytes paraissent capables de tout jouer. Le son est excellent et cristallin, et Devin est d’une bonne humeur et d’une jovialité à toute épreuve, ironisant sur l’ombre dont il bénéficie pendant que le public est carbonisé au soleil, balayé par les mouvements de grue à la caméra et arrosé par les lances à incendie des pompiers. Visiblement ravi d’être là, il discute souvent entre les morceaux, fait quelques blagues et assure une vraie relation entre le public et la scène, ce qui est moins évident lorsqu’on joue sur la plus grosse scène du festival. Le concert s’achève en éclat sur le bijou de son dernier disque, l’ambitieux « Higher » qui s’étire sur une dizaine de minutes, ouvrant tout un tas de tiroirs musicaux, balançant quelques-uns des meilleurs riffs du concert, un solo démentiel et surtout un refrain en chœur que vous pouvez être certains de garder en tête pendant de longues heures après coup.

Après ce concert revigorant et une bonne insolation, il est temps de retourner dans la Valley pour ce que beaucoup considèrent comme le meilleur concert du jour. Red Fang prend place devant une des plus grosses foules jamais vues à la Valley en plein jour, et le public est déchaîné. À tel point que, voulant profiter pour une fois un peu plus de la musique que de la fête qui se déchaîne en fosse, nous devons reculer, au risque de prendre quelques coups mal placés. Il faut dire que le stoner qu’envoie le groupe est une usine à riffs dévastateurs qui a tout pour rendre les metalheads fous, mais quelque chose ne se produit pas et nous ne parviendrons jamais à apprécier le concert autant que nous l’aurions dû.

La raison nous aurait dicté une pause, un temps de repos après ce concert virevoltant et épuisant. C’était sans compter sur une irrépressible envie de voir les vétérans de l’indus Ministry, dont les riffs vicieux, les assauts de batterie et les hurlements vont nous taper sur le crâne au moins aussi fort que le soleil au cours de la prochaine heure. Concert exutoire, cathartique et exigeant, qui déroule tout le répertoire du groupe, des classiques comme « N.W.O » en fin de set jusqu’à des titres à ce jour inédits, la prestation sauvage et engagée (le génial «Antifa » avec projections sur écrans au diapason) du combo américain originaire de Chicago laisse espérer de belles choses pour leur futur album « AmeriKKKant », à paraître plus tard dans l’année.

Le concert suivant, en revanche, sera la seule vraie déception de la Valley cette année. Les Américains Baroness, originaires de Savannah, pourtant d’habitude excellents en live, ne trouvent jamais le bon équilibre pour leur prestation devant un public de plus en plus éparpillé. La faute à un son étrangement brouillon pour la Valley, et à une setlist déséquilibrée qui fait la part trop belle aux ballades et aux morceaux les plus calmes des albums « Purple », « Yellow & Green », et « Blue ». Reprenant le même light code que sur le reste de la tournée, utilisant une signalisation chromatique pour indiquer la provenance des morceaux, on se désespère vite de ne rien voir de rouge, et quand la lumière devient bleue, ce n’est pas pour jouer une tuerie comme « A Horse Called Golgotha » (énorme absent du concert) mais plutôt « The Sweetest Curse ». Parfois, la sauce prend, comme sur les instrumentaux assez épiques dont est friand John Baizley, le chanteur et guitariste du groupe. Pour une fois, sa bonne humeur (il répète plusieurs fois avec enthousiasme qu’il est content de revenir après six ans d’absence au Hellfest) et la beauté de ses graphismes ne sauveront pas la fadeur de son concert. Et tant pis pour « Take My Bones Away », apparemment relégué en fin de set.

C’est avec joie que l’on retrouve la foule des agité-e-s qui auront fait voler des tonnes de poussière sous les miradors, une chaleur accablante et l’œil conquérant de Lemmy tout le week-end. « Le peuple a la tête sous l’eau», « La révolution est en route », « On va les faire plier », « C’est la crise, on n’a plus rien à perdre »… Le propos est clair, net et précis. L’heure est à la rébellion contre le système, mais Tagada Jones ne fait pas dans la simple posture de mise dans le rock n’roll et lie avec surpuissance la forme au fond. La métaphore du rouleau-compresseur tient la route et il est ahurissant de voir ce set monter inexorablement en crescendo sans qu’à aucun moment le groupe ne faiblisse. Véritables soudards du punk hardcore à la française, Tagada Jones s’en sort avec les honneurs et une ovation amplement méritée.

Changement d’ambiance avec une démonstration brutale et horrifique de death metal de Belphegor. La mise en scène occulte avec des ossements sur les pieds de micros ou la venue d’un homme en bure, encensoir en mains entre les musiciens fardés comme dégoulinants de sang, est aussi efficace en plein après-midi que la section rythmique et les riffs incisifs qui séduisent jusqu’aux plus réfractaires à ce genre venu des contrées du Grand Nord.

« Punk un jour, punk toujours », Les Ramoneurs de Menhirs le prouvent. Les années passent mais les keupons de la première heure montrent encore les dents et participent de plus à la sauvegarde du folklore breton. La fusion est surprenante et l’on peut facilement imaginer la surprise des festivaliers étrangers à la vue de cette scène partagée par deux sonneurs (joueurs de bombardes), un chanteur en breton dans le texte, Loran, ancien guitariste de Bérurier Noir accompagné de son éternelle alliée qui n’est autre que « la boîte à rythmes la plus célèbre du rock alternatif français ». Présentations faites et, malgré le peu d’intérêt qu’on a pour les sonorités venant de Bretagne, on constate la joie et la cohue dans les rangs. La fièvre monte un peu plus lorsque le Bagad de Kemperlé au grand complet rejoint le groupe sur scène pour plusieurs titres. Le spectacle est détonnant et a probablement été le plus singulier du week-end, à défaut d’être le plus marquant.

Autre déception, celle-là malheureusement attendue, avec Deep Purple. Les vétérans du hard rock britannique, qui ont fait l’enfance et l’adolescence de beaucoup d’entre nous, ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, on le savait déjà ; mais ce concert en est une triste confirmation. Des trois membres restants du line-up mythique, baptisé « Mark II » par le groupe, seul le batteur Ian Paice tient encore la route. Roger Glover fait ce qu’il peut à la basse, simplifiant des lignes autrefois nettement plus complexes et groovy, mais c’est surtout Ian Gillan qui fait pitié. Celui dont le falsetto légendaire faisait se dresser les poils sur nos bras lorsqu’il résonnait dans les stades pour des versions furieuses de « Child In Time » n’est aujourd’hui à peine plus capable que de baragouiner les paroles de leurs chansons les plus abordables. De ce que nous voyons du concert, les chansons du dernier album sont plus que dispensables, et les classiques « Fireball », « Strange King of Woman » et « Bloodsucker » sont massacrés à la voix et à la guitare, puisque Steve Morse, remplaçant Ritchie Blackmore depuis quelques années déjà, a une fâcheuse tendance à rajouter des dizaines de notes dans les soli élégants d’origine, sans doute pour montrer qu’au moins, il sait encore jouer. Le remplaçant de feu John Lord, lui, fait acte de présence, et c’est tout. Seul un « Lazy » heureusement largement instrumental tient à peu près la route et fait remuer les nombreux quinquagénaires très indulgents venus admirer l’épave…

Un peu agacés, et il faut le dire, déprimés par le triste spectacle que nous venons de mentionner, nous allons nous placer bien devant pour un des concerts les plus attendus du festival, Electric Wizard, qui joue bien sûr dans la Valley. Ce sera une des claques de la journée. Sur fond de films d’horreur obscurs et érotiques dont le groupe tire une large part de son inspiration, les sbires maléfiques avancent dans une lumière verte et violette malsaine à souhait et commence à jouer, à un volume indécent, des riffs d’outre-tombe. Le public est en communion avec la musique fortement imprégnée de sentiment occulte, les volutes de fumée à l’odeur entêtante tourbillonnent, les joints circulent de mains en mains et les morceaux défilent comme si le temps avait été aboli. L’album « Witchcult Today » sera mis en avant avec trois titres joués, mais ce sont les classiques « Return Trip », « Black Mass » et « A Chosen Few » qui arrachent au public quelques imprécations morbides en chœur avec les musiciens, avant d’achever le tout dans une spirale de l’infini sur l’incontournable « Funeralopolis », chef d’œuvre tiré de l’album « Dopethrone », qui reste à ce jour le sommet morbide et vicieux de leur carrière pourtant pas avare. On sort de là complètement sonné, un peu sourd, le cerveau dans une autre dimension et avec l’impression d’avoir participé à un rite ancien et interdit.

La journée touche à sa fin, la nuit est tombée depuis un moment et, avec elle, une fraîcheur étonnante. Il nous reste peu de concerts à voir absolument (un seul, à vrai dire) ; mais, en attendant, nous retournons vers les Mainstage pour voir la fin du ridicule concert de Sabaton, qui a le mérite de nous faire rire et de nous attirer quelques regards courroucés, et une partie de celui, tout aussi grotesque mais bien plus convaincant, de Rob Zombie. Entre les morceaux plus récents et un peu moins intéressants, on a le temps de choper au vol le classique « Living Dead Girl » et le début d’un étonnant medley White Zombie / Ramones / Alice Cooper. Outre la démesure géniale du show, les costumes exubérants, les effets pyrotechniques grand-guignolesques et les écrans géants qui passent des clips, dans lesquels figurent bien souvent Sheri Moon Zombie, on apprécie surtout la qualité des musiciens, pour la plupart transfuges de Marilyn Manson, dont le phénoménal guitariste John5.

Depuis (trop) longtemps absent des scènes françaises, Rancid a fait l’honneur de son retour tant attendu dans notre contrée au Hellfest. Parmi les meilleurs ambassadeurs du punk à l’américaine, le groupe est en grande forme, mais l’on s’interroge néanmoins à propos de Tim Armstrong, dont la voix est plus qu’éraillée. Une guitare sans âge pendant sur les genoux, le bougre à la barbe hirsute se démène et éructe cependant avec classe. Il partage le micro avec Lars Frederiksen à la guitare, qui semble plus en verve et assène des accords furieux. La carrure et la force de frappe du batteur sont aussi impressionnantes que son drumkit semble ridiculement petit. Toujours punk, mais lorgnant aussi vers le ska et aussi le bon vieux rockabilly, le groupe assure le show de bout en bout. Quand Tim reprend le lead, on entendrait même du folk protestataire embarqué à bord d’une Buick rouillée filant sans se soucier des limites de vitesse. « Trouble Maker », tout juste sorti, est mis à l’honneur ; mais l’impasse n’est pas faite sur un album aussi fameux que « … And Out Come The Wolves ». Des années d’attente et l’énergie toujours intacte d’un groupe devenu emblématique sont les ingrédients à la pagaille qui agite début à la fin la fosse.

C’est déjà l’heure de repartir pour une dernière orgie dans la Valley, qui s’apprête à accueillir Monster Magnet, ni plus ni moins, devant un public bien clairsemé. Le déclic qui n’avait pas eu lieu avec Red Fang se fait cette fois dès le premier morceau, et on embarque pour une heure de déluge sonore époustouflant, emportés dans les tourbillons de guitare psychédéliques, les riffs gorgés de désert et d’immensité, le space rock qui carbure à l’essence, la rencontre illégitime entre Hawkwind (influence majeure des musiciens) et Kyuss. Meilleur concert de la journée, avec en prime des extraits de films de Kubrick (« Eyes Wide Shut » et « 2001, Odyssée de l’Espace »), de films sur la guerre du Vietnam ou de vieux pornos un peu kitsch pour donner du corps à des riffs monstrueux joués à toute berzingue et à un volume proprement assourdissant. Le public est peut-être peu nombreux, mais très en forme, et l’ambiance générale est vraiment à la fête, le groupe parvenant à nous faire puiser dans nos dernières réserves après cette journée éreintante.

Avant de rentrer au camping pour quelques heures de répit bien méritées, nous faisons un dernier détour par la Warzone pour apercevoir The Damned, les légendes du punk anglais ; mais le son perçant nous agresse les tympans et, malgré les bouchons d’oreilles que nous enfilons à contrecœur, l’énergie n’y est plus et la motivation d’attendre jusqu’à la fin du concert pour entendre « New Rose » est loin derrière nous.


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Olivier Roussel

Olivier Roussel

Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.