Personne d’autre qu’Aldous Harding n’est capable de concilier les bienfaits du folk et des ambiances plus ténébreuses, sans que celles-ci deviennent à aucun moment pesantes ou rebutantes. Pour preuve, son nouvel album, « Party », est autant une invitation à la méditation qu’une extension évidente de la personnalité de la compositrice, qui ne cesse de plonger toujours plus profondément dans son âme pour en sortir les mélodies et paroles les plus belles et obsessionnelles.

Les mêmes initiales que l’auteur du « Meilleur des Mondes ». Le même prénom. Et, surtout, une vision assez similaire de l’art, littéraire pour l’un, musical pour l’autre. À seulement 27 ans, Aldous Harding est déjà parvenue à imposer une identité créatrice qui n’appartient qu’ à elle, qualifiée par certains de « gothic folk » pour les images qu’elle emprunte au mouvement pré-cité. Cependant, la comparaison s’arrête là. Avec « Party », ce lendemain de fête durant lequel l’ivresse se bat contre le mal de crâne et l’amnésie des heures précédant ce temps de latence, la Néo-Zélandaise se blottit dans les recoins de sa psyché, s’y cache pour mieux laisser ses démons s’exprimer et la rendre, enfin, libre. L’acoustique chétif et dépouillé de quelques accords discrets épouse alors à la perfection le timbre en constante évolution d’une chanteuse hantée par ses propres mots, par ses tourments autant que par ses besoins vitaux.
Toutes ces sensations, ces caresses froides et réconfortantes, illuminent les courants glacés et pourtant enchanteurs de la compositrice. De l’innocence teintée d’obscurité rythmique de « Blend » aux cris de désespoir qui transpercent le cours tranquille de « Imagining My Man », Aldous Harding se bat contre la dépression, contre la noirceur qui l’attire autant qu’elle l’effraie. Et seules ses créations la protègent, tout comme elles s’enroulent autour de nous afin de former une couverture certes élimée sur nos épaules meurtries, mais avant tout confortable et rassurante. « Living The Classics » et « What If Birds Aren’t Singing They’re Screaming » deviennent les contes de regards langoureux sur les scènes les plus livides de nos existences, teintés d’une sagesse et d’une force analytique qui laissent admiratif. Ouvert et d’une énergie à couper le souffle, « Horizon » paralyse, tend chacun de nos muscles pour mieux nous obséder et nous étreindre. Sans jamais perdre un seul instant ce désir immuable d’une lumière existentielle qu’elle mérite à chaque verbe prononcé et murmuré, « The World Is Looking For You » alerte, permettant à son auteur de renaître au-delà de l’introspection, avant de contempler la mort comme une réalité tangible grâce au sublime « Swell Does The Skull », qui résonne en nous bien après ses ultimes accords.
Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent toujours à propos du pouvoir d’attraction d’Aldous Harding sur chacun de nous, tant ses chansons sont incomparables et comme venant d’un autre monde ; une apparence globale tout sauf commerciale ou facile d’accès, mais qui ne cesse de fédérer toujours plus d’adeptes. Peut-être, justement, parce qu’elle parle à notre for intérieur, qu’elle expose les peurs et les angoisses avec majesté et un engagement viscéral et incomparable. « Party » est une ode au futur, aux blessures du passé, aux cicatrices que l’on touche, parfois, pour se souvenir, sans pour autant regarder en arrière. Une musicothérapie précieuse et fascinante.

« Party » d’Aldous Harding est disponible depuis le 19 mai 2017 chez 4AD / Flying Nun Records.
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