Une grosse claque punk et rock mise en forme par la production impeccable de Steve Albini ; le nouvel album de Meat Wave nous malmène et devient rapidement progressif dans sa forme et ses moyens d’expression, ciselant guitares et performances vocales dans un mélange aussi tonitruant que fascinant et frénétique. Les chiens sont lâchés ; ne reste plus qu’à tenter de courir plus vite qu’eux pour éviter la morsure. Peine perdue, mais on ne risque pas de s’en plaindre…

Troisième disque (et second pour leur label, SideOneDummy) pour le trio de Chicago Meat Wave, et d’ores et déjà une bonne grosse baffe qui rougit les joues et laisse des traces de doigts sur nos peaux endoloris. Mariant à la perfection des mélodies guitaristiques à la fois frénétiques et admirablement bien menées, charriant leur lot de noise et de folie intérieure, les chansons constituant « The Incessant » ne cessent de révéler leurs doses thérapeutiques d’énergie bénéfique et attirante, motivant nos neurones dans un maelström sonore incomparable et vicieux, car hautement communicatif et intelligemment mis en forme. Du tumulte ainsi offert à nos oreilles endolories ressort un sentiment étrange, puis admirable, de découvrir dans la fureur une forme plus précise de luminosité, un espoir au milieu de la tempête. Ou comment se retrouver soi-même alors que les éléments se déchaînent autour de nous. Qualifiés de post-punk depuis leurs débuts, les trois membres du projet s’éloignent pourtant rapidement de cette étiquette trop réductrice, explorant toutes les possibilités offertes par leurs instruments et leurs inspirations à la fois violentes et posées. Le résultat est une fête partant rapidement en roue libre et mettant nos corps en mouvement, sans contrôle possible.
Les dissonances de l’introductif « To Be Swayed » donnent le ton, charriant six cordes indestructibles et malmenées à une voix déclamant ses propos les plus profonds et intimes pour les rendre plus communicatifs et universels. À partir de là, Meat Wave s’amuse à construire, puis démonter chaque piste en s’accordant des libertés incontestables et admirables dans la structure même de ses morceaux, que ce soit lors des élans punk de « Run You Out » ou de la montée en puissance enflammée de « No Light », passage central qui stimule et fait imploser nos cellules grises pour mieux libérer nos désirs schizophréniques. « The Incessant », sans jamais cesser un seul instant de bouleverser les codes d’un rock trop réducteur, laisse éclater ses étincelles de vie et de troubles mentaux grâce aux hymnes fédérateurs et noise que sont « Glass Teeth » ou « Killing The Incessant », mise à mort d’un disque qui vient d’être bouleversé par deux décharges électriques brèves et immédiates (« At The Lake » et « Mask ») suivies d’une plénitude somme toute relative mais reposante grâce à l’imprévisible « Birdland ». Le bouton d’auto-destruction est enclenché, le champignon nucléaire va bientôt envahir l’atmosphère et nous éblouir avant de mieux nous contaminer.
« The Incessant », fil rouge que l’on suit jusqu’à découvrir le cœur en ébullition d’une centrale thermique sous-tension et échappant à toute tentative de stabilisation, allie l’indécence d’un art bruitiste et mélodique parfaitement dosé à la brûlure marquante de chansons urgentes et rentre-dedans. Un uppercut que l’on reçoit en pleine face, qui fait tomber quelques dents et saigner les gencives, mais qui nous convie à continuer le combat, quitte à y perdre notre innocence. Ce qui devient une chance incomparable de pouvoir, nous aussi, nous défouler jusqu’à l’épuisement total. Le bonheur dans l’électrochoc ; Meat Wave signe un disque décadent et obsédant, qui nous laisse exsangues, avachis dans le caniveau, tout en sachant qu’on reviendra le lendemain pour en reprendre une bonne dose.

« The Incessant » de Meat Wave est disponible depuis le 17 février 2017 chez SideOneDummy Records.
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