[LP] Vinyl Williams – Brunei

Un troisième album aux allures de périple à la fois dense en termes de production et immédiat dans les effets dévastateurs qu’il produit sur nos psychés fascinées par toutes ces sonorités complexes et intelligentes ; Vinyl Williams prend un malin plaisir à triturer ses compositions jusqu’au point de rupture, avec une sincérité et une dextérité qui forcent le respect.

Laborantin inépuisable d’une musique aussi cérébrale qu’immédiate, Vinyl Williams, projet porté par le Californien Lionel Williams, est aussi artificiel dans les sons qu’il emploie qu’ethnique, tout au long d’une discographie cherchant avant tout à exercer un pouvoir de fascination et d’intrigue sur un auditoire constamment médusé. En résultent des moments protéiformes et en perpétuel mouvement, faits de cassures rythmiques et de mélodies que l’artiste semble flouter de manière volontaire, pour mieux nous imprégner de ses idées les plus sauvages et directes. « Brunei » apparaît aujourd’hui comme son travail le plus accompli, charriant les mélodies synthétiques d’un être en plein ébat amoureux avec des instants plus sages, mais où la folie n’est jamais loin. Entre mystère et délices, le disque avance sans jamais marquer de temps d’arrêt et devient rapidement inéluctable dans les effets psychédéliques qu’il produit sur nos âmes et dans nos esprits.

Malgré une introduction minimaliste et sereine (« Ion »), l’opus s’emballe dès les premières mesures de « Riddles Of The Sphinx », nous transportant dans un univers où les boucles rythmiques se voient ornées d’une matière harmonique nappée d’accords de guitare plaqués avec sagesse et entourant un chant pur et translucide de claviers aériens. Une idée que ne lâchera pas le projet tout au long du LP, alternant à la perfection élans électro-pop (« L’Quasar ») et mouvements plus saccadés et transperçants (« Voidless »). Afin de parfaire un don créatif déjà prolifique, Williams et sa bande s’amusent à nous perdre dans un labyrinthe de pistes progressives d’une sobriété confondante (« Celestial Gold ») et dans les sphères superposées du shoegaze et de l’art populaire, avec une témérité et une volonté sans faille pour éviter l’ennui (« Mercurial Vestiges »). La lente décomposition et liquéfaction de cet objet musical décidément hors norme transpire du final « Aboroun », résumé sommaire mais essentiel d’un disque pointu et intense.

Prolongeant l’expérience à travers un site Internet nous invitant à explorer tous les recoins d’une œuvre d’art qui n’est jamais au bout de ses surprises, Vinyl Williams aime nous égarer pour mieux nous laisser pénétrer son monde atmosphérique et cotonneux, où les voix sont aussi lointaines que captivantes, enserrant nos esprits et les paralysant pour mieux produire son effet narcotique et éthylique. Les bienfaits de « Brunei » se font sentir longtemps après l’écoute, et influent sur nos neurones dès que l’on relance la platine, comme étant attiré par ces univers mystiques et ludiques. Un album à part, inoubliable, mais qui demande avant tout une concentration de tous les instants pour mieux en savourer la sève vivifiante et enivrante qu’il verse dans nos corps épuisés et en quête de repos et d’apaisement.

crédit : Mark Andrus

« Brunei » de Vinyl Williams est disponible depuis le 26 août 2016 chez Company Records.


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Raphaël Duprez

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