[EP] Chance’s End – Rich Girl

Avec « Rich Girl », le duo américain Chance’s End s’offre le luxe de développer plusieurs titres qui sont autant d’invitations à la danse, en explorant des genres peu souvent utilisés côte-à-côte mais exploités ici avec une envie et une intelligence qui forcent le respect. Un EP qui a tout d’un album à part entière, entre electronica et musique populaire.

Quelque part à San Francisco, dans la moiteur et la chaleur de clubs nocturnes aux lumières tamisées, des notes se font entendre tout en douceur, en profondeur et avec une clarté sonore envoûtante. Depuis sa création et l’arrivée en 2011 d’Emily Zisman au chant, le duo Chance’s End n’a eu de cesse de rechercher, à travers des arrangements aussi sobres que subtils et des sonorités de violon (instrument de prédilection de Ryan Avery, producteur et compositeur du projet) en perpétuel mouvement, un langage qui n’appartient qu’à lui seul ; et le nouveau venu, « Rich Girl », tient ses promesses avec une facilité déconcertante. Balançant corps et mélodies dans une union sensuelle et charnelle, l’EP voyage à travers les ambiances, s’approprie les styles et interpelle l’auditeur pour mieux chorégraphier ses futurs mouvements lancinants et lascifs.

On évolue ici entre beats tempétueux et entraînants, portés par des instrumentations précises et volontaires (« The Last Of The Old Folks »). Maniant de façon imparable des mélodies parfaites ainsi que des idées créatives qui sont autant d’invitations au voyage, entre musique celtique (« Good Enough ») et tango langoureux (« Bei Mir Bist Du Shein »), Chance’s End s’autorise les libertés les plus riches. Quand ils ne nous offrent pas un R’n’B à la mélancolie subversive et efficace, évoluant en une arabesque de cordes jazzy en diable (« Summertime »), Ryan Avery et Emily Zisman se font plus charmeurs (« Rich Girl ») ou proposent une relecture presque folk d’un classique de la pop (« Kiss Me ») avant de clore leur exposition artistique par un intimisme délicat et obsédant (« Triad »).

« Rich Girl » est tout ce que l’on peut désirer de plus efficace et entêtant dans la musique électronique. Car les artifices ne sont là que pour épouser les contours de la voix habitée d’Emily Zisman, donnant alors à entendre des instants sucrés et fondants en bouche. De petits plaisirs coupables que l’on chérit et que l’on conserve précieusement dans une boîte à bijoux, ou dont les mots s’écrivent d’eux-mêmes dans l’intimité de notre journal. Un secret qui mérite d’éclater au grand jour, et qui laisse augurer de belles prouesses futures pour Chance’s End, ainsi qu’une présence indispensable sur les pistes de danse, entre séduction et désir.

crédit : Kingmond Young

« Rich Girl » de Chance’s End est disponible depuis le 14 novembre 2016 chez Definite Plus Music.


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Raphaël Duprez

En quête constante de découvertes, de surprises et d'artistes passionnés et passionnants.