Le quatuor ontarien Vallens signe un premier effort s’affranchissant des genres qu’il revendique pour mieux nous plonger dans un cauchemar éveillé où aucun espoir ne semble possible. Un disque noir et suintant de vibrations rock liquéfiées et grises, pour un effet aussi pervers que transcendant.

Difficile de trouver les mots justes pour qualifier la musique composée et interprétée par Vallens ; on pourrait passer de nombreuses heures à débattre autour du thème du -gaze, comme eux-mêmes s’amusent à le faire sur leur page Facebook, mais ce serait du temps plus que perdu. Non, l’essentiel de ce premier opus du quatuor, « Consent », est ailleurs ; dans un univers froid et métallique, là où les guitares tranchent dans les chairs et où la voix dissèque nos cerveaux avant de mieux s’y greffer. L’alter ego de la chanteuse et compositrice Robyn Phillips, à l’origine de ce projet aussi ténébreux que puissant, semble être un esprit parfois malfaisant mais, surtout, apte à hanter nos nuits et à nous faire perdre tous nos repères à travers des chansons tendues et crayeuses, râpeuses et hypnotiques. Une révélation tortueuse mais également cathartique, car capturant les vices afin de mieux les transformer en vertus. Thérapeutiques, cela va de soi.
Les dissonances mineures de l’instrumental introductif « While You Wait » laissent les éléments en suspens, en attente ; nous égarant au milieu de paysages immaculés et où toute forme de vie semble éteinte, Vallens s’installe à nos côtés et nous demande de fermer les yeux avant de plonger dans une torpeur parfois dérangeante et souvent troublante. Le rock martial et nébuleux de « Drag » et « Rosemary » confronte ses symptômes à la fausse luminosité de « Consent » et « Karen », tandis que « Dark Tunnel » ne demande qu’à être parcouru d’un bout à l’autre malgré les démons qui se cachent dans ses moindres recoins. Ces mêmes créatures sans scrupules et avides de nos terreurs que l’on regarde dans les yeux, impuissant, lors d’un « Tennessee Haze » à l’issue obscure et pénétrante. Seules bougies tremblantes au sein d’une nuit qui tombe lentement mais sûrement, « Devour » et « Still Need Dreams » basculent toujours plus près de l’abîme, creusé pendant sept captivantes minutes par le furieusement addictif « Sin So Vain ». Le pêché de chair devient alors mortel, nous condamnant à une errance éternelle dans ces landes désertiques et brumeuses.
Dans ces élans rock apocalyptiques et frénétiques, le chant de Robyn Phillips est possédé et transperce nos cœurs d’une flèche empoisonnée, car nous laissant en son pouvoir tout au long des 45 minutes du LP. Livrant une prestation habitée et crue, elle se dévoile sans aucune commune mesure, portant à elle seule le poids de ces vagues chargées d’écume et de glace que nous recevons en plein visage. Et c’est tout ce qui rend « Consent » aussi vital à écouter que viscéral à parcourir ; il nous fait sortir de nos propres esprits, de nos enveloppes charnelles pour aller goûter les fruits défendus de la mélancolie et de la souffrance. Et devient ainsi notre reflet dans le miroir, sans fard, sans pudeur, mais avec un langage propice à la vérité et à l’introspection. Rarement un album aura été aussi éprouvant que bénéfique ; il ne laissera personne indifférent, et rien que pour ça, on ne peut déjà plus s’en passer.

« Consent » de Vallens est disponible depuis le 24 juin 2016 chez Hand Drawn Dracula.
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