Infatigables et toujours animés de la même hargne, les membres de Mos Generator réapparaissent avec un album nucléaire et à la combustion immédiate. Aucun répit possible ; on tient bien là un grand disque de rock mélodique, puissant et faisant trembler l’écorce terrestre sans se soucier des conséquences. Mais, finalement, n’est-ce pas un bien ?

Hyperproductif depuis le début des années 2000, le trio américain Mos Generator compose, tourne, puis compose à nouveau, puis re-tourne (il sort d’ailleurs d’une tournée européenne assez dense ces dernières semaines) ; tout cela sans laisser transparaître la moindre lassitude au fil des productions. Et ce n’est pas son dernier-né, « Abyssinia », qui viendra prouver le contraire : concentré de rock chargé d’adrénaline et d’harmonies immédiatement addictives, ce nouvel opus brasse large, allant du stoner au hard rock sans aucune difficulté, et ce, au sein d’une seule et même chanson. Loin de vouloir se fier aux apparences, ici trompeuses, Tony Reed et ses acolytes jouent pour que ça sonne, que ça vibre, que ça défonce les murs de guitares à grands coups de masse. Et ça marche, tant le résultat est aussi transgressif qu’harmoniquement irréprochable.
Le ton est donné dès les premiers riffs destructeurs de « Strangest Times », entrée en matière sans fioriture et qui pénètre les tympans à grands coups de marteaux rythmiques. Sans pour autant donner une idée générale du disque ; en effet, là où « Catspaw » est une claque presque progressive tandis que la pesanteur de « Easy Devil » force sur la testostérone, d’autres moreceaux comme « As Above So Below » ou encore le psychédélique « Outlander » s’amusent à brouiller les pistes tout en laissant entrevoir une facette de la personnalité complexe du groupe qu’on ne lui connaissait pas encore. Mais la nervosité et le besoin d’exulter dans l’urgence sont toujours à portée de main, lors d’explosions vigoureuses et bruitistes en diable (« Red Canyons », « There’s No Return From Nowhere » et ses passages imprévisibles et tendus). Aucun doute n’est plus possible à l’issue de ces 42 minutes de fulgurances sonores qui irritent et rongent autant que du sel sur une plaie béante ; on n’est pas là pour rigoler, mais pour le fun dans l’exaltation sensorielle.
Se revendiquant de Black Sabbath comme source d’inspiration principale, Mos Generator va beaucoup plus loin que son illustre prédécesseur en injectant des doses hormonales massives dans des chansons déjà saturées de sève bouillonnante et de lave en fusion prête à fondre sur les victimes collatérales que nous devenons irrémédiablement. Mais comment rester de marbre devant une telle débâcle sonore pourtant agrémentée d’élans progressifs confortables et renforçant encore plus la sensation de puissance inaltérable d’un projet qui, au fil des ans, continue son petit bonhomme de chemin en branchant guitares et amplis à des niveaux bien supérieurs à la moyenne, pour notre plus grand plaisir ? « Abyssinia » est une terre inconnue où l’on accepte de voyager pour en découvrir les coins les plus secrets et sombres, toutes ces pépites dissimulées ça et là dans le tumulte de l’art de nos guides spirituels du moment. Accrochez-vous : le parcours sera semé d’embûches, mais que c’est bon !

« Abyssinia » de Mos Generator est disponible depuis le 5 août 2016 chez Listenable Records.