Les Italiens de Soviet Soviet sont de retour avec un second véritable album dont le punk-rock n’a rien à envier à ses meilleurs représentants outre-Atlantique ou britanniques. « Endless », interminable – dans le bon sens du terme – déroulement de fougue mélodique et de colère maîtrisée, se laisse écouter avec autant de plaisir que de frénésie ; même si certains lui reprocheront, à juste titre, une forme de classicisme légèrement encombrante.

On ne connaît pas vraiment la scène rock italienne, nos radios et télévisions hexagonales préférant s’attarder sur des chanteurs pour midinettes ou d’opérette, voire d’opéra, sans laisser l’underground révéler les talents qu’il recèle pourtant. Et il doit bien se passer quelque chose là-bas, puisque d’illustres groupes français comme Ulan Bator s’y sont exilés afin de trouver la meilleure opportunité possible pour s’épanouir dans des genres totalement opposés. Et c’est au sein de ce tumultueux chaudron que l’on découvre Soviet Soviet, groupe bercé au rock acéré d’Anglais ayant maintenant atteint la quarantaine mais donnant au rock qu’il délivre un souffle nouveau et intelligemment composé. À ce titre, « Endless » trouve une place méritée au milieu de projets ayant décidé d’emprunter la même voie, avec plus ou moins de succès et de volonté. Ce dont ne manquent pas nos musiciens sur cet effort de tous les instants, au risque de parfois tomber dans la facilité mais pour mieux se rattraper au fur et à mesure des pistes.
Passées les hostilités incursives que sont « Fairy Tale » et « Endless Beauty », deux pistes assez simples et directes qui ne cherchent pas à aller viser plus haut que leur rock inhérent, le festin commence avec le fougueux et lourd « Remember Now », petit chef-d’œuvre de violence contenue et maîtrisée dont l’urgence devient rapidement flagrante et obsédante. Et c’est bien ce dilemme qui prédomine chez Soviet Soviet : l’auditeur peut passer par des territoires connus et répétés à l’envi (« Star », « Surf A Palm ») ou au contraire se perdre dans les méandres d’un style mis à mal et réapproprié avec originalité et ambition (l’atmosphérique et pachydermique « Going Through » ou le planant et pénétrant « Star »). Difficile alors de se forger une véritable opinion sur le projet, mais il ne fait aucun doute que la passion est là, omniprésente et interprétée avec dévotion et énergie, sans temps mort ni ennui. « Blend » ouvre ainsi, dans ses minutes finales et son explosion sonore, une porte vers la réelle identité du groupe ; et l’on ne peut que l’encourager à passer le seuil le plus vite possible.
Au final, « Endless » se retrouve isolé entre désir de se démarquer du lot et peur de sauter dans le vide pour mieux créer sa propre identité ; le premier n’empêchant à aucun instant la seconde de montrer le bout de son nez quand les guitares crachent et que la voix part dans des aigus beaucoup plus personnels et envoûtants. Le disque, certes, souffre d’une réelle marque de fabrique, mais se laisse écouter avec, toujours à l’esprit, ce sentiment immuable qui ne vient jamais être contrarié : encore un petit effort, et nos Italiens seront grands et totalement à part de leurs hypothétiques homologues. En attendant, passer à côté de ce LP serait une erreur, car il remplit son contrat sans difficulté et conserve au fond de lui de purs moments de hargne et d’électricité. À chacun de se faire une idée…

« Endless » de Soviet Soviet est disponible depuis le 2 décembre 2016 chez Felte / Black Candy Records.
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