[LP] King Creosote – Astronaut Meets Appleman

Nous le savons exotique, rempli d’intentions cosmiques et poétiques, tout le temps sur le fil d’un rasoir brillant et aiguisé à la perfection par des collaborations folles et existantes. Cette année, le King Creosote nous revient avec « Astronaut Meets Appleman », un album agité qui libère les premières résonnances rock de sa carrière, ainsi que des instruments encore inédits chez l’auteur-compositeur : la harpe et la cornemuse. C’est ainsi qu’après le beau mollasson pop « From Scotland With Love », l’Écossais Kenny Anderson renoue avec la veine essayiste dans laquelle ses racines celtiques aiment briller sans interruption.

King Creosote - Astronaut Meets Appleman

Aussi loin que vont nos souvenirs mélomanes, et ce depuis son tout premier « Psalm Clerk » en 2003, nous avons toujours entendu chez King Creosote ce genre de va-et-vient temporel entre l’ancestral et le moderne, faisant de nous les heureuses victimes d’un anachronisme cossu et familier, comme si nos photos de familles se retrouvaient animées par le simple fait de les regarder. Le cœur même de cette impression bat dans ce nouvel album, et se retrouve livré à sa plus belle dualité. En effet, Kenny Anderson explore dans celui-ci les tensions et les harmonies qui coexistent entre tradition et technologie – des philosophies qui donnent à l’auteur l’impression « d’être entre la terre et le paradis ». D’où le curieux nom donné à cette occasion. Quoique le terme « Appleman » (ainsi que le visuel de la couverture) côtoie l’imaginaire de Roald Dahl en référence à son cultissime « James et la Pêche Géante » pour son côté farfelu et humoristique à consonance moralisatrice. Cette interprétation absolument réfutable rejoint tout de même l’idée que l’univers des deux auteurs n’est pas complètement incompatible, ne serait-ce que pour l’imagination cosmique et la poésie marine qui s’y dégagent.

Ce nouvel album est aussi l’occasion pour lui de viser d’autres horizons : « Je voulais essayer autre chose, comme remonter dans le temps et travailler avec un Moi plus jeune, ou plutôt moins cynique », déclare Kenny. « Avant j’étais très voire trop concentré à l’écriture de chaque parole, de chaque mot, mais sur cet album, j’ai décidé de lâcher prise et j’espère que la musique attirera votre attention. J’essayais constamment d’atteindre quelque chose d’autre, sans forcément y arriver. Je voulais sortir des sentiers battus, proposer autre chose. » Cet effort devient d’autant plus évident et est relatif à une remise en question nécessaire à l’évolution du projet : Kenny accepte et prend conscience de ses limites. Les instruments tels que la cornemuse, irradiant la vive odyssée « Melin Wynt », et la harpe, qui s’ajoute en filigrane dans pratiquement toute l’instrumentation des morceaux viennent grossir le trait expérimental de King Creosote et en fait un atout majeur de sa singularité depuis la magnifique collaboration avec Jon Hopkins sur leur flamboyant « Diamond Mine ».

Nous poserons un petit bémol sur « Wake Up To This », trop bien répétitif et linéaire pour l’envergure créatrice de l’artiste, et un gros cœur sur « You Just Want » et « Faux Call ». Les résonnances rock rafraîchissent l’ossature de King Creosote qui commençait sensiblement à tourner en rond, tout comme le groupe Beirut en comparaison à la musicalité folklorique que nous pouvons prêter aux deux projets. Mais dans les deux cas, leur magie poétique prend le dessus. Nous oublions tout. Nous sommes absorbés par elle, pensifs et rêveurs, si bien le réveil semble être le cadet de nos soucis.

crédit : Calum Gordon
crédit : Calum Gordon

« Astronaut Meets Appleman » de King Creosote est disponible depuis le 2 septembre 2016 chez Domino Records.


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Julien Catala

chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante