Tout flotte, s’élève et se fracasse comme des vagues. C’est devenu une habitude, elle est désormais marquée au fer rouge. Les Américains de The Album Leaf, chaperonnés par l’influent Jimmy LaValle, ont toujours été fidèles à leurs ondulations sous tensions, simples à l’oreille, mais perplexes dans leur spectre sonore. Nous parlons de spectre, oui. C’est bien de cela qu’il s’agit : nous croyons leurs fantômes éteints par les années, mais ils ont finalement continué de hanter en sourdine la musique pendant 17 ans. La preuve avec « Between Waves » qui élève le groupe originaire de San Diego au rang des précurseurs et génies monumentaux de la scène électronique ambient.

Immersif, l’album l’est sans aucun doute. Ce même travail sur la musique classique et le piano, premier amour de LaValle ; et comme pour beaucoup de groupes s’identifiant à la scène post-rock (comme le font les géants Sigur Rós dont le groupe se produira d’ailleurs en première partie de leur tournée en 2001), The Album Leaf utilise, depuis ses débuts en 1999, des « bruits » divers tel que des « field recordings » (traduisible comme l’enregistrement de terrain qui désigne un enregistrement audio produit hors studio qui s’applique aussi bien aux sons produits naturellement qu’à ceux produits par l’homme) ou des sons de transmission de radio. Cette technique fut totalement adoptée par le groupe et mélangée à un genre de brisure ambiante et minimaliste principalement influencé par le « score », recoins où LaValle s’active divinement pour le cinéma indépendant (« Distraction », « Before You Know It ») et les séries télévisées (« Scandal, « Sons of Anarchy » et « Suits). Autre élément caractérisant les Américains : la voix singulière de son leader qu’ils parsèment méthodiquement dans leurs albums en utilisant le schéma de deux pistes instrumentales pour une piste « chantée ».
Toute la signature de The Album Leaf se trouve magnifiée dans « Between Waves », qu’on pourrait même porter à son paroxysme. Néanmoins, l’album possède des différences, comme nous l’indique LaValle : « Musicalement, la première grande différence tient dans l’approche de l’écriture des morceaux, qui, pour la plupart, ont été écrits dans mon studio alors qu’on enregistrait. En utilisant la performance et les capacités d’enregistrement d’Ableton Live, j’ai pu programmer mes séquences avec les prestations en temps réel de Dave LeBleu à la batterie. Contrairement à mes précédents albums, ces pistes fusionnent notre sens organique aux éléments électroniques, pour former un tout. Acoustiquement, il y a quelque chose de beaucoup plus collaboratif ; puisque les albums précédents présentaient un ingénieur du son en particulier, alors que cet album regroupe les talents de plusieurs mixeurs, ce qui donne à chaque morceau une richesse et une complexité qui lui sont propres. »
Bien que la pluralité des textures ne soit clairement pas flagrante dès les premières écoutes, omit l’exotique et fabuleuse « New Soul » qui se détache forcément de la brillante masse, nous sentons alors tout de suite l’empreinte organique des mélodies et des pulsations synthétiques qui relèvent en premier lieu des battements de ce gros organe vital qui s’anime dans sa prison thoracique. Heureusement, d’autres éléments moins biologiques viennent remplir leur fonction, nos sens se soumettent à une composante émotionnelle – pour ne pas la citer – et de ce fait, le cœur prend toute la dimension que le monde lui assène. Vous devinerez vite laquelle…

« Between Waves » de The Album Leaf est disponible depuis le 26 août 2016 chez Relapse Records.
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