[Interview] Theo Lawrence and the Hearts

Programmé en ouverture de l’édition 2016 de Rock en Seine, il faudra arriver tôt pour découvrir la soul mâtinée de blues de Theo Lawrence and the Hearts. Installé dans la ville voisine de Gentilly, au Sud de Paris, le songwriter prodige et formidable interprète de vingt ans nous raconte son parcours, ses influences, ses musiciens et son futur proche. L’occasion de faire plus ample connaissance avec l’un des soulmen français les plus attachants et talentueux de sa génération.

Theo Lawrence

  • Ton premier single, « Heaven To Me », évoque irrémédiablement les plus belles heures de la soul américaine. Comment, à vingt ans tout juste passés, on fait le choix mûr de la soul et du rhythm’n’blues plutôt que la pop et l’électro des potes musiciens ?

Le groupe et moi n’avons pas fait le choix du style consciemment. « Heaven To Me » est un aperçu de ce qui sort du fond de nos cœurs. C’est la musique dans laquelle nos personnalités s’expriment le plus naturellement. Notre programme n’est pas de rendre un hommage nostalgique à la soul américaine, mais plutôt de synthétiser l’essence de ce qu’on aime.

L’un des grands avantages de notre époque est justement d’avoir accès à toute cette matière. Pouvoir écouter un disque de rock and roll cambodgien le matin, de la musique traditionnelle hawaïenne le soir et regarder des kilomètres de film d’Alan Lomax entre les deux… C’est une chance ! Il n’y a pas de limites aux influences du groupe ; la seule chose qu’on ne changera jamais, c’est notre nécessité de rester fidèle à la vérité dans notre musique.

  • Comment grandit-on avec une double nationalité : Française et Canadienne en l’occurrence ? C’est un avantage certain pour l’écriture, non ? Et pour le reste ?

Pour être honnête, je ne pense jamais à mes nationalités. La première chanson que j’ai jamais écrite était en anglais. Ça me semblait plus proche de ce qu’il y avait dans ma tête. Cela dit je n’écrirais pas dans cette langue sans l’éducation que j’ai reçue. Beaucoup de gens disent que tout sonne mieux en anglais, mais c’est pas si facile que ça ! Je suis tombé en amour avec le Canada. J’ai hâte d’y jouer pour répandre le Love sur un autre continent. Et de faire de la luge avec le groupe !

  • Après ce double single « Heaven To Me / All Along » sorti en avril 2016, que nous réserves-tu ?

En un an à jouer ensemble, on a amassé beaucoup de chansons. Dès qu’on se retrouve, on en écrit une nouvelle. On retourne enregistrer en septembre pour sortir notre premier EP : le son du groupe continue d’évoluer et j’ai très hâte de vous faire écouter ! J’y chante sur l’amour éternel, le kung-fu et le diable, entre autres. J’ai une soif avide de sortir des disques pour pouvoir continuer à expérimenter sans cesse.

  • Avec Velvet Veins, ton précédent groupe, tu explorais déjà la musique nord-américaine entre rock’n’roll et delta blues. Une influence qui perdure encore chez toi ? Aussi, quelles sont les œuvres qui ont bercé ton adolescence, et orientent tes choix d’aujourd’hui ?

La musique du Sud-Est américain est ancrée dans mon cœur à jamais. C’est la bande-son de ma vie. J’ai un amour profond pour le bluegrass et le gospel de Bill Monroe, des Stanley Brothers, la Carter Family pour la deep soul de Wendy Rene, Lee Moses, Joe Tex, Otis Redding, les Staples Singers. J’ai grandi avec le Mississippi Hill Country Blues de Junior Kimbrough, Jessie Mae Hemphill, R.L Burnside et tous ces gars du Delta comme Fred McDowell, Charley Patton ou Son House. Voilà qui sont mes héros !

Ces artistes sont intègres dans leur approche, simples et directs. Pas de poses ni de faux-semblant. Qu’importe le style finalement, je les aime car leurs paroles et leurs valeurs font plus qu’inspirer mes chansons, elles me guident dans ma vie et me gardent sur le droit chemin de l’Amour ! Adolescent j’écoutais beaucoup l’album « Never Loved A Man » d’Aretha Franklin, « Safe as Milk » de Captain Beefheart, « Elephant » des White Stripes et « Brothers » des Black Keys. Difficile d’oublier des trucs pareils !

Aujourd’hui je me suis plongé dans la musique asiatique des années 60, le hip-hop, les disques jamaïcains de Studio One et la nouvelle scène soul de Brooklyn. En France, le meilleur représentant de ce que j’aime est Don Cavalli aka « The Pharaoh ».

  • Que t’évoquent des succès soul modernes de Nathaniel Rateliff and the Night Sweats et d’Alabama Shakes ?

Deux groupes que j’adore. Les Alabama Shakes ont une intensité émotionnelle surpuissante sur scène et poussent leur musique derrière les frontières du genre. Leur concert est l’un de ceux qui m’ont le plus marqué. Ils font de la Soul au sens large du terme, c’est-à-dire une musique spirituelle et habitée. J’espère jouer avec eux un jour !

Lee Fields, The Arcs, Charles Bradley et tous ces artistes sont de grandes sources d’inspiration pour moi. C’est eux qui me plaisent le plus dans le monde de la musique aujourd’hui.

  • Parlons un peu de The Hearts, le groupe qui t’accompagne ? Comment est né ce groupe et peux-tu me présenter tes musiciens ?

Ça fait cinq ans que je joue avec Olivier Viscat (basse) et seulement quelques jours avec Nevil Bernard (orgue et claviers). Pendant un an, le groupe s’est formé progressivement. Quand je repense à ma rencontre avec Louis Marin Renaud (guitare) dit « Biket » et Thibault El Rooster (batterie), je me dis que les étoiles se sont vraiment alignées pour nous rassembler tous. Être amis et faire de la musique est une grande source de joie.

Cette musique, on a appris à la faire ensemble. Leur manière de s’exprimer musicalement est si personnelle, c’est ce qui donne son âme au groupe. Ce n’est pas un hasard s’ils s’appellent The Hearts : ils sont tous tendres et passionnés. Un organe vital à traquer les bonnes vibrations. On arrange tous les morceaux à cinq et formons un vrai groupe, tous sur la même longueur d’onde.

  • Un mot sur ta ville, Gentilly, au sud de Paris ? Un regard sur la vie culturelle locale ?

Gentilly c’est mon Delta du Mississippi à moi, là où j’ai grandi. Respect à mes voisins qui m’ont supporté nuit et jour. Quant à la vie culturelle, il y a un très bon camion pizza, juste à la sortie du RER !

Theo Lawrence

  • Avec ton groupe, tu es annoncé vendredi 26 août prochain sur la Scène de l’Industrie de Rock en Scène à 15h30. Pourquoi faut-il être impérativement présent dès l’ouverture des portes pour te voir.

Parce qu’on va vous donner « the real thing » !


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques