Cela fait des lustres que tout le monde l’attend ; des lustres que RY X nous délivre au compte-goutte toutes ses radiances accumulées au cours de ses récits et projets transis, faisant éclater en nous cette heureuse mélancolie que l’on pensait éteinte pour certains ou inexistante pour d’autres. L’attente fut longue mais belle, surtout quand nous connaissons aujourd’hui toutes les merveilles qu’il nous préparait en cachette sur les hauteurs de Los Angeles, tandis qu’il méditait et se débattait dans son ailleurs que « Dawn » symbolise : un cheminement halluciné, pur et sensoriel d’où s’échappent l’humeur de ses démons et le satin de sa renaissance.

« Ça a été un vrai périple… », déclare RY X, dont le parcours jusqu’à son actuelle demeure frôle l’étourdissement exotique, l’acheminant vers un dépaysement certain pour nous, petits Européens en quête de sensations. De son Angourie natale, petite ville de la côte est de l’Australie, Ry ne garde en mémoire que le fait de traire les chèvres, nager et courir nu comme un gardon – les vêtements n’avaient aucune importance. La nature. Après avoir quitté le domicile parental à 17 ans, le jeune chanteur, alors animé par Pearl Jam, Jeff Buckley et Nirvana, démarra son voyage quand il rencontra un producteur de cinéma lorsqu’il surfait au Costa Rica. Galvanisé par les promesses de ce dernier, Ry se rendit à Hollywood dans l’espoir de vivre une vie de rock star.
Sur place, il composa et réalisa un album mais déchanta vite : « Je n’aimais pas cet enregistrement. J’étais du mauvais côté du canyon. Je me disais : « Ce n’est pas ce que je suis, je n’aime pas vraiment ça ». Je ne pensais pas que je continuerais à faire de la musique, j’étais vraiment perturbé. » Il était désespéré de ne pas pouvoir s’y retrouver. Comme pour chercher un sens à ce qui se passait en lui, il partit quelque temps en Indonésie et revint transformé – le tilak (marque hindou portée sur le front) qu’il arbore sur la pochette fait foi. Il estimait alors qu’il serait « un renégat surfant à travers le monde » s’il n’y avait pas eu la musique, et c’est exactement cet état d’esprit qu’il veut retranscrire dans ses créations. Le temps passa et l’Europe l’amena à rencontrer le DJ anglais Adam Freedland et le producteur californien Steve Nalepa – avec qu’il formera plus tard le (fabuleux) projet minimal The Acid – et à composer l’onirisme de deux minutes qui l’a propulsé au devant la scène, « Berlin ».
Le processus de « Dawn » fut difficile. Malgré une vue magnifique des collines de Topanga Canyon, un ruisseau naturel pour nager et la proximité de la plage, Ry a retravaillé et enregistré plus de quarante pistes avant d’avoir le sentiment que l’album était achevé. La clé pour trouver le vraie signature de « Dawn » fut le retirement, la solitude : « J’ai hiberné. Je pensais que j’utiliserais un tas d’arrangements orchestraux, mais j’étais juste là, près d’un feu de camp, avec une guitare acoustique. Je voulais que cet album parle de sentiments. » D’ailleurs, les paroles qu’il juge écrites « à la Patti Smith, avec beaucoup de description dans une seule ligne » permettent une grande attractivité émotionnelle. Il explique aussi ce rôle sensitif par le biais de son titre « Sweat » : « Le sens n’est peut-être pas toujours explicite, mais c’est parce que ce sont des expériences entières regroupées sous quelques mots. « Sweat » parle des fantômes de relations passées et de choix entre des partenaires amoureux. On transpire dans ces cas-là, autant que quand on court ou qu’on cogne dans un sac de frappe. C’est de la sueur émotionnelle. »
Que dire de plus ? Sinon que « Dawn » est le reflet transi de cette transhumance vers soi, de ce travail cérémonial que délivre Ry au long des pistes. D’abord contemplatif, avec ce qu’il faut de piano, de cordes, et de touches électroniques, « Dawn » se mesure dans l’ambiance formelle et non dans un genre en particulier. Tandis que la première partie penche vers des résonances folk (« Salt », « Only ») et pop-rock (« Howling »), la deuxième se délite vers une sorte d’électro-house très vaporeuse (« Haste », « Hold Me Love »), en gardant, sur une grande majorité de chansons, la même structure : ce crescendo qui monte vers un final toujours plus extatique. « Berlin » et « Sweat » feraient presque office d’exception. Assises dans leur imperturbable sérénité, elle tiennent toutes les deux le flambeau du début. RY X ne pouvait s’en détacher. L’intelligence a été de les insérer à l’album telles qu’on les connaissait, sans modification, en les remasterisant tout de même.

Figure de vagabond pétrifié dans une philosophie que l’on peut croire fumeuse, RY X nous fait rêver, ne serait-ce que par cette faculté qu’il a d’y croire dur comme fer. C’est cette conviction qui l’amène à se dépasser coute que coute, et non sans difficulté. Dans « Dawn », l’amour et le désespoir de la vie sont livrés dans une lutte serrée et omniprésente, sachant à l’avance que l’un ne peut vivre sans l’autre. Toute sa beauté réside là, dans son consentement, son abnégation.
« Dawn » de RY X est disponible depuis le 6 mai 2016 chez Infectious Music.
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