Entre pop dansante et rock fouillé et complexe, Bangkok signe un disque profond et démontrant un sens de la mélodie imparable et précieux. Un EP remarquable, sur bien des points.

Difficile de mélanger les genres sans se perdre en cours de route ; et, dans le cas des Parisiens de Bangkok, de faire autant ressentir des émotions puissantes qu’inciter à la danse, sans se fourvoyer. Le défi était de taille, mais est ici relevé à la perfection, tant leur EP exprime à la perfection le plaisir et l’intelligence d’arrangements mûrement réfléchis et construits, peu à peu, pour mieux nous prendre par surprise et nous enserrer le cœur et l’esprit. Entre un furieux besoin de transpirer et une mélancolie toujours latente, le trio réalise la prouesse de marier des tonalités peu souvent entendues et rappelant, à bien des égards, les expérimentations harmoniques les plus obsédantes de la fin des années 70 ou du début des années 80 ; mais en conservant, à fleur de peau, une originalité et un langage personnel qui n’appartiennent qu’à ses concepteurs.
Soignant ses titres avec un sens du détail qui laisse admiratif, Bangkok exprime ses propres compositions avec une volonté croissante d’aller toujours plus loin dans l’invention de sonorités apparemment divergentes. Que ce soit le long d’élans disco entraînants et viscéralement prégnants (Maya Girls) ou par-delà d’autres contrées rock presque psychédéliques (Magic), le groupe conçoit son art avec un souci de l’interprétation immédiat et sensible, définitif et amplement réussi. « Dream Station », chef-d’œuvre d’un disque qui contient pourtant tant de perles (aucune piste n’est inférieure à une autre), se divise ainsi en deux parties distinctes mais toujours complémentaires, achevant de laisser l’auditeur admiratif et littéralement en transe devant une pop beaucoup plus cérébrale et immédiate qu’elle n’en a l’air. Plus tard, la légèreté de « Jungle of Mania » ne laisse en rien augurer l’apothéose chargée de spleen que représente « Woman in Paris », pièce ultime d’un EP aux mille saveurs et à la beauté contagieuse.
On ne saurait pas assez bien exprimer le ressenti que provoquent les chansons finement ciselées de Bangkok ; tout au plus pourrait-on affirmer que l’on tient là un phénomène trop rare pour ne pas en profiter au maximum. Charriant son lot de découvertes au fil des écoutes, cette collection exceptionnelle de clichés musicaux entremêlés, enchevêtrés pour constituer une pièce majeure du pop rock actuel, ne laisse à aucun instant de marbre ; et, comme les plus belles sculptures, est destiné à durer et dépasser les âges. On attend donc la suite des aventures du projet avec impatience, que ce soit ici, ou ailleurs, selon la destination que nous désirons impérativement rejoindre avec eux.

« Bangkok EP » de Bangkok est disponible depuis le 14 avril 2016 chez Columbia.
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