La septième édition de la tournée Up In Smoke – nom évocateur s’il en est – réunit les Ukrainiens enfumés de Stoned Jesus et les Français embrumés de Mars Red Sky. Autant dire qu’il y avait du gros riff et du son très lourd au Marché Gare, le 6 avril dernier.

Mediatone Lyon, qui organisait le concert, nous avait concocté une bien sympathique surprise en invitant les Lyonnais très marrants de Goatfather à jouer cinq morceaux en préchauffe du concert. La joyeuse bande de Vikings lyonnais, chevelus, poilus, barbus et tatoués, débarque sans fioriture, visiblement ravie d’être là, et envoie la sauce pour un mini-concert brut de décoffrage et très rafraîchissant. Au programme : un hard rock fortement teinté de stoner très viril et épique, du gros riff, du gros solo qui tâche, quelques pains, un bug de micros qui n’entame pas la bonne humeur du chanteur, sorte de clone français de Zakk Wylde. On retiendra surtout la bonne ambiance du concert, le premier titre hilarant « Hipster Fister » et les riffs pachydermiques qui concluent les deux derniers morceaux du set. Une bonne entrée en matière, et un groupe vraiment sympa en dehors de la scène.
Puis, ce fut l’heure de Stoned Jesus. Précisons que d’eux ou de Mars Red Sky, il n’y avait pas vraiment de tête d’affiche, mais deux groupes avec un concert d’environ une heure chacun. Preuve en est, une bonne partie du public semblait être venue surtout pour les Ukrainiens, les Bordelais étant des habitués des concerts lyonnais. Personnellement, c’est aussi le groupe des deux que j’étais le plus curieux de voir, les ayant découverts avec l’excellent « Seven Thunders Roar » en 2012. Depuis, le groupe a fait paraître un nouvel album, moins orienté doom et plus marqué par le son de la scène revival hard psych. Des sept morceaux qui seront joués, dont plusieurs dépassent allègrement les dix minutes, le groupe marque évidemment les esprits avec les énormes titres de son album phare de 2012, le monumental « I’m The Mountain » en tête. L’exécution est parfaite, vivante à souhait. Le chanteur-guitariste assène des riffs puissants pendant que le bassiste, véritable bass-hero, s’agite dans tous les sens.

Dans son domaine respectif, Stoned Jesus redonne bel et bien ses lettres de noblesse à la notion de power trio. « Rituals of the Sun », du dernier album en date, « The Harvest », ouvre le concert sur un riff de basse imparable qui fout d’emblée le feu à la salle. Le son est très fort, mais la musique, pas si violente ou pesante que dans mon souvenir discographique. Il y a presque une légèreté dans le psyché lent que délivre le combo, même sur des titres plus nerveux comme « The Harvest » ou les riffs assassins de « Bright Like The Morning », qui clôt le concert. Les musiciens, et en particulier le guitariste, interagissent bien avec le public, faisant des blagues, parlant du Hellfest, nous exhortant à chanter les paroles (pour un résultat pas si catastrophique que ça, vu le contingent de fans). Le musicien, très en forme, jouera même une partie de guitare en crowd-surfing, et finira torse nu après avoir lancé son T-shirt à l’effigie de Mastodon dans le public ; vêtement qui atterrira – ou plutôt n’atterrira jamais – dans les structures métalliques accrochées au plafond. Des fans déterminés feront la courte échelle pour récupérer le trophée.
Mars Red Sky prend donc la suite devant une salle légèrement moins bondée, mais constituée là encore d’une fan-base solide. Le groupe a souvent défendu ses disques à Lyon et sa réputation scénique est sans faille. Cette fois, un projecteur diffuse des images étranges et psychédéliques sur un écran pendant le concert. Le volume sonore est assourdissant, et le son de guitare du chanteur, Julien Pras, juste saisissant. Moi qui pensais que le concert des Ukrainiens serait le plus doom, le plus violent des deux, je me trompais, et de beaucoup. Les hostilités commencent sur le riff titanesque de l’excellente ouverture du dernier album, « Alien Grounds – Apex III », qui pose d’emblée le ton. Le concert sera écrasant, psychédélique certes, mais fortement marqué du sceau lourd et puissant de cet autre power trio, dont la spécificité la plus identifiable reste le chant plaintif et étonnant de Julien Pras, qui ne rappelle pas grand monde d’autre si ce n’est peut-être quelques intonations de Maynard James Keenan de Tool sur « Aenima ».
Le dernier album sera, bien entendu, beaucoup joué et mis en valeur, avec une réaction enthousiaste du public ; ce qui étonne un peu les musiciens qui, apparemment, ont été assez critiqués sur ce disque lors de précédents concerts (il est pourtant excellent). En témoigne l’énorme « Mindreader », un des meilleurs titres de l’album et qui devient, en live, une véritable machine de guerre. Le groupe fait bien de choisir un morceau de son EP « Providence », avec l’excellent « Shot in Providence », dont c’est de loin le meilleur extrait. En fin de concert, ce sont les deux premiers albums qui sont à l’honneur, avec l’imparable tube « Strong Reflection », que tout le monde attendait et qui n’a rien perdu de sa superbe et de son efficacité, ainsi que « Marble Sky », ou encore « The Light Beyond » de « Stranded in Arcadia ».

Rien à dire donc côté setlist, le groupe faisant de très bons choix. En revanche, on regrettera un jeu et une présence scéniques un peu en retrait et anti-spectaculaires. Le combo joue dans l’ombre, mettant l’accent plutôt sur les projections, qui ne sont pas toujours du meilleur effet, même si certains passages sont vraiment sympas. Et si, techniquement, les musiciens sont très bons et le son indéniablement puissant, surtout côté guitare, le contraste avec la dimension pyrotechnique de Stoned Jesus et leur spontanéité dans la relation avec le public est en défaveur des Français. C’est dommage, et ça en aura un peu rebuté certains dans le public ; mais sinon, la qualité strictement musicale du concert n’est pas à mettre en doute ; et, les yeux fermés, c’était vraiment un sacré trip pour les amateurs de headbang et de stoner poisseux et atmosphérique.
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