Certainement l’un des projets hexagonaux les plus excitants de ce début d’année ; avec « Had to Happen », Cachinus marque au fer rouge une production actuelle trop propre et y sème des cailloux rock vénéneux et au potentiel hors du commun.

Analogique ou numérique ? À vrai dire, de nos jours, la question ne se pose même plus. Alors que mêmes les meilleures guitares peuvent être reproduites à l’identique grâce à des plug-ins de plus en plus élaborés, des simulateurs d’amplis au son furieusement décadent, ou autres progrès dénaturant l’effet désiré, chacun choisit son propre parti, le plus souvent en favorisant la technique plutôt que l’organique. Le résultat est souvent à la hauteur, mais on est heureux de retrouver, au détour de quelques albums, ce grain si particulier de l’enregistrement par bandes ; cette sensation de condensé d’énergie sur support chimique, et non informatique. Surtout quand il s’agit de rock. Ainsi, comment ne pas accueillir à bras ouverts la démarche du duo parisien Cachinus, ces derniers ayant réalisé le phénoménal « Had to Happen » de manière radicalement traditionnelle ? Une bouffée d’air frais immédiate et furieuse, qui laisse des traces longtemps et avec un sens de la composition touchant au génie.
En onze titres tantôt sauvages, tantôt plus apaisés, Etienne Jules Damin et Julien Miossec prouvent qu’ils savent de quoi il s’agit lorsqu’ils parlent de rock ; de son sens premier, son inépuisable témérité, son besoin d’exulter. Quelques secondes tranquilles sur une intro ne laissant en rien supposer de ce qui va suivre (pour s’achever, en fin de LP, sur une outro tout aussi idyllique), puis « Enjoy First » donne immédiatement le ton : les guitares crachent et salivent, chiens sauvages prêts à être lâchés sur les victimes – consentantes – que nous sommes. Les riffs se mélangent, se croisent, percutent des rythmiques dont la violence et la précision s’entrechoquent et nous font trembler de tous nos membres (« Birth Certificate »). Pas de place pour les balbutiements inutiles, ici : l’immédiateté, l’exultation seront ou ne seront pas. Mais chaque piste se démarque pourtant des autres, notamment grâce à un sens accru et inné de la mélodie et de la composition : les différents instruments et composés harmoniques s’enchaînent sans temps mort, dans une progression précise et incroyablement juste (« No One Hears My »). Soufflant le chaud et le froid en quarante minutes essentielles, Cachinus se permet des instants de sérénité inattendus et essentiels (à ce titre, le moment de bravoure qu’est « Desperate Last Words » est anthologique), dans un désir ininterrompu de troubler les enjeux d’un album aux mille éclats.
Moment d’apothéose musicale par excellence, « Lost All I Have » a tout du hit en puissance, charriant un refrain imparable (impossible de ne pas l’avoir en tête des heures durant) et des riffs ciselés et précis, le tout porté par des voix toujours impeccables. Et c’est bien là que tout se joue : le chant, qu’il soit clair ou possédé, porte sur ses épaules la lourde charge d’apporter un liant fort et constant à ce disque cataclysmique au premier abord, mais rapidement attachant et addictif. Au final, en conjuguant tous ces arts différents dans une anthologie rock qui nous laisse bouches bées et K.O., Cachinus ne fait rien de moins que marquer les esprits avec une jeunesse et une fougue incroyables, mais surtout un savoir-faire qui risque de laisser beaucoup d’homologues sur le carreau. Une leçon musicale qui doit faire l’unanimité, tant celle-ci est amplement méritée.

Un seul désir, maintenant : découvrir dès que possible ces explosions sonores sur scène, entre sueur et passion. D’ici là, « Had to Happen » va tourner en boucle, et pour longtemps !
« Had to Happen » de Cachinus, disponible depuis le 8 mars 2016 chez 26.5 Music.