[Clip] Animal Collective – FloriDada

Premier extrait de l’album à paraître d’Animal Collective, « FloriDada » est désormais accompagné d’un clip délirant aux couleurs chatoyantes. Décryptage ou plutôt tentative de le faire.

Animal Collective - FloriDada

« Painting With », dixième album de la troupe de Panda Bear et Avey Tare est annoncé par nos joyeux lurons sous les auspices de l’avant-garde artistique et peinte du XXe siècle : références au cubisme, au collage, au surréalisme et, comme l’indique le titre du morceau, au dadaïsme. Revendiquant une écriture plus resserrée et dynamique que sur les opus précédents où le groupe alliait son sens de l’expérimentation à des formats pop souvent étirés, « Painting With » devrait renouer avec la veine la plus nerveuse et efficace du groupe, un virage déjà abordé avec le précédent effort, le déconcertant mais réjouissant « Centipede Hz ».

« FloriDada » donc. Difficile de sortir du morceau sans en chanter en boucle le refrain entêtant et délicieusement régressif. Si le morceau en lui-même nous replonge en terrain connu avec des marqueurs du groupe immédiatement reconnaissables (textures sonores, voix tantôt très mélodiques ou très criardes, énergie quasi primitive), le clip qui l’accompagne est un nouveau délire dont sont désormais friands les Américains. Chose peu commune, il démarre avec un bandeau d’avertissement concernant les personnes sujettes à l’épilepsie. On se souvient du fameux clip qu’avait tourné Gaspar Noé pour « Applesauce », tout en flashes et aplats de couleurs aveuglants, mais ici c’est encore un autre niveau qui est atteint. Le groupe bat donc très certainement d’emblée un record puisqu’il s’agit de son septième (!) clip à être ainsi accompagné d’un avertissement de ce type.

La vidéo est un film d’animation aux techniques mixtes, aux couleurs tapageuses et fluo qui présente deux personnages se rapprochant puis s’enlaçant sur fond d’images dansantes et psychédéliques de la Floride ou de l’espace. Conçu comme une étrange et amusante parodie de grandes scènes d’amour cosmiques façon « 2001, l’odyssée de l’espace », ce court-métrage musical met ainsi sur un même plan sous acide une Floride clitoridienne qui se balance libidineusement, deux amants en train de copuler avec fougue et des planètes qui dansent la farandole, s’explosent entre elles et font des mitoses. Le parallèle n’est pas sans rappeler celui que développait déjà Björk entre l’infiniment grand et l’infiniment petit dans son projet « Biophilia », avec ici une énorme dose d’hallucinogènes et d’humour en plus. Avec ses planètes rieuses comme des cellules, ses kaléidoscopes de jambes en l’air et de croupes offertes, « FloriDada » est une succession joviale d’images délicieusement charnelles et lubriques, mais stylisées comme un cartoon enfantin et déviant. La 3D et la motion-capture des personnages renforcent le sentiment d’étrangeté surréaliste de l’ensemble, et quand la naissance d’un bébé arrive le délire est à son paroxysme. Mais nulle image épileptique jusqu’alors, même si le tout accroche déjà pas mal l’œil.

Animal Collective

Le clip bascule sur le climax-orgasme du couple dans le trip annoncé initialement, superposant d’un coup d’un seul tous les motifs précédemment amorcés. À toute vitesse et avec un clignotement difficilement supportable pour certains sont donc plaqués les uns sur les autres nos deux amants, leur rejeton, les spirales psychédéliques de jambes, le clitoFloride, les planètes en mitoses, etc. Au vu de ce grand barnum puissamment bigarré et à l’énergie communicante, on a hâte d’écouter cet album « cubiste » et d’en voir les interprétations tant scéniques qu’audiovisuelles.

« Painting With » d’Animal Collective, sortie le 19 février 2016 chez Domino Records.


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Maxime Antoine

cinéphile lyonnais passionné de musique