[Interview] Amoure

Le printemps dernier, Amoure dévoilait son premier single « Plage ». Un titre léger et solaire, qui portait les premières lueurs chaudes de l’été dans nos chaumières encore bien rafraîchies, associé à un clip qui nous racontait l’amitié communicative de trois Strasbourgeois partis en vacances et en tournée dans le sud de la France, chemises au vent et au volant d’une Renault Kangoo.
Suite à cela, Nicolas, Thibault et Julien ont alors dévoilé « Limbo », tube collectif en puissance qui a séduit le jury du Prix Ricard S.A. Live qui les a retenus parmi ses dix finalistes. Avant la sortie de leur premier EP, nous vous proposons un entretien avec Nicolas Lietaert, bassiste et chanteur lead de la formation pop indie zouk strasbourgeoise.

crédit : Mathieu Dellabe
crédit : Mathieu Dellabe
  • De la pop indie zouk, il fallait oser : Amoure l’a fait ! Dans quelles circonstances, suite à quelle occasion cette orientation musicale atypique a été mise sur le tapis ?

Je crois que tout est parti des riffs de guitare non utilisés de Thibault. Il a un jeu très chaloupé qui s’entendait déjà dans Plus Guest. Quand on a commencé à jouer ensemble, il est arrivé avec le riff de « Plage » notamment, qu’on a fait tourner des heures dans notre local, lumières tamisées. On a adapté la batterie et la basse en fonction. C’était naturellement un peu zouk, ce n’était pas voulu. Après, Julien et moi avons aussi beaucoup d’intérêt pour la musique des îles. Personnellement ma première K7 audio c’était La Compagnie Créole. Ça et Nirvana. Peut-être qu’on se situe à la croisée de ça.

  • Vous êtes tous trois installés à Strasbourg, potes de longue date et vous officiez chacun en tant que membre d’un actuel ou ancien groupe lié à la l’écurie rock locale Deaf Rock Records : Colt Silvers pour Nicolas, Plus Guest pour Thibault et Electric Suicide Club pour Julien. Pourtant Amoure n’est pas signé chez Deaf Rock Records. Pas encore ?

C’est vrai que malgré toutes nos affiliations, on n’est pas un groupe Deaf Rock. Pour être honnête, ça a été évoqué, mais ça ne se fera pas. On part dans une voie différente de l’esthétique Deaf Rock, plus chanson, et on veut défendre ce projet nous-mêmes pour l’instant. Je suis en contact avec d’autres labels. On va commencer par sortir cet EP et voir ce qui se passe.

  • Vous défendez sur vos premiers morceaux des textes légers, romantiques sinon séducteurs et destinés à prolonger la période estivale toute l’année. Le français, c’est la meilleure langue pour draguer ?

Hahaha, assurément, le charme français. Quoique, il y a l’Italien… je devrais peut-être m’y mettre.

crédit : Claire Delorme
crédit : Claire Delorme
  • Pouvez-vous me parler de « Limbo » et de « Plage », vos deux premiers singles : derrière vos textes légers, y’a-t-il une histoire plus personnelle qui se joue ? D’ailleurs, l’écriture est-elle collective ou individuelle au sein d’Amoure ?

Individuelle pour l’instant. J’avais beaucoup de choses que je ne pouvais pas forcément exprimer avec les Colt car très personnelles, donc j’étais très inspiré dès le début d’Amoure. Il y a plusieurs niveaux de lecture effectivement. « Plage », c’est la romance avec ses hauts et ses bas, la vie en tournée, les départs et retours. La mer me sert à symboliser cette quête d’absolu, l’affirmation de l’amour comme force imperturbable, constante malgré tout. « Limbo » a été écrite le matin où j’ai réalisé que je n’étais plus dépendant de mon ex. Toutes les possibilités s’offraient à moi, soudain je pouvais être ce que je voulais. Remplacer le soleil, être roi du limbo…, au final c’est juste ce furieux sentiment de liberté qui s’exprime. Ça fait du bien.

  • Pour illustrer « Limbo », vous avez sorti un clip en deux formats différents : une version classique en format 4/3 et une version smartphone en format portrait. Comment vous est venue cette idée ? Était-ce réfléchi pour coller à l’image dans un groupe dans son époque ?

Pour le clip de « Limbo » on a fait appel à un collectif strasbourgeois qui s’appelle l’Équipe de Nuit, qui est très branché concept. Ils sont arrivés avec la proposition des deux versions et on a trouvé ça cool. Effectivement c’est très actuel le format portrait, et ça permettait une écriture un peu différente du clip, avec un côté figurine individuelle de chacun d’entre nous, presque BD, qui nous a plu. Ça va vite, c’est dynamique, on trouvait que ça correspondait bien avec « Limbo » et ses deux minutes.

  • Quand vous avez monté Amoure, c’était plutôt un projet sans prétention avec mes potes, une parenthèse musicale décontractée entre d’autres projets ou un projet que vous preniez déjà un peu au sérieux ?

C’était plutôt un projet sans prétention avec des potes, et ça n’a pas trop changé. Le groupe est avant tout parti de l’envie de jouer ensemble, simplement. Tant qu’on aura l’inspiration, on va continuer. Tant mieux si ça commence à fédérer les gens, c’est toujours gratifiant et ça nous incite à continuer de plus belle.

  • Côté univers, on est tenté d’évoquer les Bordelais de Pendentif, Bengale et Frànçois & The Atlas Mountains. Mais quelles sont vos influences à vous pour ce projet ?

J’ai découvert Frànçois… assez tard, en concert et j’ai adoré. Je ne pense pas qu’on puisse parler d’influence pour ces trois noms, mais c’est sûr que ce qu’ils font nous parle beaucoup. J’adorerais jouer avec eux. Perso une de mes plus grandes influences reste Weezer.

crédit : Mathieu Dellabe
crédit : Mathieu Dellabe
  • Vous préparez un premier EP pour mars. Comment avez-vous travaillé dessus et avec qui ?

On l’a enregistré « à la maison » au Deaf Rock Studio à Strasbourg. On a nos petites habitudes ici avec Christophe Pulon, ça allait de soi. Cependant le principe était différent parce qu’on y allait en tant que clients. On était autonomes sur la direction artistique, on avait la décision finale. Ça nous a poussés à être très précis, à savoir où on allait. Sans filet, en quelque sorte, par rapport à nos précédents projets signés en label.

  • J’ai cru comprendre qu’il y aurait un duo sur ce disque. Pouvez-vous m’en dire plus ?

Ma copine Marlone Bertrand chante sur « Tandem ». Au-delà de la symbolique très forte, c’était vraiment une expérience cool d’écrire avec elle, et puis on voulait une voix féminine sur ce titre. On adore bosser avec d’autres artistes. Il y a aussi Flore M qui est venue poser les chœurs finaux sur « Plage », avec cette vibe très soul.

  • Vous êtes actuellement l’un des dix finalistes du prix Ricard S.A. Live Music 2016 : si le jury retient votre projet, comment le dispositif pourra booster votre développement ?

Ce qui nous intéresse vraiment dans ce dispositif Ricard c’est la résidence encadrée par l’équipe du chantier des Francos, et les concerts qui s’ensuivent dont forcément, les Francofolies. Je pense qu’on peut difficilement rêver mieux pour nous cette année, sur notre lancée. Ce serait vraiment un truc de fou.

  • Un mot sur la scène strasbourgeoise, sinon alsacienne ? Des projets à surveiller et à écouter au plus vite ?

Je recommande vraiment Amor Blitz, le nouveau projet de Emmanuel Szczygiel. Entre Civil Civic et The Police, mais chanté en français avec beaucoup de style. De manière générale ça bouge bien en Alsace, il y a plein de projets cool, très stimulants.

  • Blaise Pascal a dit la chose suivante : « À force de parler d’amour, l’on devient amoureux … ». Qu’en pense Amoure ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est vrai. Et on n’en parle pas encore assez. Il y a encore trop de place faite aux intérêts, au calcul. L’amour, ça reste une chose qu’on ne peut pas calculer, et qui est universelle. On n’en parlera jamais assez, on ne sera jamais assez amoureux.


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques