Les musiques appartiennent-elles à leur date de sortie ou sont-elles inscrites dans l’instant auquel elles font écho ? Des albums qui datent méritent-ils une nouvelle écoute et de nouveaux mots ? Les musiques s’en vont et reviennent. Il y a là quelque chose d’insaisissable, quelque chose d’intemporel. Il n’y a pas un moment pour le comprendre pleinement. Il n’y a pas un moment pour le capter totalement. Il n’y a que des moments pour en extraire une certaine essence. Plus d’un an après, nous avons réécouté Hello Saferide.

« The Fox, the Hunter and Hello Saferide » est sorti un début de septembre. Un mois chaud. Un mois où le temps s’était arrêté, entre candeur et chaleur. Les mois sont passés. Les températures sont descendues. Les jours se sont faits courts et la musique a pris les atmosphères suspendues. Hello Saferide donne un album beau de onze morceaux. Parfait équilibre de poésie et de vraisemblance. Envoûtant et saisissant, le projet est alors lumineux.
Derrière Hello Saferide, on trouve une Suédoise, Annika Norlin, qui transmet en langue anglaise des histoires qui s’enveloppent de lyrisme. Au creux des textes, on entend dire « I was born romantic for a reason, I grew up to be a song writer ». C’est sûrement là que se trouve le sublime, l’abîme. Hello Saferide construit ses chansons comme des emprunts à la vie. Les mots s’installent comme on coud des dentelles. Avec finesse et pudeur. Il y a alors un profond sentiment de grâce quand le pouls s’accélère, quand la respiration se mêle aux phrases. Hello Saferide a le génie de pouvoir donner à l’anecdote le sublime. Rendre le mystère et la poésie à l’insignifiant. L’album s’affirme dans ce chemin, mais ne s’y perd jamais. « I was Jesus » n’est pas un simple rêve ; il est l’obligeance et le devoir féministe. Parmi cela, se balade en pointillé un humour au cynisme franc. Hello Saferide peut alors être très signifiante ou bien suggérer les choses aux détours des métaphores. C’est ainsi que « The Fox, the Hunter and Hello Saferide » se glisse entre les sens, les détours et les lignes sinueuses. Une brume qui prend les sommets et se répand dans les vallées. Vertigineux ou apaisant.
Sur ces textes, la voix se fait déchirante. Entre puissance et fragilité. Le chant se tend et se relâche. Hello Saferide nous mène dans une course en avant. Une course où le chant se suspend, se bouleverse, mais sait aussi se balancer. Les mots et cette voix fascinent, tant ils laissent entendre la fougue et le vertige. La grandeur se retrouve alors autant dans le murmure que dans l’affirmation. Hello Saferide offre, avec sincérité et retenue, un monde de sensations et de sens, où se côtoient les joies, les chutes et les révoltes. Face à la mise en abîme, Hello Saferide est alors une nécessité. Une bienveillance.
« The Fox, the Hunter and Hello Saferide » est aussi une musique. Une broderie de sonorités. Le chant se fait bercer par l’aérien et la pesanteur. Tout est épuré, précis, et permet de donner tout leur écho aux textes. On se balade entre teintes électroniques, cordes et mélodies douces. « Hey Ho » est le chant qui rencontre la cadence métallique. À cette image, l’album est porté par de légers effluves qui savent devenir ténébreux. Le tout est entraîné dans un élan limpide et clair, quasiment cristallin. On écoute alors Hello Saferide avec minutie et silence. Comme une brise qui suspend les chairs. Des nappes sombres enveloppent les morceaux alors que surgissent des percées aiguës dans le chant. Marcher sur le fil et atteindre les rayons de lumière dans l’épaisse forêt. Hello Saferide nous berce dans les méandres pour mieux nous amener vers la cime. L’envol – ou bien serait-ce la chute ? – est magistral. L’apogée goûtant aux bas tremblements. Puis la musique donne la cadence des slows, face à des « Rasberry Lips ». Puis la voix se fait enivrante, comme « Hey Ho » et ses effluves qui nous prennent, nous bercent et nous renversent.
Il est difficile de ne choisir qu’une chanson, tant les titres s’assemblent, se donnent et se subliment. Au fil du disque, Hello Saferide nous laisse le temps de nous perdre dans chaque mesure, dans chaque morceau. Il y a une délicieuse volonté de rendre à chaque battement, à chaque teinte, sa nécessité. On aperçoit, au creux de tous les mots, de tous les chants la grandeur, le tremblement et la beauté. « Rocky » et la détresse d’un homme. « This Body » et l’hommage à un corps porteur de vie sur des bases quasiment tribales qui s’ouvrent sur un chœur. « I Forget About Song » et son amour.

Hello Saferide est un bijou, une délicatesse. Sublime autant que pudique. Il prend le corps et l’âme, laisse des traces dans les entrailles et le crâne. Beauté poétique.
« The Fox, the Hunter and Hello Saferide » de Hello Saferide est disponible depuis le 3 septembre 2014 chez Razzia Records.
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