De la chaleur, rien que de la chaleur. Charlie Cunningham nous tient au chaud tandis que le froid fait rage dehors. « Breather » est notre couverture de folk solaire ; un feu de charme et de finesse.

Un de plus. Encore un jeune qui ne sait plus quoi faire de ses mains, obnubilé par l’idée de faire bouger des cordes sur du bois. Nous le regardons jalousement se débattre sur son instrument avec une facilité déconcertante, une aisance suprême. On écoute et contemple le talent opérer, bouche bée, avec un début de brillance dans les yeux. Et puis le reste : cette voix qui sort, la vingtaine à tout casser, grand et blond, adulte mais encore innocent. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Il faut dire que cette ville n’arrange rien, cette terre ultra fertile qui enfante comme par enchantement des artistes de tout âge, de tout sexe, de tout style. Elle aussi, elle nous énerve, mais on l’aime. On les aime tous les deux. Charlie Cunningham, jeune prodige anglais d’une très longue liste, a sorti en début d’année son second EP d’une qualité incontestée, qui le place désormais dans les sphères luxuriantes du folk acoustique, expansif et intimiste ; comme celui de José Gonzalez, une immuable douceur qui fait fondre notre cœur. Celui de Charlie craque et, comme avec un ourson en guimauve, on se délecte de l’intérieur, doux et gracieux, pour ensuite replonger compulsivement sa main dans le paquet. Sa musique réveille la même mécanique, le même plaisir : « Breather » est une addiction.
Nous ne chercherons pas longtemps ses influences tant elles sont franches et inévitables. Ce n’est pas qu’un seul séjour à Séville qui a donné de la chaleur à ses cordes, mais deux années entières pendant lesquelles il a humé les odeurs de la ville, entendu ses sons et s’est fondu dans le charme de la musique locale. Charlie emprunte les techniques de la guitare andalouse (pendant que M. Girac fait d’autres ravages), du pincé à deux doigts et des coups de pouce dans le bois, avec cette pensée folk que l’on connaît tous, cette forme suave et désinvolte que le genre acoustique a su peaufiner avec le temps. À l’instar des petits génies anglais que les Mahogany Sessions (entre autres) décomptent à n’en plus finir, Charlie sort du lot avec, en prime, une plume fleurie et généreuse, qui écrit avec poésie de belles errances mentales et amoureuses, et une voix épaisse et ronde qui bat le rythme de sa table d’harmonie. Cette simplicité affligeante de charme s’échappe de tous les titres de l’EP, au nombre malheureux de quatre : « Breather », « Lessleg », « Long Grass » et « Own Speed ». On les énumère comme pour les marquer d’un écusson : celui du meilleur bonheur instantané, de la meilleure séduction et du meilleur voyage imaginaire.
Charlie Cunningham nous intoxique par sa nature désarmante. Parmi les multiples réactions qu’il procure, « Breather » est comme le silence paisible et continu qui survient après une discussion houleuse, ou provoqué par une gêne ou une rêverie. On ne cesse d’être pris dans ce tourbillon de chaleur humaine, de tumulte bien dosé et de plaisir partagé. On attend la suite, impatiemment, toujours sous la couverture solaire de ses mots, de sa guitare et de sa gueule d’amour.

« Breather » de Charlie Cunningham est disponible depuis le 9 mars 2015 chez Dumont Dumont.
Retrouvez Charlie Cunningham sur :
Facebook – Twitter – Soundcloud