Une bonne dose de punk rock aussi excitante qu’une boisson énergétique, les effets secondaires en moins ; Stoop Kids dévoile quatre titres qui fleurent bon le soufre et la sueur. Bienvenue chez les forgerons d’une musique crépitante et bourrée de testostérone.

En présentant leur EP « Change », les Californiens de Stoop Kids ont pris le parti d’offrir leur propre vision de l’art si délicat et casse-gueule du garage et du punk rock ; difficile, en effet, de ne pas s’y risquer sans tomber dans le cliché le plus total, celui de ces groupes à midinettes qui semblent ne faire leur soupe que pour avoir l’insigne honneur de draguer sur les plages en prenant des poses de rebelles, le temps d’une gloire aussi éphémère qu’insipide. Non, le trio a choisi de ne pas faire dans la dentelle et de trouver sa propre voie, en dégageant une force de composition qui va au-delà du tout-venant, faisant hurler les guitares et batteries dans une alliance musclée et salvatrice. Et grand bien leur a pris ; « Change » est une pépite qui donne des frissons et ferait headbanger les résidents de la plus sage des maisons de retraite. Et, avouons-le, ça fait du bien !
Dès les premiers accords du titre « Change », le ton est donné ; on n’est pas là pour rigoler. Même Deftones aurait du souci à se faire face à ces riffs incisifs et marquants, ces rythmiques aussi pachydermiques que complexes, cette voix entre le chant et le cri. Alliant calme et tempête, Stoop Kids réduit ses efforts à trois minutes de bonheur intense et sans temps mort, allant droit à l’essentiel. « Snow » ralentit le tempo mais n’oublie jamais pourquoi il est là : donner du fil à retordre à l’auditeur en déroulant ses accords implacables, ses power chords mémorables et ses batteries toujours précises. La ballade « Think of Me » prouve, quant à elle, que le groupe est capable d’alterner les genres sans demeurer dans la même ambiance ; varier les plaisirs pour qu’ils soient d’autant plus addictifs. Quant à « Lowen Slough », synthèse parfaite de tout ce qui nous a été présenté sur les trois pistes précédentes, il résume avec brio le potentiel de ces artistes n’ayant jamais peur de se montrer, pectoraux en avant, pour notre plus grand plaisir.
Stoop Kids nous raconte ses ruptures, ses besoins viscéraux de changement et d’expansion de son être ; des histoires d’amour et de colère, comme autant de portes de sortie vers des rues désertes où l’on déambule pour oublier. Portées par la voix de Stephen, ces confessions prennent une charge incisive et personnelle, qui trouve toute sa puissance dans une explosion mélodique que l’on ne peut pas arrêter. Le rock le plus tranchant au service de l’intime : qui l’eut cru ? C’est pourtant possible ici, et avec brio. « Change », ou la nécessité de la rédemption dans l’âpreté d’harmonies parfaites et aussi marquantes qu’un uppercut en plein visage. On est heureux de découvrir, grâce à ce projet original et aussi malin qu’une teigne, qu’il reste encore de l’espoir dans le rock US, malgré tout ce que l’on peut en penser ou en entendre ; et on adhère totalement aux compositions de cette entité qui font frétiller les neurones avant de mieux les mettre sens dessus-dessous. Un grand bol d’air qui laisse des traces indélébiles.

Stoop Kids ne se rabaisse jamais et ne vend à aucun moment son âme à l’indigeste bouillie FM ; raison de plus pour les accompagner et leur ouvrir la voie vers les aventures passionnantes qui s’annoncent pour eux !
« Change » de Stoop Kids est disponible depuis le 19 octobre 2015.