[LP] Petal – Shame

Déroulant des ornements pop-rock qui sont autant de perles brillantes et polies à la perfection, Petal essaime et déploie ses ailes sur un album dont la beauté n’a d’égale que la diversité. Une brise bienveillante et qui n’a pas oublié d’être énergique et forte.

Petal - Shame

En prenant le parti d’offrir des titres dont la saveur toute délicate cache des trésors rock bien dissimulés sous de faux apparats pop, l’artiste américaine Kiley Lotz, plus connue sous le nom de Petal, a décidé – et grand bien lui en fasse – de parcourir des territoires diversifiés et connus, mais en les assimilant et leur apportant une touche qui lui est toute personnelle. Car, sous ses faux airs de disque frais et bien produit, « Shame » révèle en fait beaucoup d’autres visages, fouillés et denses, que quiconque se doit de découvrir et savourer à leur juste valeur. Une illustration parfaite de ces chansons qui peuvent en dissimuler d’autres, pour notre plus grand plaisir d’auditeur.

Tout commence par une réminiscence de Red House Painters teintée d’une voix délicate et belle : « Camera Lens », ce prisme dans lequel on est invité à regarder l’intégralité du disque sous toutes ses formes, laisse paraître une envie de donner naissance à des mélodies accrocheuses, sans pour autant oublier l’originalité et la pureté d’arrangements intelligents et précis. Et en effet, « Shame » s’observe, s’apprivoise, se déroule devant nos yeux, revêtant des costumes tantôt folk (Feel), tantôt aiguisés et francs (Tommy, Camera Lens II). Grâce à lui, Kiley Lotz démontre sa volonté d’explorer tous les univers possibles de la musique organique, dans ce qu’elle a de plus profond et complexe, tout en présentant des œuvres d’une singulière beauté (Chandelier Thief). Osant même le dépouillement le plus minimaliste avec l’alliance unique des voix et d’une simple batterie (Nature), ou conviant une guitare comme seul support (Silly Heart), l’interprète fait montre d’une capacité d’écriture admirable et n’étant jamais due au moindre hasard. L’écoute en est alors beaucoup plus simple et directe, permettant aux invités que nous sommes d’immédiatement nous immerger dans cette mer d’huile qui nous berce et nous apaise.

Le LP est une constante métamorphose d’un genre jamais malmené, mais toujours apprécié et rendu avec une admirable sagesse. Rien ne sert de chercher à trop analyser chaque piste, tant elles se suffisent toutes à elles-mêmes et rendent l’art de Kiley Lotz attachant et subtil. On parlera ici de plaisir simple, comme un chocolat amer qui fond sur la langue et nous fait ressentir mille goûts précieux. Ne s’égarant jamais sur des chemins pourtant périlleux, la chanteuse, de sa voix sobre et délicate, porte ses textes avec une maestria et un intimisme que l’on n’avait pas entendus depuis bien longtemps. Des contes de l’existence qui se parcourent à livre ouvert, chaque page recelant des pierres précieuses à découvrir et contempler, à la lumière d’une bougie, tard dans la nuit.

crédit : Danielle Parsons
crédit : Danielle Parsons

Un disque merveilleux et onirique, qui nous permet de passer un moment inoubliable en compagnie de Petal. Un album totalement réussi.

« Shame » de Petal est disponible depuis le 23 octobre 2015 chez Run For Cover Records.


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Raphaël Duprez

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