Si la mélancolie la plus douloureuse et salvatrice devait être définie par une illustration sonore digne de ses doutes et de ses pertes de repères, de ses souffrances et de ses espoirs, il apparaît évident que le nouveau single de When ‘Airy Met Fairy devient, en peu de temps, la plus parfaite et précise expérience des émotions qui l’accompagnent.

On tombe parfois amoureux d’une chanson que l’on découvre et qui nous happe sans crier gare, arrivant à un moment imprévisible et pourtant tellement urgent de l’existence. Un besoin de pureté dans les méandres de la folie ordinaire, de la peur et du désir de voir une lumière briller au loin. De sentir sa chaleur réconfortante et obsédante. Avec « Sanctify You », When ‘Airy Met Fairy signe rien de moins qu’un chef-d’œuvre autant visuel que sonore, un arrêt sur images qui tourne à l’hypnose et à l’addiction. Et nous permet de découvrir ces deux éléments, séparés mais tellement complémentaires, dans leurs moindres recoins artistiques.
Tout d’abord murmurée, la voix de Thorunn Egilsdottir monte en puissance et en douleur, accompagnant l’envie viscérale d’offrir à l’être aimé la sanctification qui ne lui est jamais accordée. Elle parvient à faire s’effondrer les murs de la condescendance pour ne donner que la passion, le chemin vers la reconnaissance, ce même sentier que le héros du court-métrage emprunte pour ne plus se perdre dans les impasses de la solitude. Cet être entre l’humain et le monstrueux, même si ce second portrait devient, devant la caméra de Runa Egilsdottir, la créature la plus triste qu’il nous ait été donné de voir depuis des années. Car « Sanctify You » est avant tout une confession et une offrande pour l’individu hanté par ses propres démons : chaque plan magnifie à la perfection des paroles ornées de lumière et de confiance, que ce soit au travers d’éclairages naturels stupéfiants ou devant le reflet d’un homme en proie à la colère et qui ne se reconnaît pas lui-même, cherchant dans les forêts tumultueuses du quotidien sa réelle identité.
« Will someone catch a ray of your light ? », interroge la chanteuse ; comme une volonté de montrer aux yeux de tous que la bête ne sommeille que parce que chacun ne veut voir que son visage le plus repoussant. Mais même ici, sous les yeux d’une réalisatrice précise et inspirée, pour laquelle chaque pictogramme de la pellicule devient un tableau vivant grâce à un sensationnel et remarquable sens de l’intimisme pictural, ce qui devrait effrayer attire inexorablement vers ce constat inéluctable : sans amour et sans partage, aucun masque ne peut tomber. On éprouve une incomparable compassion pour cet homme, victime des tourments les plus sombres ; celui qui, finalement, trouvera dans la marche solitaire et les harmonies vocales de son ange gardien l’achèvement des ténèbres.
Alors oui, il y a beaucoup à découvrir grâce à « Sanctify You » ; mais surtout, une fois entendue et vue, cette éprouvante et magnifique chanson ne vous quittera plus ; et, lorsque vous fermerez les yeux puis les ouvrirez à nouveau, plus rien ne sera comme avant…
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