[LP] Deptford Goth – Songs

Séduisant, touchant et onirique, « Songs » troque son haut les mains contre un haut les cœurs. Ce n’est plus aseptisé, c’est presque romantique.  

Deptford Goth - Songs

Dans sa « Life After Defo », Daniel Woolhouse venait irradier la scène londonienne qui était, à l’époque, la seule au courant du monument baroque qui se préparait. À sa sortie, les émules ont tardé à venir mais les quelques amoureux du bizarre, qui voyaient chez Merok Records la maison de toutes les expérimentations, se sont rués vers cette incroyable léthargie musicale. Les titres « Life After Defo », « Bronze Age » ou encore « Particles » sont toujours, et le resteront encore longtemps, de magnifiques valses cosmiques qu’on aime s’infliger ; de même que leurs clips, comme un karaoké désenchanté filtré au négatif, venaient surenchérir cette idée de mystère. À la limite de l’ésotérisme, cette matière étrangement gothique – sans faire d’amalgame – fut la grande surprise d’une année 2013 déjà lourde en couleurs amères.

L’heure est à la transformation, ou plutôt à l’évolution. Nous savons l’étape du deuxième album difficile, mais Daniel semble l’avoir passée haut la main. Ne sachant pas trop comment il appréhende cette sortie – son air éthéré ne laisse rien transparaître – Daniel amène « Songs » vers une élévation romantique plus éclairée que celle de sa première lenteur clinique. Et, de cette étrange créature à la tête orangée qu’on aperçoit sur la pochette, on vient à penser qu’une certaine chaleur (encore pudique) viendra régir l’ensemble des onze chansons de l’album, tout de même marquées par les mains blafardes de « Life After Defo », dont la pochette faisait fièrement l’apologie. Il est vrai qu’on a du mal à pressentir du bonheur là-dedans, mais comme disait M. Hugo : « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste ».

Musicalement, Deptford Goth s’est mué en quelque chose de plus vivace et de moins effarouché. Premièrement, du fait de son sens de l’orchestration. La base de ce deuxième opus se recentre sur des numérisations plus aiguës et moins spectrales (« Do Exist »), puis est mise en lumière par des instruments classiques qui nous présentent le sublime « A Circle » dans un somptueux mélange de xylophone en bois, de trombone et de piano. Deuxièmement, du fait de ses paroles. Avec le nombre de « love » et de « heart » que Daniel acclame, on peine à se souvenir de ses déboires sonores. La timidité de ses débuts vient à l’encontre de sa confession : « « Life After Defo » cachait des bribes d’espoir, alors que celui-ci est nettement plus joyeux. A défaut de me renfermer, je me sens maintenant plus à l’aise et en paix avec moi-même sur certaines choses. » Il le justifie avec le surprenant « The Loop », conduisant son quasi-bonheur dans un exotisme dansant.

Mais pas d’inquiétude : la trame musicale de Deptford Goth est toujours là : le ralentissement, les couches décalées, la temporalité mise à rude épreuve et parfaitement à contribution sur la voix monocorde de Daniel, qui rapproche cette fois plus du « chanté » que de la lassitude chronique : « Je suis devenu plus tolérant avec ma voix, de sorte qu’il est désormais important de la mettre en avant. De ce fait, j’ai structuré mes chansons d’une manière plus classique. Je voulais que les gens entendent mes paroles. C’est une approche franche et honnête. »

« Songs » est comme son prédécesseur : dur à s’approprier. Mais une fois dompté, le fascinant et obsessionnel monde de Deptford Goth reste longtemps dans notre tête, comme une longue nuit dont on n’arrive à s’extraire. Avec une douceur inconnue de ce grand dadais, « A Shelter, A Weapon » vient clore la mise en berceuse d’un monde peuplé de chaleureux fantômes.

Deptford Goth

« Songs » de Deptford Goth, disponible depuis le 3 novembre 2014 chez 37 Adventures.


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Julien Catala

chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante