Troisième EP pour les Parisiens et un constat inébranlable : le groupe souffle le chaud et le froid avec une maestria rock fantastique et mature.
Tout commence avec un courant électrique parcourant des fils suspendus à plusieurs mètres du sol : une étincelle pendant l’orage, une instabilité atmosphérique qui se laisse voir, subrepticement, par l’oeil aguerri de spectateurs immobilisés devant la tornade qui s’annonce. Un éclair infime mais, on le comprend rapidement, bientôt source d’une décharge illuminant tout sur son passage, hérissant le système pileux de tous les corps et provocant d’irrésistibles frissons.

Et une menace, également : l’instant où le câble va céder et devenir incontrôlable, ondulant en toute liberté afin de capturer tous les éléments conducteurs et ainsi répandre son énergie à ce qui l’entoure. « Empire Of The Senses », le nouvel EP quatre titres de Venyce, libère la frénésie conductrice d’élans atomiques parfaitement contrôlés mais toujours proches de la césure, de la liberté auditive et physique qui émanent de ces décharges continuelles et se prolongent bien après l’écoute. Comme lorsque l’on pose ses mains sur une source ondulante et que les volts parcourent tous nos organes pour nous paralyser.
Afin de dévoiler le superbe paradoxe de ce nouvel effort, il suffit de taper son titre sur un site de vidéos bien connu ; on trouve inéluctablement des liens vers le film éponyme de Nagisa Oshima, chef-d’oeuvre subversif partagé entre jeux dangereux et passion échevelée. Et c’est exactement ce que le rock de Venyce accomplit ici ; entre la fausse pudeur bientôt trompée de « Empire Of The Senses » et la délicatesse menaçante de « Gestapo Pt. 1 », chacun sent, au travers de guitares sensuelles mais pourtant aiguisées et pointues, le plaisir presque charnel des vagues énergiques diluées dans des rythmes percussifs et aptes au choc presque traumatique d’une batterie libre et annihilant toute volonté de résister.
On ne peut alors que contempler les brûlures que « Smoke and Mirrors » a violemment gravées dans nos chairs après avoir enflammé la peau, ou les cicatrices insidieuses nous marquant au fer rouge, conséquences indescriptibles du subversif et captivant « The Dark Woods ». Sans temps mort, avec une volonté constante de donner les coups de griffes d’un animal enragé mais dont on ne peut s’empêcher de caresser le crâne et la colonne vertébrale, l’EP partage les instants de repos post-coïtal et le désir d’unir une nouvelle fois les individus dans une étreinte charnelle et passionnée.
Pour ceux qui ont déjà traversé une forêt dense alors que la nuit tombe et que la menace de créatures inconnues, tapies dans l’ombre, se fait sentir, « Empire Of The Senses » devient la bande-son idéale pour voyager entre apaisement et besoin de courir, vite, sans s’arrêter et ainsi échapper à ce qui pourrait nous saisir dans le noir. La voix d’Anthony réconforte mais également motive à foncer, tête baissée, au travers des branches ; à s’écorcher contre les racines sonores d’un genre incroyable et irréel, de ceux sur lesquels on se heurte mais qui nous empêchent de tomber et nous poussent à continuer, à laisser bras et jambes enflammés, à faire monter l’adrénaline et sentir le cœur battre fort dans nos poitrines prêtes à exploser.
Mélodiquement imparables, les chansons sont un shoot dans nos veines palpitantes, une substance dopante qui agit sous la peau et dans les muscles pour ne plus nous lâcher et nous motiver dans les moments d’épuisement. Une caresse avant la gifle. Une fuite après la peur, pour se retrouver et équilibrer nos instincts les plus enfouis. Ceux-là mêmes que l’on ose avouer, ces besoins intempestifs de crier et dont les titres ici offerts deviennent le catalyseur. Entre pulsions et influx nerveux, ces quatre perles nous libèrent du marasme ambiant et nous amènent à nous redresser, fiers et fascinés.

« Empire Of The Senses » est un circuit ouvert qui éclate et répand ses sources de plaisir tout autour de lui. Un travail méticuleux et terriblement attachant qui nous laisse totalement exsangues.
« Empire Of The Senses » de Venyce, disponible depuis le 15 septembre 2014.
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