Avec son visage juvénile, difficile de croire que Neil Holyoak a déjà quatre albums derrière lui depuis 2006 et s’apprête, un an après « Silver Boys » sorti l’an passé, à dévoiler en septembre prochain, « Rags Across the Sun », un cinquième album mélodique et savoureux comme un plongeon au cœur des territoires folks et countries impressionnistes.

Dès l’écoute des premiers titres de « Rags Across the Sun », on est attiré comme un aimant par cette mélancolie teintée de romantisme, par ce folk qui emprunte autant à l’acoustique pur, qu’au country et au bluegrass. Le chant confidentiel de Neil couplé aux accords lents et sinueux de ses nombreux musiciens mélange l’authenticité du folk à l’intemporalité des thématiques blues.
Aidé par Tamara Sandor, chanteuse qui l’accompagnait dernièrement sur un projet country, rejoint par Charlotte Loseth aux harmonies, par Todd MacDonald à la mandoline, à l’orgue et au piano, par Jamie Thompson à la batterie, par Steven Balogh à la basse et par Joe Grass au pedal steel guitar, on ressent pourtant bien plus sur ce disque le dépouillement des mélodies qu’une forme de débauche instrumentale.
Chaque musicien trouve ici sa place sans heurt et avec évidence, indéniablement. Tout est pertinemment ajusté pour ne pas troubler une forme de quiétude harmonique qui de toute évidence participe au charme de cet album à l’allure simple et essentielle.
On se retrouve ainsi sur « Turpentine Water » à savourer les raffinements des cordes jouées à la mandoline pour accompagner Neil et ses chanteuses-harmonistes Tamara et Charlotte, rejointes par un jeu de percussion très sommaire de Todd et quelques airs de pedal steel pour faire légèrement décoller l’ensemble.
Il nous sera bien impossible de résister à la poésie retenue de « Red Queen of Automn » aux courts silences cardinaux, qui offrent autant de saines respirations au titre.
Qu’on soit irrémédiablement attirés par le romantisme bluegrass de « Fancy Moonlight », par le folk tendre et nostalgique de « Big Papa Daddy » ou par le folk intimiste de « Only Him or Me » seul avec Neil Holyoak au chant et à la guitare, on ne peut pas rester insensibles à ce bel album aux constructions essentielles emmenées par un chanteur calme et irradiant de sérénité.
On ne saura trop vous recommander d’écouter l’album d’une traite pour mieux apprécier son récit, mais pour les plus impatients, le délicat « Jeremy Song » résumera toute la force du projet : attachant, juste et poétique dans la contemplation instrumentale.
Musicien américano-canadien originaire de Los Angeles et parti vivre à Montréal, Neil Holyoak a exporté dans ses bagages pour le Québec ses racines musicales de la chaleureuse côte ouest-américaine pour leur donner de nouvelles vibrations et une nouvelle dimension au cœur du froid est-canadien. Il est donc question de paysages, de destinations et peut-être d’une destinée riche d’aventures pour ce trappeur musical, en quête constante de mélancolie et d’imaginaire.

« Rags Across the Sun » de Neil Holyoak, sortie le 9 septembre 2014 chez Epitonic.
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