Sur son premier album, Soul Noir démarre par une « Outro ». Faut-il prendre cet album à contre-sens, évoluer de la fin vers le début, explorer l’album à l’aveugle, telle sont les premières questions qui se posent à nous face à l’écoute. Tant la dernière, piste cachée, atmosphérique, bruitée et mystérieuse pourrait prétendre à ouvrir l’album entre deux longs silences. Finalement, on ne sait plus trop par où démarrer. On est presque tenté de parler des titres comme ils viennent. Et si c’était ça la liberté, sinon la défiance. Allez, on y va !

Formé autour de Mickaël Anselmi, de Timothée Guiffan et de Gaël Tijou, le projet électro-pop Soul Noir, nous chamboule par ses aléas, comme des vents contraires, comme une météo imprévisible.
Il y a cet « Outro », fortement expérimental, qui sur cinq minutes, mélange les voix de ses trois interprètes comme ses instruments terriblement atmosphériques, voire asthmatiques, tant ils respirent, soufflent, suffoquent pour mieux reprendre leur rythme. Et alors là, tout s’excite, tout s’agite, tout prend vie.
Passé l’ardeur du premier titre, « We Own The Life » pose ses valises pour une ballade pop rock plus confortable, enveloppée par la voix sereine de Mickaël. Quelques tensions pourtant derrière le chant, quand tout s’emballe vigoureusement sur le dernier couplet, dernier coup de folie.
« Shine Through The Disaster » derrière son ébullition électronique en 16 bits, nous entraîne vers un indie rock plus accueillant qu’il n’y parait. Le chant est à l’aise, la rythmique sautillante, les riffs précis. Entêtant, ça oui !
Chaque titre a son caractère et sa part d’âme noire, on s’en serait douté au nom du groupe, mais pas autant.
« Orpheo » nous offre ainsi un croisement particulièrement réussi entre la souffrance du grunge et la mélancolie du rock alternatif et électronique. Nos sens en sont tous déréglés comme un radar ayant perdu un temps sa cible. Mais à quoi bon lutter, pourquoi ne pas se laisser aller ?
On poursuit cette trajectoire sur « My Sense of Right and Wrong ». Ici, la grosse caisse donne l’allure, les voix s’expriment depuis leur masque à oxygène. On se prépare à l’aventure. Sur « Intimate » alors, l’expérimental prend tout l’espace jusqu’à brouiller les voix, le reste des ondes vocales et électriques. On ne sait plus trop où chaque minute d’écoute va nous emmener. On hésite à avancer de peur de trébucher de sursaut en surprise.
Heureusement, « The Calm Before The Storm » tente d’apaiser toute cette folie avant de céder à son tour à cet élan expérimental aux constructions inattendues. Le très obscur « Thelema » à l’orientation post-rock donnera les dernières respirations à ce disque particulièrement éprouvant et chahuté, où chaque minute, chaque seconde donne lieu à de multiples et surprenantes tensions.

Opposé à tout pilotage automatique, Soul Noir nous sollicite constamment. Un disque physique, presque radical. Une expérience musicale avant tout.
« Soul Noir » de Soul Noir est disponible depuis le 4 mai 2014.
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