[Focus] Mohammad Mousavi

Envolées expérimentales et souffles persans, Mohammad Mousavi fait vibrer ses cordes d’une exotique poésie. Portrait d’un petit génie.

Note for our readers : an english version of this article is available after the french one.

crédit : Arash Kazemi
crédit : Arash Kazemi

« Partout dans le monde, les gens rencontrent les mêmes problèmes dans leur existence. La différence relève seulement des espaces sur lesquelles ils se meuvent. » Ces mots pourraient sortir de la bouche d’un philosophe de 70 ans, on n’y verrait que du feu. Plus proches de notre génération, ces paroles sont celles de Mohammad Mousavi, jeune prodige iranien qui fait de sa musique une espérance, un exutoire troublant dans un pays tremblant, une bouffée d’oxygène plus pure encore que celle d’une virée alpine.

Un sens d’autant plus vital quand la musique est considérée comme un harām, une interdiction relative au péché. En ce sens, Mohammad se sert de cette transgression pour composer des morceaux d’une infinie sagesse, intimement vastes et avant-gardistes, traduisant les incroyables prémisses d’une vie dédiée à l’art, à sa poésie.

Son amour pour la musique provient d’une coutume religieuse traditionnelle assez répandue en Iran appelée « Quran recitation », qui n’est rien d’autre que la récitation chantée de quelques passages du livre saint. Une pratique fortement aimée et appréciée du cocon familial – son père est un panégyriste, chanteur religieux traditionnel. Du fait de l’interdiction pécheresse, Mohammad n’écouta aucune autre forme de musique, excepté les chants religieux et le folk perse. « Toute mon enfance était un mélange de religion, d’études et de jeux vidéos. Je voulais devenir un docteur ou un ingénieur comme tous les Iraniens de mon âge. »

Jusqu’au jour où Mohammad se procure le jeu vidéo qui allait tout déclencher, « Guitar Hero III ». « La musique du générique était « Welcome to the Jungle » de Guns N’ Roses et j’ai tout de suite pensé « Woah ! Mais qu’est-ce que c’est ?! » ». Si tendre et amusante qu’elle soit, l’anecdote le conduira vers des choses plus concrètes. Le guitariste Slash est devenu une icône pour lui, son obsession. « J’ai cru qu’il n’était qu’un personnage du jeu vidéo. Je l’ai vu la première fois sur YouTube jouer son solo du thème de film « Le Parrain ». Il m’a fallu presque toute une journée pour regarder la vidéo à cause de la lenteur d’internet en Iran. J’ai laissé allumer mon PC deux semaines pour ne pas perdre le chargement. Par la suite, j’ai travaillé un an dans un magasin de jeux vidéo pour me payer ma première guitare électrique en occasion, quand j’ai compris trop tard qu’elle avait le cou brisé de l’intérieur. »

Sans aucune compensation monétaire, Mohammad prit des leçons de guitares auprès de son professeur et ami Masoud Irani, qui lui permit alors de jouer dans le groupe de post-rock Moonhead, fondé par Masoud lui-même en 2011. Il composa son premier solo de guitare pour un de leurs titres « Friend’s Funeral ». « Quand je suis devenu un bon joueur, j’ai réalisé que ma guitare au cou brisé ne pouvait plus m’aider. J’ai alors commencé à emprunter les guitares de mes amis, jour après jour. Et même aujourd’hui, j’écris et joue sur une guitare empruntée. »

Après avoir joué pendant deux ans au sein de Moonhead, il quitte le groupe pour se consacrer à l’écriture et composer des morceaux d’une finesse expérimentale et personnelle, opposée à celle de la variante classique. Une autre figure fait alors son apparition, Nils Frahm, qui influe énormément sur son travail de composition. « En 2012, j’ai entendu parler d’une compétition qui permettait d’interpréter sa propre version d’un des titres de son album « Screws ». Je lui ai envoyé une maquette et Nils m’a donné non seulement un retour très positif, mais aussi une amitié extraordinaire et un soutien inestimable. Il m’a aidé et appris beaucoup de choses (compositions, idées de structure) pendant que je travaillais sur mon premier album. »

Désormais installé à Téhéran, il se concentre à l’élaboration de son album, réfléchit, pense, concocte : « J’ai expérimenté plusieurs choses en fusionnant l’âme de la Perse avec ma vision de la musique occidentale. Il y aura dans cet album plus de courage, de prise de risque, avec aussi quelques collaborations. » Il sera bientôt question d’une apparition dans le premier album des Toulousains de Kid Wise. Le monde est bien petit ! En attendant, le mélange texturé et stylisé de Mohammad reste littéralement unique et époustouflant. Chaque parcelle de son champ musical relève du tour de force.

Du haut de ses 19 ans, il manifeste une grande maturité artistique. Ce jeune visionnaire envoie danser ses notes dans une valse céleste et mélancolique. L’exemple même avec son dernier morceau, le sublime « Nadārī », qui mêle les résonances de sa guitare au chant exotique et harmonieux de son père. « Ashes », « Lunar » et « Mush » feront tout autant trembler vos os. On espère voir très vite son nom sur une couverture en carton pour entendre ses émotions virer de bord, pleines à craquer, exaltées et soumises au ravissement oriental. Dépaysé, irradié, bouleversé – voici ce que Mohammad Mousavi nous fait endurer.


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ENGLISH

« All over the world, people have the same problems in their lives. The difference is just about the surfaces on which they move. » Those words could come out of the mouth of 70-years-old philosopher, we have heard nothing. More closer of our generation, those words belong to Mohammad Mousavi, Iranian young prodigy, which made its music a expectancy, a disturbing outlet in quaking country, a deep breath of oxygen more pure than a alpine trip.

A vital sense especially when it is considered as a harām, a prohibition on sin. In that case, Mohammad uses this transgression to compose pieces of infinite wisdom, closely vast and avant-garde, reflecting the incredible beginnings of a life dedicated to art, to his poetry.

Mohammad Mousavi

His love for the music come from a traditional religious custom quite common in Iran called « Quran Recitation », which is nothing other than sung recitation of some passages of the holy book. A highly loved and appreciated of the family cocoon – his father is a panegyrist, traditional religious singer. Owing to sinful ban, Mohammad didn’t listen to any other form of music, except religious songs and Persian folk. « All of my childhood was a mixture of religion, studying and video games. I wanted to become a doctor or an engineer almost as every Iranian child dreams. » Until the day when Mohammad got a video game that would trigger it, « Guitar Hero III ».« On the main menu, the background music was « Welcome to the Jungle » by Guns N’ Roses and I immediately thought « Wow! What’s that?! ».

Tender and quite fun, this story will lead to more concrete happenings. The guitarist Slash has become an icon for him, his obsession. « First, I thought he was only a video game character. I saw him the first time on YouTube playing Godfather solo theme. It took almost one day to watch this video because of the very slow internet in Iran. I didn’t turn my PC off for two weeks to not lose the loading. Thereafter, I worked a whole year in a video games shop to buy my first electric guitar as second-hand, when I figured out that the neck was broken from the inside. »

Without any monetary compensation, Mohammad took guitar lessons with his teacher and dear friend Masoud Irani, which allowed him to play in the band of Moonhead, founded by Masoud himself in 2011. He wrote his first solo guitar for one of those tracks « Friend’s Funeral ». « When I became a good guitar player, I figured out my broken neck guitar cannot help me anymore. So I have started to borrow guitars from my friends day by day, and even today I write and play my music using a borrowed guitar. »

After playing for 2 years with Moonhead, he left the band to devote yourself to writing and compose pieces of experimental and personal sharpness, opposite to the classical variant. Another figure totally different appears, Nils Frahm, which inspires a lot its work of composition. « In 2012, I heard there was a competition for interpreting your own version for his new album « Screws ». I gave it a try and Nils gave me not just a very positive feedback, but an amazing friendship and an invaluable support. He teached and helped me a lot of things (compositions, ideas) while I was working on my first album. »

crédit : Malthe Ivarsson
crédit : Malthe Ivarsson

Now based in Tehran, he focuses on the development on his album. He reflects, thinks, concocts : « I was experimenting some things, fusing the Persian soul with my vision of western music. In next one, I will be more brave, risk taking and also more collaborations. » There will be a case in the first album of French band Kid Wise. Small world! Meanwhile, the weaving and stylish mixture of Mohammad still unique and mind-blowind. Every plot of its musical field is nothing short of a tour de force.

Only 19 years old and he shows a great artistic maturity. This young visionary sends notes dancing in a celestial and melancholic waltz. Perfect example with its last piece, the sublime « Nadārī », fusing the resonances of its guitar with exotic warbling of his dear father. « Ashes », « Lunar » and « Mush » will shake your bones as well. We hope to see very soon his name on cardboard cover to hear his emotions transmuted, brightly overcrowded, exalted and subject to oriental delight. Outdoor scenery of the soul, the art of Mohammad Mousavi is an intoxiting adulation, exemplary and terribly touching. Disoriented, irradiated, distressed – here’s the point that Mohammad Mousavi inflicts on us.


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Julien Catala

chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante