À l’occasion de la sortie de son premier album « Run », indiemusic a rencontré Talisco au Printemps de Bourges. Il est question d’envie, de choix de parcours, d’univers musical et de concerts. Rencontre avec un projet qui fera à coup sûr parler de lui en 2014.

- Entrons dans le vif du sujet, l’album « Run » sort le…
Le 19 mai.
- Il a été repoussé de nombreuses fois, maintenant c’est bon, il est prêt ?
Oui, l’album est prêt, tout est en place !
- Cet album « Run », c’est une histoire ?

Non, c’est pas une histoire. Justement, j’avais pas du tout la volonté de faire quelque chose de conceptuel. Je voulais faire un album très instinctif, brut, binaire.
L’idée c’était d’arriver à ce résultat là, et ça me convient très bien, car ma façon de travailler, c’est dans l’urgence. C’est donc un album qui a été créé dans l’urgence, rapidement en terme de compositions. Ça s’est fait sur quelques semaines entre décembre 2012 et janvier 2013.
- Ça fait finalement longtemps que les compositions sont écrites ?
Ouais, mais ça passe tellement vite ! Mais ça n’est qu’après que Talisco est sorti officiellement. Après cela, j’ai travaillé le son pour trouver les bonnes formules, mais les compositions ont été faites assez rapidement.
- À quand remonte le projet Talisco ?
Talisco, c’est plus le nom du projet. Je suis seul et Talisco a toujours existé puisque c’est moi. Mais j’ai mis la musique de côté pendant très longtemps, et je l’ai reprise il y a trois ans et demi exactement.
- Parce que tu faisais quoi avant ?
J’ai bossé dans la com’ pendant très longtemps, frustré de ne pas faire de la musique, et puis à un moment donné, je me suis dit, allez quand même, je vais essayer de me donner la chance de faire un truc dans la musique. J’ai repris ma guitare, mes instrus et je me suis donné une année pour faire en sorte que ça fonctionne, ce qui est utopique.
Et j’ai eu la chance que Roy Music me rappelle. À partir de là, ça s’est mis en place. Et c’était quoi le nom du projet, le nom du groupe, je n’en sais rien, allez Talisco et c’est parti comme ça !
- « Run », c’est onze titres. Parmi ces titres, tu en as retenu deux ; « Sorrow » et « Follow Me » de cet album ainsi que « My Home » tiré de ton EP précédent pour figurer dans un court-métrage afin d’introduire l’album. C’est sorti en début d’année, quel était le but de cette vidéo ?
Le but du court-métrage, c’était vraiment d’annoncer la sortie de l’album. Alors pourquoi il y a « My Home » ? Pour ne pas écarter ce qui a été fait avant, parce que c’est très cohérent. L’EP et l’album n’ont pas la même couleur, mais ont la même intention. Je parle de la même chose.
Le court-métrage « Run », ça évoque tous les thèmes, enfin je parle de tous les thèmes qui sont dans l’album. C’est une sorte de teaser de l’album ; dedans, on y voit des personnages qui sont bruts, qui sont entiers. C’est la couleur de l’album. On les voit dans de grands espaces, il y a une notion de liberté, il y a une notion d’aventure. Il y a par moment des scènes qui sont un peu violentes.
- Au-delà de ce côté aventurier, il se dégage un côté western…
Mais ça, c’est pas voulu. Le côté western, c’est vrai que souvent on me le met dessus et ça ne me dérange pas.
- On est quand même tenté de parler de « western pop » pour décrire ta musique, à travers cette imagerie des grands espaces…
Oui, c’est vrai. Déjà en raison des images du court-métrage ont été tournées aux États-Unis, par ce qu’il y a une lumière et des espaces qui sont incroyables. Et il n’y avait que là bas où je pouvais avoir ce type de lumière. C’est pour cela qu’on est allé si loin. Et du coup, c’est vrai qu’on se retrouve avec certains clichés.
En plus de ça, j’ai beaucoup de sonorités très arides à la Telecaster dans ma musique, donc les gens se disent : ce mec fait du western… et c’est pas voulu ! Vraiment pas.
- On va parler du live, qui je trouve est l’autre facette passionnante de ton projet. Je t’ai vu à l’occasion du MaMA, à la Galerie W à Paris, pendant le Off. Super découverte. Et autant, j’étais mitigé sur l’EP parce que la partie électronique me parlait moins, autant là en live, j’ai tout de suite été emballé par le projet, car j’ai retrouvé cette homogénéité dans le set…
…qu’on retrouve peut être plus sur l’album.
- Qu’on retrouve entièrement sur l’album. Quand je l’ai reçu, je me suis dit « Wow », je retrouve vraiment le live, la magie du live.
Écoute, je te remercie. C’est vrai qu’il est difficile de retranscrire le live sur disque. L’EP est très propre, on le prend facilement. L’album, il est un peu plus compliqué, il est beaucoup plus texturé, il raconte plus de choses, il y a plus d’histoires dedans.
Le live, je dirais qu’il pousse les limites de l’album. On est vraiment sur quelque chose de très très brut, d’encore plus binaire. C’est un peu « tiens, prend ça ».
- Tu vis les morceaux en live.
Oui, c’est ça, c’est même une volonté aussi. Je n’ai pas envie de faire dans le détail, ma musique, ce n’est pas de la dentelle.
- En live, tu es accompagné par deux musiciens. C’est une formule qui te convient ?
C’est une formule qui me convient parce que je veux que le live soit à l’image de ma musique, que ce soit simple, que ce soit visuel. Je ne veux pas qu’on soit derrière des machines. Personne ne se planque, on a des machines électroniques, mais elles sont fragiles, on joue les accords qu’on a positionnés à l’intérieur.
On est sur un fil sur tout le live. C’est très percussif, c’est très binaire. Et ces deux mecs sont plus que des musiciens, ce sont deux touches à tout, deux ingénieurs du son, donc on a à peu près tous le même profil.

- J’ai aussi l’impression qu’ils sont valorisés dans ton projet. On ne retrouve pas chez Talisco cette configuration où le chanteur est dans la lumière quand les autres musiciens sont dans l’ombre…
Non, je n’ai pas cette volonté-là. OK, j’ai fait la musique, j’ai composé les titres, c’est super, moi je le sais. Ça me va, mais je n’ai pas besoin de me mettre en lumière ; ça n’est pas dans ma nature. Talisco en live, ça n’est pas une personne, c’est un projet, qui sera d’ailleurs peut-être amené à évoluer, à être modifié avec le temps.
Pour l’instant, sur scène, c’est trois individus. Tu enlèves Gauthier qui est à la batterie ou Thomas qui est à la guitare, tu enlèves l’un ou l’autre, tu as un trou qui est considérable.
Donc, en effet, ils sont très très importants. Et je ne veux pas être mis en lumière en disant « Talisco, c’est moi ! » ; ça ne m’intéresse pas !
- Aujourd’hui, Talisco sur scène, c’est un set de combien de temps ?
D’une heure et quart, soit quasiment tous les morceaux de l’album, avec un ou deux morceaux qu’on n’a jamais entendus, qui n’existent ni sur l’album ni sur l’EP. Entre 12 et 13 morceaux sont joués en live.
- Pour revenir à l’album, tu as écrit tous les textes de tes chansons. Sont-ils inspirés par des histoires vécues ?
Pas du tout. Et justement, c’est peut-être une des raisons pour lesquelles je ne veux pas me mettre en lumière, c’est que ça ne parle pas du tout de moi.
Les textes parlent uniquement du fantasme. On est sur l’évasion, la liberté. C’est des petites histoires, des petits contes. C’est de l’imaginaire qui parle d’émotions. Cet album parle uniquement d’émotions.

- Talisco, de quoi rêve-t-il ?
Talisco, c’est un rêveur de sensations et d’émotions.
- D’amour ?
D’amour aussi. Peu importe la raison, car il s’agit de vivre quelque chose.
- Pour la sortie de « Run », comment envisages-tu la sortie de l’album ?
Sereinement, car je n’ai pas un album qui est déjà sorti, je n’ai pas un public qui m’attend et qui se dit, qu’est-ce qu’il va me pondre ? Les gens sont juste là à découvrir Talisco. Tiens, qu’est-ce que c’est que Talisco ? Je vais le vivre comme ça.
- On va parler un peu du label Roy Music, c’est eux qui sont venus te chercher, qui t’ont repéré ?
Non, j’ai envoyé ma musique à Roy Music. Tout simplement.
- Et pourquoi eux ?
Parce que j’avais une discussion avec une amie qui connaissait pas mal de labels. On fantasmait autour d’un café : « Tiens si demain je devais signer dans une maison de disques, ça serait quoi ? Une major, un label indé ? » et je lui avais dit « Moi, ce qui me ferait triper, ça serait de signer dans une petite maison de disque, mais quand même qui a du pouvoir ». Et elle m’a dit « Tu sais, je connais Roy Music, ils sont super cools… » Bref j’ai envoyé une maquette au label et ça a fonctionné. J’ai une chance incroyable de travailler avec eux.
Ça fait maintenant un an et demi que j’ai signé chez eux. Les relations sont au top et je suis seul aussi. C’est facile à gérer d’une certaine façon.
- Ton album a été repoussé pour sortir à l’international. Est-ce qu’il y a des pays sur lesquels ton équipe va axer la communication ?
Oui, les premiers pays sont l’Italie et l’Allemagne. Principalement l’Allemagne.
- Pourquoi l’Allemagne ?
Parce que l’Allemagne, c’est vraiment un pont indispensable au développement d’un artiste, surtout quand tu chantes en anglais. C’est un pays qui rayonne dans l’Europe. J’ai eu la chance d’être signé là-bas par Virgin, donc c’est vraiment top !
- Du coup, une tournée prévue en Allemagne, en Italie ?
Oui, c’est en train de se mettre en place. Il va y avoir la sortie de l’album en France, mais après on va enchainer avec un petit décalage avec les autres pays : disque et tournée.

- Dernières questions, on parlait tout à l’heure de fantasme, de rêve : y’a-t-il des scènes, des lieux atypiques sur lesquels tu rêves de défendre le projet Talisco ?
Je vais te décevoir, car pour moi tous les lieux sont atypiques. La scène je la découvre. Je n’en suis même pas à me dire « tiens j’aimerais bien jouer dans tel endroit ». J’adore les festivals, j’adore jouer devant du monde, je trouve ça tellement excitant, mais pour moi tous les lieux sont une découverte, une excitation. Je n’ai pas ce fantasme-là, mais ça viendra !
- Et pour conclure les lieux qui t’ont marqué jusque-là ?
Le Bataclan. On avait fait la première partie de The Vaccines l’an dernier. Le public était complètement euphorique et il m’a foutu une pêche d’enfer. C’était vraiment que de l’énergie.
Et il y a la Maroquinerie. Les gens étaient venus pour me voir, il s’est passé très très vite quelque chose.
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