Entre anglais et français. Entre vert et rouge. Entre espièglerie et bidouillage électronique. Entre Fade et Blanka, une seule chose domine : la musique. Jolie rencontre avec Jukebox Champions en attendant le Bataclan ce jeudi 20 mars.

- À une semaine du Bataclan et en pleine promo, comment ça va ? La pression commence-t-elle à monter ?
Fade : Il y a une semaine, je ressentais la pression. Maintenant, je suis juste excité… Ça va être une grande fête!
Blanka : Indéniablement , la préparation se fait dans les règles mais je crois que la vraie montée de pression va se faire la journée même du concert. D’un autre côté, on sera à domicile avec tous les proches, donc c’est une bonne pression, celle qui fait qu’on va se surpasser pour donner le meilleur de nous même.
- D’habitude ce sont les journalistes qui font ce travail, mais comment définiriez-vous votre musique ?
Blanka : Notre musique est un grand mélange de toutes nos influences communes, elle est à base de hip-hop bien sûr mais on y ajoute une pincée de soul, un zeste de funk, quelques épices de reggae ou encore un peu de jazz. Nos voyages au cours de la tournée nous inspirent aussi beaucoup, donc on pourrait inclure aussi la musique du monde même si ce terme générique est très large.
- Vous venez de deux groupes distincts, d’un côté A State of Mind et de l’autre La Fine Équipe, racontez nous cette rencontre… La collaboration a-t-elle été évidente ?
Blanka : La Fine Équipe et ASM, c’est une longue histoire de famille. On a commencé à collaborer ensemble lors de l’album « Fantastic Planet », puis les gars d’ASM m’ont demandé de devenir leur ingénieur du son sur la tournée de leur album « Crownyard », il y a 2 ans. Après une centaine de concert ensembles et à force de discuter avec Fade, on s’est trouvé une passion en commun : la MPC, mais aussi bien sûr le hip-hop des golden years .
On voulait apporter quelque chose de frais sur scène et surtout d’interactif, quelque chose de plus attrayant qu’un gars qui bouge les bras derrière un ordi.
On a eu cette idée de positionner les MPC face au public, on a fait notre première vidéo à Marseille qui a été couronnée de succès et on a enchaîné sur une tournée en Angleterre direct.
- Un est français. L’autre anglais. Qu’apporte une culture anglaise dans le monde de l’art, de la musique ? Et une culture française ?
Fade : Je ne sais pas si c’est parce que je suis anglais et Blanka est français, mais nous avons apportés différentes influences culturelles au projet. Blanka travaillais à la radio TSF donc il y a pris beaucoup d’inspiration de jazz. J’ai toujours aimé le funk et le reggae qui m’influencent beaucoup. Nous sommes tous les deux de la culture hip-hop, de la sorte que même si nous sommes de différents pays nous partageons beaucoup la même conception de la musique. La musique a elle-même quelque chose de totalement universel.
- De cette façon, vous êtes un groupe à double nationalité : Jukebox Champions est foncièrement tournée vers l’international ?
Blanka : Oui, clairement ! On a jamais fait autant de concert à l’étranger avec nos groupes respectifs, le projet s’exporte très bien et les gens sont très réceptifs à notre musique que ce soit en Amérique du Sud ou encore en Nouvelle-Calédonie.
- À l’image du visuel de vos affiches, vos têtes sont des machines ? Êtes vous toujours en train de réfléchir, de penser musique ?

Blanka : La musique c’est plus qu’un métier ou un passe-temps chez nous, c’est un mode de vie. En tant qu’ingénieur du son, quand je ne compose pas pour Jukebox ou pour La fine équipe, je masterise des disques pour d’autres artistes. Il ne se passe pas un jour sans que je n’écoute, compose ou travaille sur un projet ; pour moi c’est la meilleure drogue du monde.
Fade : Être un musicien est une belle façon de gagner sa vie, mais ce n’est pas comme un travail normal. Avec beaucoup de jobs, tu finis le travail et tu rentres chez toi, et tu n’as pas à penser au travail jusqu’à ce qu’arrive le lendemain matin. Avec la musique, c’est comme si le travail ne s’arrêtait jamais. Il n’y a pas de début et de fin. J’ai toujours des mélodies, des idées, des chansons, des paroles qui flottent dans ma tête. Mais je ne me plains pas. J’aime vraiment mon travail et il n’y a rien d’autre au monde que je préférerais faire à la place.
- Dire que les Jukebox Champions sont des bricoleurs et des bidouilleurs de son, est ce quelque chose qui vous semble vrai ?
Blanka : Oui, on va toujours chercher à bidouiller, à retourner un sample, à créer de la matière avec une mélodie qui n’a rien a voir.
On pourrait dire que nous sommes les MacGyver de la MPC.
- De la même façon, vous voir en live est très ludique, êtes-vous restés de grands enfants ?
Blanka : C’est important de prêter toujours un regard amusé sur ce qu’on fait car c’est le moteur de notre projet. À chaque fois qu’on « invente » un nouvel instrument ou qu’on compose un nouveau morceau, on se demande ce qu’on va pouvoir faire pour le rendre attrayant. Alors dans un sens, oui, nous sommes de grands enfants.
- Vos prestations s’accompagnent de vidéos, comment créez-vous ces montages ? Est-ce un travail aussi important que la création musicale ?
Fade : La vidéo est une autre forme d’expression artistique comme la musique et je pense que c’est une excellente façon d’aider les gens à se connecter à ce que nous faisons. Je crée toutes nos vidéos pour aider notre musique à s’exprimer – parfois c’est pour produire des sentiments, parfois nous utilisons la vidéo pour aider les gens à comprendre ce que nous jouons avec nos MPC. La vidéo est parfois utilisée pour ajouter de l’énergie dans le spectacle. Je collectionne les vidéos comme je collectionne des échantillons : des petits morceaux de différents endroits. Comme les choses que je vois dans les vieux films, des choses que je filme, les choses que je crée, les choses que les autres créent, et je les utilise pour faire un collage qui reflète notre musique et nos concerts.
- Quand nous avons parlé avec Superpoze, il nous a dit « avoir beaucoup de réticence à la vidéo dans la musique électronique. Je trouve que ça ne l’aide pas. C’est plutôt un truc qui va contre nous. ». Quel est votre point de vue sur la chose ?
Fade : Il est vrai que certains spectacles que j’ai vu ont trop de vidéo. Ensuite, les gens s’arrêtent et se concentrent seulement sur la musique et c’est presque comme aller au cinéma, sauf que vous pouvez crier et danser autant que vous voulez. Pour le spectacle Jukebox Champions, nous essayons de créer un équilibre où la vidéo améliore le spectacle, mais ne devient pas l’objectif principal. Nous sommes des musiciens à la base et nous voulons que les gens nous voient effectuer notre vie musicale, la vidéo est un peu un bonus supplémentaire. Certaines personnes se contentent de payer un concepteur, mais pour notre spectacle, je confectionne à la main tout ce que le public voit.
- Et quel est votre point de vue sur la musique électronique en France ? Parait-il qu’il existe encore beaucoup de suspicion envers cette musique ? Que l’absence d’instruments « classiques » légitimise ce mépris ?
Blanka : La France en ce moment est très fournie en producteurs de talent je trouve, beaucoup de nos artistes s’exportent à l’étranger et ont un vrai savoir-faire. Après, comme dans toutes les évolutions, des gens critiquent et s’insurgent en disant qu’il ne s’agit pas de vrai compositeurs. Moi, je crois au contraire que les machines ne sont pas une barrière à la composition mais bien un outil dont il faut savoir se servir pour proposer sa vison des choses.

- Vous avez vécu une tournée en Amérique du Sud, ça aussi c’est la rencontre d’une nouvelle culture ? Que vous a apporté une telle aventure ? De nouvelles rencontres ? De nouvelles collaborations ? Des valises chargés de nouvelles sonorités ?
Blanka : De belles rencontres avant tout, les gens nous ont accueilli à bras ouverts et nous ont fait découvrir les richesses de leur pays. Et bien sur pleins de beaux disques car à chaque voyage nous avons pour tradition de trouver les magasins de vinyles pour aller y dénicher les perles qui nous inspireront ( ou pas ) pour nos prochaines compositions.
- Peut être qu’ici, en France, on vous associe trop souvent à une vague mené par C2C, cette comparaisons vous dérange-t-elle ?
Blanka : Non, c’est plutôt très flatteur, un énorme respect pour eux et 20syl tout particulièrement qui est un très bon producteur. Après nous, on est plus beatmakers que DJ même si on a commencé tous les deux par les platines, c’est l’amour et la pratique de la MC qui a pris le dessus très rapidement.
- indiemusic traite des musiques actuelles et indépendantes, et ce qu’on aime le plus c’est faire des découvertes. Quels sont les groupes et les artistes auxquels nous devrions nous intéresser ?
Jukebox Champions : ASM, La Fine Équipe, Hoosky, Astrid Engberg, Mattic, The Mouse Outfit, Mister Modo & Ugly Mac Beer, Dj Suspect, Pumpkin, Meyso, Mister Hone, Chief…
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