Le 24 février dernier sortait le quatrième album « To Live Alone In That Long Summer » du talentueux musicien et compositeur canadien Barzin. Véritable travail d’orfèvrerie musicale, nous ne pouvions pas, Fred et moi, passer à côté d’une entrevue avec l’auteur de l’un des disques les plus passionnants de 2014.
Note for our readers : an english/original version of this interview is available after the french one.

- Bonjour Barzin ! Merci de nous accorder cette interview, nous aimons beaucoup ton travail, particulièrement sur ton dernier album « To Live Alone In That Long Summer ». Quelle est l’origine de ton nom ? Est-ce qu’il y a un rapport avec Léon Barzin (chef d’orchestre américain et fondateur du New York City Ballet) ou pas du tout ?
Merci beaucoup de me consacrer de votre temps pour échanger autour de mon nouvel album. Mon nom est d’origine perso. Ma famille vient de cette partie du monde, donc rien à voir avec le chef d’orchestre.
- As-tu développé cet album comme les autres ? A-t-il les mêmes bases en termes de composition ?
Beaucoup d’étapes ont été nécessaires à la fabrication de cet album. J’ai commencé à travailler sur ces chansons il y a presque quatre ans. Ce fut un processus assez long. J’ai commencé à composer ces chansons dans l’intimité, dans le sens où je voulais initialement faire un album simple avec juste une guitare acoustique et un piano. J’ai donc commencé par de simples sessions d’enregistrement à la maison, afin de voir comment les compositions sonnaient d’elles-mêmes. Quand j’ai fait ça, j’ai réalisé que les chansons avaient besoin de plus qu’une guitare et qu’un piano. J’ai apporté les démos à mon partenaire de longue date, Nick Zubeck, qui joue avec moi depuis des années. C’est dans son studio que nous avons essayé des instruments comme les percussions et la guitare électrique sur les chansons. Nous avons commencé à élargir la palette de cette façon. Après ça, j’ai demandé à Sandro Perri et Les Cooper de passer quelques jours avec le groupe et moi, pour nous aider à matérialiser les titres. J’ai réuni les musiciens qui joueraient sur l’album et nous avons passé six jours à improviser et à essayer divers arrangements et idées. C’est seulement après cette étape que nous sommes partis enregistrer en studio, et j’ai continué doucement à triturer cet album jusqu’à ce que les chansons soient achevées. Je suis sûr que j’aurais pu travailler sur cet album encore longtemps, mais il vient un moment où vous devez mettre un terme à votre perfectionnisme et dévoiler votre travail au regard du monde.
- Que s’est-il passé durant ce fameux été ? Était-ce une période d’inspiration ?
Au cours des sept dernières années, j’ai passé beaucoup de temps à me concentrer sur moi-même. Une grande partie de mon temps a été consacrée à la lecture, à l’écriture et à la composition. Bon nombre des activités auxquelles j’ai participé étaient des actes solitaires. Le titre de l’album est alors approprié. L’été est habituellement l’une des périodes où mes écrits sont le plus créatifs.
- 5 ans séparent la sortie des deux derniers albums. As-tu besoin de beaucoup de temps pour créer une nouvelle ambiance ?
J’avais besoin de temps entre les deux albums pour recueillir de nouvelles expériences. Je devais essayer de nouvelles choses et me mettre dans de nouvelles situations pour ouvrir ma vision du monde. C’est seulement de cette manière que je peux écrire.
- Nous sentons actuellement une effervescence créative venant du Canada au niveau de la pop music. Tu la sens également ?
Oui. Le Canada produit vraiment de grandes choses. De remarquables musiques proviennent d’ici et c’est génial. Ça rehausse la barre et vous met au défi de faire aussi bien que ces artistes.
- Tu as dit : « Je pense être parvenu à réaliser l’album auquel j’aspirais depuis que j’ai commencé à faire des disques. » Cet album dépasse donc selon toi ce que tu as déjà écrit auparavant ?
L’une des choses les plus difficiles avec l’enregistrement d’un album, c’est que vous êtes limité par votre budget. Parfois, cela vous oblige à foncer tête baisser dans l’acte d’enregistrement, ou ne vous donne pas accès aux équipements que vous voulez. Toutes ces limitations ont des conséquences sur le son de votre album. J’ai eu la chance de travailler dans d’incroyables studios avec de grands ingénieurs pour cet album. Je suis donc vraiment heureux de la qualité de l’enregistrement et du mixage. C’est quelque chose que j’ai eu du mal à faire avec les autres albums. Aussi, faire trois albums m’a donné le temps et l’expérience pour réfléchir à la façon dont je veux exprimer ma musique. Cela m’a permis de ne pas répéter les erreurs que j’ai pu commettre dans les autres albums. Je suis fier de cet album pour plusieurs raisons. Je suis fier de comment il est arrangé. Je suis fier des performances des musiciens. Je suis fier des paroles et je suis fier des chansons. Je ne peux rien demander de plus.

- Cet album traite beaucoup de la solitude et de méditation. Son atmosphère est très contemplative, embellie par toutes sortes d’images, finalement comme des sons cinématographiques au ralenti (nous pensons aux titres « All The While » et « In The Dark You Can Love This Place »). En quoi ces thèmes te sont-ils chers ?
Ces thèmes ont longtemps fait partie de ma vie. Donc c’était important pour moi d’écrire là-dessus. On dit « écrivez ce que vous savez ». Donc je devais écrire sur ce que je vivais. Je trouve le thème de la solitude très riche. Je pense qu’il y a tant à explorer. J’ai toujours aimé ces lignes d’un roman de Joseph Conrad « Au Cœur des Ténèbres » où l’un des personnages dit : « … Non, c’est impossible ; c’est impossible de faire partager la sensation de vécu de n’importe quelle période donnée de notre existence – ce qui en fait la vérité, la signification – son essence volatile et pénétrante. C’est impossible. On vit comme on rêve – seul. » Pour moi, ces lignes résument le mystère de notre existence, que nous ne pourrons jamais exprimer pleinement aux autres ce que nous ressentons et vivons intérieurement. Pourtant, nous essayons. Je pense que c’est l’une des principales raisons qui font que nous nous tournons vers les arts, de sorte qu’on puisse se rapprocher de ce qu’ils expriment, en étant au fond persuadé que les autres comprennent ce que nous ressentons à l’intérieur. La solitude est une partie profonde de nos vies.
- Concernant la pochette de l’album, nous pensons qu’elle joue un rôle essentiel dans la perception même de la musique. Pour cet album, en quoi cette photo à la fois lumineuse et brumeuse d’une cité portuaire t’inspire ?
La ville joue un grand rôle dans cet album. À certains égards, je sens que cet album est un album-cité. Je sens que le sentiment d’isolation et de déconnexion que je voulais exprimer à travers cet album reflète la vie moderne des grandes villes. Ce sont des endroits où les gens sont rassemblés, mais pourtant, je pense qu’il y a beaucoup de solitude et de la séparation dans ces endroits remplis de millions de personnes. Je voulais donc surligner ce côté urbain et montrer l’importance qu’il joue dans l’album.

- Pour toi, les musiciens sont-ils d’une certaine manière des poètes ?
En fait, je pense qu’il y a une différence entre les écrivains et les musiciens. J’ai passé beaucoup de temps dans les deux mondes. Habituellement, je ne rencontre pas des musiciens qui sont des écrivains sérieux et vice versa. Mon expérience de vie avec ces deux groupes a façonné le regard que je porte sur eux. Je trouve les écrivains rigoureux et sérieux, alors que les musiciens sont davantage des individus rêveurs, utopistes.
- Si je te demande de me citer un film, un album et un livre, que me dirais-tu ?
« The White Album » des Beatles pour la musique, « Laurence D’Arabie » pour le film et « La mort à Venise » de Thomas Mann pour le livre.
- Comment as-tu prévu de retranscrire l’ambiance de l’album en live ?
Honnêtement, je ne sais pas trop comment ces chansons peuvent sonner en concert. Je crois que les chansons et les arrangements de cet album sont d’abord pensés pour un enregistrement. Je ne suis pas sûr que cela fonctionne si bien en live. Mais je vais faire de mon mieux pour bien les adapter à cette autre situation.
- Des concerts prévus en France ?
Oui, j’ai quelques dates en France : le 1er mai à Paris à l’Espace B. Il y a aussi six ou sept shows qui sont en cours de préparation dans la période du 20 au 27 mai. J’espère que je vais avoir plus d’informations concernant ces concerts dans les jours qui viennent. Je les posterai sur ma page Facebook.
Encore merci pour ces questions pertinentes et de m’avoir permis d’en dire plus sur l’album. J’ai vraiment apprécié. Merci !
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- Hello Barzin! First, we are very glad to talk with you and we really appreciate your work, especially on your latest album « To Live Alone In That Long Summer ». What’s the origin of your name? Is there a connection with Léon Barzin (american conductor and founder of New York City Ballet) or not at all?
Thank you very much for taking the time to talk to me about the new album. The roots of my name is Persian. My family is from that part of the world. There is no connection to the conductor, Leon Barzin.
- Did you develop this album like the others? Does it have the same basis in terms of composition?
There were a lot of stages involved in the making of this album. I began working on these songs almost 4 years ago. It was a pretty long process. I first started to work on these songs on my own. I initially wanted to make a simple album. I thought I would make an album with just an acoustic guitar and piano. So I first started off by recording these songs on a very simple recording set up at home. I was mainly doing that to see how the songs would sound on their own. When I did that, I realized that the songs needed more than just a guitar and piano. And that was when I took the songs to my long time musical partner, Nick Zubeck, who has been playing live shows with me for years. It was in his studio that we began to try instruments like drums and electric guitar on the songs. So it was there that we began to enlarge the palate. After that, I asked Sandro Perri and Les cooper to spend a few days with me and the band and to help me shape the songs. I brought together the musicians who were going to play on the album and we spent six days in a studio jamming the songs and trying different arrangements and ideas. Only when we had done that, did we go into the studio and begin to record the album. And I continued to slowly chipped away at this album until the songs felt complete. I am sure I could have worked on these songs for much longer, but there comes a point when you have to let go of an album and put it out into the world.
- What happened while THAT long summer? Was it a period of inspiration?
Over the past 7 years I’ve spent a lot of time by myself. A lot of my time has been spent, reading, writing, working on music. Many of the activities I’ve been involved in were solitary acts. So it was appropriate to use a title like that. Summer times are usually my most creative periods where I do most of my writing.
- There’s five years between the release of the two latest albums. Did you need a long time to create a new atmosphere?
I needed the time between the two albums to gather new experiences. I needed to try new things, and put myself into new situations to expand my sense of the world. That is the only way I can write.
- Nowadays, we feel a creative frenzy from Canada at the level of pop music. Do you feel it too?
Yes. Canada is producing really great stuff. So much great music is coming out of here. So it’s great. It raises the bar and challenges you to be as good as the people around you.
- You said : « I feel I’ve been trying to create this album since I began making records. » So you believe that album outdoes what you wrote before ?
One of the difficult things with recording an album is that you are limited by your budget. Sometimes that forces you to rush through a performance, or might not give you access to equipment that you want to work with. All these limitations can shape the sound of your album. I was fortunate enough to work in some amazing studios with great engineers for this album. So I am really happy with the recording quality and the mixing of this album. That is something I had to struggle with when I was working on my other albums. Also, making 3 albums has given me the time and experience to think about how I want to express my music. So I was able to learn from the mistakes I made on my previous albums and not repeat them on this new album. I am proud of this album for many different reasons. I am proud of how it was arranged. I am proud of the performances of the musicians on it. I am proud of the lyrics, and I am proud of the songs. So I can’t ask for anything more.
- That album is full of loneliness and meditation. Its atmosphere is very contemplative, embellished with images, and finally like cinematic sounds in slow-motion (« All The While » and « In The Dark You Can Love This Place »). How are these themes dear to you ?
These themes have been a part of my life for a very long time. So it was important for me to write about them. They say, write what you know. So I had to write about what I was experiencing. I find the theme of loneliness to be a very rich topic. I think there is so much in it to explore. I have always loved the lines from Joseph Conrad’s novel, « Heart Of Darkness. » In it a character says: « … No, it is impossible; it is impossible to convey the life-sensation of any given epoch of one’s existence—that which makes its truth, its meaning—its subtle and penetrating essence. It is impossible. We live, as we dream—alone…. » These lines capture for me the mystery of our experience, which is that we cannot ever fully express to others what is it that we are feeling and experiencing. Yet, we try. I think that is one of the main reasons why we turn towards arts, so that we can get closer to expressing what it is that we feel inside so others can understand us. Loneliness is such a deep part of our lives.
- Concerning the album cover, we think that has such a big part in the perception of the music. How does that bright and foggy photo of a portuary metropolis inspire you?
The city played a big role in this album. In some ways I feel this album is a city album. I feel that the sense of isolation and disconnect that I was trying to express through this album arises from the modern life of living in cities. I think cities are places where people are brought together, and yet there is so much loneliness and separation in these places that are filled with millions of people. So I wanted to highlight the city and show the importance it plays in this album.

- Musicians are huge poets, aren’t they?
I actually feel there is a difference between writers and musicians. I’ve spent a lot of time with both groups. I usually don’t meet many musicians who are serious writers and vice versa. My experience with these two groups has shaped the way I think of them. I find writers to be quite serious and intense. Musicians are a dreamy group of individuals.
- If we ask you one movie / one album / one book, what would you say?
Music : « The White Album » by The Beatles.
Movie : Lawrence Of Arabia.
Literature : « Death in Venice » by Thomas Mann.
- How do you plan to recreate the album’s atmosphere live?
Honestly, I am not sure how these songs are going to sound live. I believe that the songs and the arrangements on this album are best suited for a recording. I am not sure if they will work live. But I will try my best to adapt them as best as possible for a live performance.
- Any gigs planned in France?
Yes, I have a few dates in France. May 1st in Paris at Espace B. There is also about 6-7 shows that are currently being worked on for the period of May 20-27 for France. So hopefully I will have more information about those shows in a few weeks. They will be posted on my Facebook.
Thank you again for these insightful questions, and for allowing me to talk about this album. I really appreciate it. Thank you.