Faiseur de belles austérités, l’avant-gardiste Isaiah Gage nous introduit au « cello-centric » avec son premier album solo « Suddenly Home ».

Des personnes ont constamment besoin de repousser les limites. Aller toujours plus loin, toujours plus haut. Les têtes brulées, avides d’adrénaline, enchaineront les expériences les plus folles dans le but de mourir moins cons et les plus raisonnables expliqueront que l’expérimentation et l’audace sont les clés du long chemin vers la maîtrise de soi et des choses. Pour la suite, il suffira d’agir avec discernement.
Le multi-instrumentaliste et singer/songwriter Isaiah Gage décide d’optimiser toutes les aptitudes d’un seul et unique instrument, le violoncelle, et le place dans un contexte rare et inédit, le « cello-centric ». Il envoie valser son égo et pousse son instrument dans ses derniers retranchements pour récolter tous les sons nécessaires à la composition martyrisée de « Suddenly Home ». Formé au conservatoire, ce New-Yorkais a passé sa vie à étudier les nuances de son instrument chéri. Dans son premier album solo, il fusionne la technique de son enseignement classique avec l’approche expérimentale. Il assemble des beats électroniques à sa propre voix qu’il décline en effets sonores beatboxiens pour créer une texture alternative.
Gage commence à écrire les chansons pour « Suddenly Home » en 2012, après la dissolution de son groupe La Strada, où il introduisait les sons langoureux du violoncelle dans un cadre indie rock. Il enregistra début 2013 avec le producteur Will Thomas (Dive Index, Plumbline) derrière les planches. Ils organisent un bric-à-brac sonore, un casse-tête de distorsions massives, d’effets de pédales et d’une myriade de micros ajoutés sur les compositions classiques et structurées de Gage. Ces cassures dans le rythme se déclinent en plusieurs impressions. Une première approche artisanale bien connue de Devendra Banhart – Gage fait vivre ses cordes comme un menuisier ferait vivre un morceau de bois – et une autre vision plus mélancolique et austère formée par les bourdonnements vaporeux du cello, molletonnés par le bruit sourd, léger et continu du mille-feuille vocal de Gage.
Les chansons captivent, l’oreille est attentive et curieuse. Les pincements sobres et romantiques de « Games », le lourd et moite « Desperate Sense », l’inquiétant « Quicksand (Can’t Go Back) » et la brèche lumineuse et puissante de « Washed In The Sunlignt », des titres qui tentent de geler et d’extraire la pureté d’une vie perdue dans le chaos d’une grande ville. La couverture de l’album par Marisabina Russo, illustratrice et auteure de livres pour enfants, reflète les thèmes d’isolement qu’imprègne l’album.
Isaiah Gage persécute son violoncelle. Il frotte, pince et gratte les cordes de son instrument pour en exhumer ses plus belles capacités jusqu’à là inconnues. Une persécution jouissive et nécessaire. Comme accoutumée, cette sorte de torture matérielle ne sert qu’à une seule chose : faire cracher la vérité.
« Suddenly Home » d’Isaiah Gage est disponible depuis le 6 décembre 2013 chez Twin Lion PR.
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