Un disque plein de surprises et de vices insalubres. « Winter Games » est une prise de risque honorable qui prouve toute la complexité d’un homme tordu et passionné, Chris Garneau.

Les saisons sont mortes. Elles ont perdu la notion du temps et ne suivent plus les mois. Elles défilent à la hâte, en retard, comme un mauvais relais 4x100m. Plus les années passent et plus l’hiver nous donne l’impression d’avoir les yeux plus gros que le ventre. En gros prétentieux, il crane devant les 3 autres par son imposante et longue froideur. La faute au réchauffement climatique ou à l’illusion collective ?
Quand Chris Garneau a commencé à travailler il y a 5 ans sur « Winter Games », il avait une idée précise en tête : explorer la saison glacée de l’hiver à travers l’histoire de ses proches, passer en revue leurs souvenirs, leurs sentiments, leurs expressions et comprendre comment l’hiver les a affectés. Un exercice qui reflète des actes passés pour normalement mieux les accepter ou, pire encore, pour remuer le couteau dans la plaie. Un souhait de rédemption ou de damnation ?
L’ambiance et l’écriture du nouvel opus ne savent pas faire la différence, il balance constamment entre les deux logiques. C’est beau et troublant. Résonances malsaines, grincements de violoncelles, chœurs, écoulements synthétiques, voix fragile, une délicieuse déprime et prospection psychique qu’on savoure seul en position fœtale.
Le piano n’est plus l’instrument essentiel, des sonorités nouvelles surviennent. Garneau s’exila à la campagne pour composer, au milieu de chèvres, de poulets et d’autres bestioles fermières. « Je pouvais faire autant de bruit que je voulais, je me suis fait plaisir. Il y a sur « Winter Games » plus d’expérimentations sonores, plus de libertés ». C’est en ce sens que l’opus est plus optimiste que ses dernières sorties, moins introverties et repliées sur elles.
Mais ce n’est qu’une apparence. Les deux premiers morceaux écrits par Garneau (simplement intitulé « Winter Song #1 » et « Winter Song #2 ») servent de bouc émissaire. Le début d’un long travail mental. Il affirme que « cet album ne parle pas de merde triviale. Il parle de pourquoi l’amour n’est pas toujours juste et de comment une personne est formée dans les premiers stades de sa vie. Ça parle de personnes qui luttent ». Le pourquoi du comment qui ne fait ni dans le tricot ni dans l’amourette superficielle. Il puise son inspiration dans des sujets beaucoup plus sombres tels que l’inceste, la violence et l’abandon parental.
Des thèmes qui rejoignent l’animosité de Perfume Genius (Mike Hadreas), ami et muse de Garneau, dont on sent également dans quelques pistes l’influence sonore (« The Whore In Yourself », « Our Man »).
Petit hic, l’incompréhension du disque revient à « Oh God », sorte de pop-dance frôlant la Gagattitude et la dope des Cocteau Twins. Mais l’honneur est sauf puisqu’il y parle de fin du monde et de questionnement existentiel. Eh oui, Garneau est aussi concerné par le sort de la planète ; Fukushima et effet de serre compris. Un mélo-écolo pessimiste et accompli.

« Winter Games » marche dans les traces gelées de l’errance familiale. L’ensemble annonce l’affrontement intensif entre un homme et son enfance pas franchement belle. L’humeur est balancée et le bonheur drainé. Une expiation assourdissante. Le tarif est lourd.
« Winter Games » de Chris Garneau est disponible en version digitale depuis le 6 décembre 2013. Sortie physique le 4 avril 2014 chez Cloud Hills.
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