Voir Charles Bradley en live est une des plus belles expériences musicales que nous ayons été amenés à vivre ces dernières années au Chabada. Après Charles Walker et ses Dynamites l’an passé, la soul revenait en pleine lumière ce mardi soir dans la salle angevine, plus vibrante que jamais. Le chanteur, révélé à l’âge où d’autres prennent leur retraite, fêtant il y a quelques jours ses 65 ans, a entrainé ses fidèles dans l’âge d’or de la soul avec une énergie sans faille. Avec ses gestes chaleureux, bras ouverts face à l’assemblée, ce grand monsieur n’a eu cesse de nous envoyer beaucoup de sagesse et d’amour.

Introduit par ses Extraordinaires, assurant tout autant l’animation de la soirée avec un claviériste – chauffeur de salle impeccable dans son rôle, Charles Bradley débarque sur scène après trois instrumentaux faits pour tester et échauffer le public. Avec sa veste jaune pétante à l’écusson brillant, sa coupe afro bien élevée, son tee-shirt pharaon, son collier doré tenant une statuette indienne, son pantalon rouge, sa ceinture tête-de-mort étincelante et ses chaussures pailletées, le chanteur présente un look aussi improbable qu’immanquable. Plus visible qu’une balise de détresse, le showman américain rayonne sur scène. Le bonhomme sexagénaire cherche la communion avec son public en nous offrant un chassé-croisé de ses deux albums (« No Time For Dreaming » (2011) et « Victim Of Love », sorti plus tôt cette année) et la trouve rapidement avec un public sous le charme de cette soul en état de grâce.
Sa voix déchirante, capable de parler du véritable amour, de la douleur de perdre un proche tout comme de sa foi en Dieu, touche ceux qui l’écoutent comme Midas avec sa main dorée. Véritable attraction quand il se met à enchaîner quelques pas enflammés ou à balancer son fessier comme du temps de sa lointaine jeunesse, Charles Bradley surprend, étonne puis rassure sur sa vitalité, sur son amour pour la vie. Nous sommes immanquablement sous le charme, et nous le resterons tout au long de ce concert, emportés par cette fougue exemplaire. Des titres comme « You Put The Flame On Me », « Victim Of Love », « Lovin’ You Baby » et le formidable « The World (Is Going Up In Flames) » viennent ainsi troubler de passion toutes les âmes bienheureuses de la salle.
Que dire alors de cette surprise de découvrir cette reprise soul du classique de Neil Young, « Heart Of Gold », entonnée par le requinqué Charles et ses compères aux cuivres et à l’orgue. En fin de soirée, après s’être absenté le temps de deux instrumentaux, ce bon vieux Charles revient plus vivant que jamais, torse nu avec son peignoir bleu pailleté étincelant pour un dernier quart d’heure fabuleux. Quart d’heure conclu par un bain de foule ovationné. L’artiste dingue, le génie au grand cœur et à la voix grave, le prêcheur de toutes les croyances et non-croyances nous a captivés ce mardi soir, nous pauvres fous, véritables fidèles et authentiques passionnés d’un genre qui reste bloqué dans l’espace-temps comme dans nos âmes !
Un très grand et beau moment. Merci Monsieur Bradley !
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