Old Hours – Timothy EP

Il pleut sur Paris. La ville dégouline derrière les vitres perlées de gouttes. Un thé fumant, une vapeur chaude qui s’échappe dans la pièce. Il y a ces journées qu’on aime garder au chaud, capturées sous une couverture. Ces repos qu’on aime apprivoiser au son de douces mélodies. Il pleut sur Paris et une fois encore, je me plonge dans les sonorités qu’offre Bandcamp. Le plaisir de ce jour sera ma rencontre avec « Timothy », premier EP d’Old Hours.

Old Hours - Timothy

Quand on navigue de page en page, de site en site, ne mentons pas, ce sont les illustrations qui nous captent avant qu’un son nous envoûte. C’est donc ce doux dessin qui retient d’abord. Un renard. Un agneau. Paisibles. Animaux qu’on pourrait retrouver aux murs, motifs de tapisseries, ou dans le fond d’une assiette ébréchée. L’image nous porte vers ce temps, ces souvenirs, ces joies gardées au cœur des vieilles demeures silencieuses, qui ont pourtant tant entendu.

Derrière la fragilité et le calme de ces deux bêtes, de ces murs, Old Hours. Old Hours est américain. Old Hours est pluralité. Cinq âmes dans le vent, qui souffle sur des contrées sensitives. La formation a le talent de toucher avec justesse ces moments si peu opportuns. La rencontre des voix d’Anna et Nathaniel est cette chose qui transcende d’une jolie ardeur.

Timothy EP s’ouvre sûrement sur « Surely, you and… ». La guitare est franche, soupçon énergisant de l’électrique qui se marrie si bien avec la fougue du tambourin. Quand la voix pousse, mais ne tremble pas, comme un appel qu’on pousse pour mieux attendre la réponse. Comme un râle qui ne souffre pas. Il y a de ça chez Old Hours : l’intensité des grandes plaies et le goût des jours heureux. Pourtant, un peu plus loin, lorsqu’arrive « Wealth of Love », le ton est plus sobre. Plus saccadé. Plus grave. Elles sont alors loin les envolées nonchalantes de l’ouverture, et les esquisses enfantines ne sont plus que des échos. Mais où Old Hours fait la différence, c’est justement dans la richesse de compositions épurées. « Timothy », titre éponyme, est dans cette veine. Des guitares, seulement des guitares qui se répondent dans des jeux convulsifs et calmement nerveux. Et puis viennent, « Wary Bones » et « Julietta ». À la suite, ils ferment ce bel EP. Une note plus enjouée, des voix qui se risquent plus. Petit bijou sobre, mais pêchu.

Le groupe joue avec cette complexité. Avec cette différence de tons, d’humeurs et d’émotions. Variation des plaisirs, entre pertes mélancoliques et instants précieux. Les jeunes gens font le choix de ne pas choisir entre la joie et les pleurs. Le goût des larmes et l’esquisse d’un sourire. Les sensations se rencontrent. Les émotions luttent avec bienveillance, tombent à terre, se relèvent et combattent de plus belle. Dans cette douce bataille, elles ne peuvent qu’être plus grandes.

Old Hours

« Timothy » de Old Days est disponible depuis le 8 novembre 2013.

facebook.com/Oldhoursmusic
oldhours.bandcamp.com

Photo of author

Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes