À l’occasion du concert que nous organisons ce jeudi à la Dame de Canton en partenariat avec le label strasbourgeois Flying Cow Records, indiemusic a proposé à In The Canopy une interview.
L’occasion de retracer le parcours du quintet art rock parisien, d’explorer avec eux leur univers singulier, sans oublier de parler de leur rapport à la scène et de ce concert qui approche !

- Bonjour In The Canopy. Pour commencer, un grand classique, de qui se compose le groupe ?
Joachim : Salut ! Alors l’équipe est composée de 5 canopies : Thomas Chalindar à la batterie, Erwan Karren à la basse et aux chœurs, Maxime Lunel aux synthés et à la guitare électrique, Thomas Martinez à la guitare électrique et aux chœurs, et moi-même, Joachim Müllner, au chant et à la guitare folk.
- Votre premier concert remonte à novembre 2009. Comment le groupe a-t-il évolué jusqu’à sa formation actuelle ?
Thomas M. : Ce tout premier concert était un duo. Mais la batterie, la basse et les synthés résonnaient déjà dans nos têtes à ce moment-là. Thomas puis Erwan nous ont donc rejoints respectivement en 2011 et 2012. Et Maxime fut d’abord l’ingé son et mixeur de notre premier EP. Nous nous sommes tout de suite entendus artistiquement et humainement. Il était donc logique qu’il nous rejoigne à son tour.
- Le choix d’In The Canopy comme nom de groupe, comment s’est-il imposé ?
Joachim : En fait, ce mot de canopée résonnait dans ma tête depuis plusieurs années… J’aimais beaucoup sa sonorité et son sens qui désigne l’étage supérieur des forêts notamment tropicales. C’est associé à plein d’images rêveuses, d’espaces intermédiaires, transitionnels, suspendus entre ciel et terre… Qui deviennent des espaces définissables en tant que tels du fait de leur originalité. Et dans le groupe, on aime penser ce lieu comme un espace secret, encore protégé de l’activité humaine. Espace dans lequel nous créons notre musique. Musique par laquelle nous créons cet espace. Du coup, ce nom s’est imposé comme allégorie de notre démarche artistique. Ça donne « In The Canopy » !

- Vous vous présentez comme un projet « art rock ». Ce terme étant aussi facile à interpréter que complexe à définir, qu’entendez-vous par « art rock » ?
Erwan : Haha ! J’aime bien ta formulation de votre question… Je crois qu’il y a aussi de cela dans l’appellation « art rock » : l’envie d’évoquer sans définir, de laisser à chacun une liberté d’interprétation, d’avoir un espace ouvert autour de soi plutôt qu’une case. D’ailleurs au sein de la canopée on n’est pas vraiment unanimes sur le terme, mais au moins il nous permet d’exprimer nous aussi notre pluralité. Et puis, il y a peut-être aussi un certain besoin de se rappeler que la Musique a été un art avant de devenir un produit de consommation.
- Vous sortiez votre premier EP « Never Return » en décembre dernier. Avez-vous commencé à entreprendre une suite à ce premier opus ou vous consacrez-vous davantage à l’aspect live de votre projet ?
Erwan : Les deux, avec toute la difficulté que cela représente. Le premier EP a insufflé une nouvelle dynamique au groupe, on a tous eu la sensation du vent qui commençait à gonfler les voiles…
Du coup, nos exigences vis-à-vis de nous-mêmes ont fait un bond : on a voulu jouer plus souvent, mieux et on continue à travailler dans cette direction.
Mais on doit aussi veiller à ce que la source ne se tarisse pas : développer notre musique, créer de nouveaux morceaux, et enrichir notre projet de nos nouvelles expériences. Le challenge, c’est de mener tout ça de front… plus la vie active.
- J’ai d’ailleurs une question sur l’un des titres, « New 6 ». Quelle est votre signification ?
Thomas M. : Pour ce morceau, c’est mon logiciel d’enregistrement qui a choisi le titre lorsque j’ai cliqué sur « Enregistrer sous ». Puisqu’il s’agit donc de musique « assistée par ordinateur », il ne me semblait pas totalement illogique de laisser la machine décider du titre. Et pour ajouter à ma défense, une de mes chansons préférées d’Elliott Smith s’intitule No Name n°5. Reste que nous avons donc utilisé notre joker « non-titre ». Mais il nous reste encore un joker « album éponyme » !
- Et les trois points colorés sous le nom de votre groupe sur la pochette ?

Joachim : Haha, grande question métaphysique. En fait, quand j’ai composé l’artwork du premier EP, j’ai d’abord voulu le bosser à partir d‘un décor naturel, d’une vraie photo prise depuis nos vraies vies… J’ai donc retravaillé une photo que j’avais faite depuis un col dans les Alpes, un endroit magnifique à la croisée de trois vallées… Et ensuite, à partir de ces dominantes vertes et marron, j’ai voulu exprimer celles qui me semblaient complémentaires. Je les ai pensées comme les couleurs complémentaires de la Canopée et, finalement, un peu comme le code couleur secret de ce qui est, aujourd’hui encore, la première pierre de l’histoire de In The Canopy. Voilà tout…
- Vous avez réalisé plus récemment une reprise, superbe, du « Teardrop » de Massive Attack. Newton Faulkner l’avait fait en 2007, en acoustique, sur son premier album « Hand Built By Robots ». Pourquoi avoir choisi de reprendre ce titre plutôt qu’un autre ?
Joachim : On a tous beaucoup d’influences, diverses et complémentaires… Alors quand nous avons eu l’immense nouvelle, jouer une reprise pour un live sur France Inter (On va tous y passer du 9 septembre 2013 dernier), nous avons d’abord planché sur le choix du morceau…
Et on s’est tous retrouvés sur le choix de ce « Teardrop » qui nous avait tous chamboulés plus jeune qu’on avait déjà tous dans nos veines de musiciens. On était tous emballés par la profondeur et la finesse de l’écriture de la voix, par le beat trip hop, par la fausse simplicité de la structure… Et on a donc croqué tout ça à la canopienne.
- Suite à l’accueil très positif de votre reprise, envisagez-vous d’autres reprises au cours des prochains mois ?
Thomas M. : Offrir une relecture de Teardrop fut un exercice stimulant pour nous, car ce fut une des premières fois où nous avons véritablement créé en commun. Nous avons donc très envie de renouveler l’expérience. Compliqué aussi, car Teardrop, c’est un peu un Everest de la musique pop. Mais quand on a goûté à l’ivresse des hauteurs…
Joachim : Quand on y a goûté, on a vite envie de redescendre pour avoir de quoi remonter ! C’est un exercice que nous aimons beaucoup. Nous avons donc aussi présenté une reprise de The RIP de Portishead dans l’émission Rodéo sur le Mouv’ (le 21 octobre 2013). On a aussi pu jouer en live, notamment en duo avec Thomas, du PJ Harvey, du Elliot Smith, du Local Natives ou encore du Radiohead.
- Vous avez une décoration de scène relativement identifiable composée de guirlandes lumineuses et d’un crane lui aussi éclairé. Attirer les regards autant que l’oreille sur votre projet, c’est votre parti pris en concert ?
Joachim : On pourrait réfléchir cette démarche comme une volonté d’attirer l’œil, mais en fait ce serait comme de dire qu’on compose notre musique pour attirer les oreilles.
Pour la musique, je pense que nous composons la musique que nous aimons et que nous aurions aimé entendre. Nous créons une musique complémentaire de toutes les influences que nous avons et, de fait, nous espérons attirer les oreilles des gens qui se lisent en nos codes, en nos émotions, ou qui, par contigüité d’affinité, aiment venir découvrir d’autres codes, d’autres discours.
Et pour le visuel du coup, c’est pareil. Ce crâne est un discours en tant que tel. Par sa force évocatrice, il peut intriguer, se laisser seulement regarder ou se penser comme un symbole de la canopée comme espace utopique de création.
Il est là, car cette canopée existe déjà dans la tête de chacun. Il est là, car notre musique est créée là dedans, que le monde que nous sentons autour de nous, nous le captons et nous le simulons en nous là dedans… Et il est là, car, au final, nous ne sommes que ça et c’est la légèreté de cette pensée qui nous permet d’apprécier de vivre toute cette histoire avec autant d’intensité.
- Vous serez jeudi prochain en concert à la Dame de Canton dans le cadre d’une de nos soirées indiemusic. Jouer sur un bateau péniche, c’est un peu jouer entre mer et terre, on retrouve l’idée de la Canopée ?

Joachim : Absolument ! La Dame de Canton est une salle que nous aimons beaucoup ! Dans laquelle nous avons eu le plaisir de jouer déjà deux fois et dans laquelle il y a, en effet, ce plaisir de jouer posés sur l’eau. De quitter la terre ferme. De partir un peu en voyage. Et d’y tanguer autant que nous pouvons. Oui, comme tu dis, la Dame de Canton est un peu notre Canopée parisienne.
- Que doit-on attendre de votre concert ?
Thomas M. : La scène, c’est l’occasion pour nous d’être dans le plaisir pur, de lâcher les chevaux, et de stopper le radiateur à méninges pour quelque temps ! On espère communiquer au public cette énergie positive qui nous anime lorsqu’on se retrouve ensemble sur scène.
Joachim : Yes ! Et comme on n’aura pas joué depuis un mois, on va lâcher beaucoup de chevaux alors venez les chevaucher avec nous!
- Vous partagerez à cette occasion la scène avec les No Money Kids, finalistes Paris Jeunes Talents 2013 et The One Armed Man qui eux viennent de Strasbourg. Un petit mot à leur sujet ?
Joachim : Alors No Money Kids, on les a rencontrés parce qu’ils sont également accompagnés par le réseau MAP… Ce sont des gars très sympas et qui font un son bien travaillé avec des influences Black Keys très cool…
Et The One Armed Man, ce sont de ces amitiés modernes qui naissent sur internet… On s’était retrouvés sur des envies de partage en commun de se faire découvrir nos bourgades respectives et donc on va enfin les rencontrer en chair et en os ainsi que leur rock sanguin plein de fuzz comme on aime.
- Quels sont selon vous les groupes à suivre de près au cours des prochains mois ? Des potes à vous à nous recommander ?
Joachim : Y a un groupe de grands amis à nous dont on aime particulièrement la musique, qui sont les Balinger.
Comme je le lisais très récemment sur Facebook, ils ont tout d’un grand groupe : l’émotion, l’univers et le charisme.
Nos amis de Dalva également dont tu as chroniqué récemment leur premier EP. Superbes compositions de notre ami Johan, de Thomas et Erwan qui jouent avec lui, chantées en français avec des influences anglo-saxonnes pointues.
Et enfin, nos amis de Derfzen, groupe hybride électro-dub-rock puissant et tout à fait planant avec la voix céleste de notre ami Abbes.
- Une question un peu folle pour finir, jouer sur un pont surplombant la canopée équatoriale, ça serait le pied non ?
Joachim : Oh la vache ! Carrément ! Récemment, on bossait sur des idées de clips et je repensais à ces chercheurs qui utilisent des radeaux gonflables (le crown’s rafting dont on parle dans le titre Never Return) qu’ils posent sur les cimes pour étudier la canopée in situ. Alors oui, on se fait ça quand tu veux !
- Merci à vous cinq et à très bientôt !
inthecanopy.fr
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Pour toutes les infos sur notre soirée indiemusic à la Dame de Canton : facebook.com/events/641776825856386/