Benjamin Clementine a parcouru les couloirs de métro comme une rumeur. Comme Keziah Jones, il a commencé à offrir sa musique dans les aléas des rames, pour arriver aujourd’hui sur les premières parties de Sébastien Tellier. Le chemin a été rapide. L’ascension en seulement quelques mois, illustrée par un très bel EP « Cornerstone ».

Si on le découvre en concert, Benjamin Clementine est un corps. Une carrure. D’abord grand, mais aussi musclé, il est cet être qui sculpte sa présence, son aura dans la chaire. Impressionnant. De la sorte, il peut fasciner comme il peut apeurer ou déranger. Mais derrière son piano, c’est une voix et une sensibilité qui émanent de lui. Cette sensation est gravée dans son premier EP « Cornerstone » sorti en juin dernier, et revisité ce mois-ci par une Deezer Session.
Si Mitterrand n’était pas passé par là, on pourrait lui donner sans concession, le slogan « La force tranquille ». Car « Cornerstone » est cet équilibre entre le poids tragique donné à la voix, mais aussi ce timbre feutré qui parfois se laisse entendre. Saisissant, tellement le jeune homme semble se balader avec assurance sur le fil vertigineux de sa musique.
L’EP est de trois titres. Efficaces. Les morceaux courent sur le jeu de piano assuré par le maître. Éponyme, « Cornerstone » ouvre magistralement le projet. C’est une voix qui aurait pu crier une détresse, mais à contre-pied un certain apaisement apparaît dans les effets de voix. Ce ne sont pas des râles, mais des souffles. Benjamin Clementine a conscience de la force des mots et les martèle avec conviction, avec nécessité. C’est alors un refrain, un « My Home » qui enveloppe le titre et résonnera bien longtemps après.

Il est difficile de dire si une mélodie parle de joie, ou nous pousse dans la mélancolie. Il est difficile puisque le jeune homme se joue de nous, des émotions. « I Won’t Complain » est ce cheminement des sensations. Entre le sourire et les pleurs. Entre les souvenirs et l’instant.
Initialement, « London » termine cet EP. Le piano se fait moins présent, moins strident, moins énervé. Peut-être serait-ce un artiste apaisé qui pose une voix sur sa ville ? Une voix plus claire, qui s’approche moins des basses et se laisse fredonner les notes de piano. Oui, Benjamin Clementine nous offre comme final, un titre empli de calme et d’amour urbain, si ce n’est autre chose.
Deezer enchaînera sur une live session. Deux des titres seront repris et « Quiver A Little » apparaîtra. Un joli moment où la voix se fait expérimentation des sens. Benjamin Clementine a ce quelque chose des rois. Un roi qui a connu les ruelles sombres. Un sage qui porte, la tête haute, les détresses d’un monde.

« Cornerstone » de Benjamin Clementine est disponible depuis le 10 juin 2013 chez Behind.