Rencontre avec Ben Ellis

Après une carrière en tant que leader du groupe parisien Brooklyn, Ben Ellis est de retour en solo. On avait déjà eu un avant-goût de son talent sur son premier EP « Into The Light » en juillet dernier. À l’occasion du MaMA, indiemusic lui a proposé une entrevue. Histoire d’en savoir plus sur le parcours du musicien, ses sources d’inspirations et le concert qu’il nous réserve jeudi prochain au Backstage de l’O’Sullivans en compagnie de The Sophia Lorenians et Yalta Club.

crédit : Lisa Boostani
crédit : Lisa Boostani
  • Bonjour Ben Ellis, tu es né à la Réunion, tu as vécu à New York et tu es désormais installé à Paris. Une vie de globe-trotter ! On dit que les voyages forgent la jeunesse, qu’en penses-tu ?

Il est certain que ça ouvre l’esprit ! Mes racines réunionnaises m’inspirent beaucoup en ce qui concerne l’aspect rythmique de ma musique. J’utilise beaucoup de percussions, c’est une conséquence directe des sons et des ambiances que j’ai entendu lorsque j’étais enfant. La Réunion est une terre de métissage culturel intense : j’habitais près d’une mosquée (la plus ancienne de France) et cela donnait des mélanges intéressants : le séga-maloya qui descend des chants d’esclaves mélangé au muezzin des descendants des perses immigrés au 19e siècle, le tout mâtiné des gouts jazz et rock de mon père ! New-York m’a permis de découvrir l’expérimentation dans le son et les textures : j’ai travaillé pour l’artiste contemporain Ken Butler qui fabrique ses propres instruments à partir d’objets de la vie courante. C’est quelqu’un de très original et son contact ainsi que le contexte foisonnant de Williamsburg ont beaucoup contribué à ouvrir mon esprit.

  • Entre l’annonce de la fin de ton groupe, Brooklyn, en 2010, et le lancement de ton projet solo fin 2012 – début 2013, il s’est écoulé près de trois ans. Comment as-tu préparé ton retour sur scène ?

En réfléchissant beaucoup à ce que je voulais faire. J’ai fréquenté d’autres milieux que ceux de la musique, et j’ai travaillé dans la mode ce qui m’a permis de me préparer tranquillement, sans pression. J’y ai rencontré des gens intéressants et me suis forgé une culture graphique, qui contribue également à mon projet artistique tel qu’il est aujourd’hui. J’ai un peu cherché en ce qui concerne la scène, commencé par une formation assez rock qui a doucement chaviré vers quelque chose de plus électronique et direct. Depuis quelques jours, nous sommes trois multi-instrumentistes et ça fonctionne plutôt bien. Tu pourras voir ça au MaMA pour notre date inaugurale !

crédit : Lorraine Fagot
crédit : Lorraine Fagot
  • Passer d’un projet à un autre amène-t-il à remettre en cause son identité musicale selon toi ? Vois-tu ton projet comme un nouveau départ ou comme inscrit dans une certaine continuité de ton groupe 

Non c’est complètement autre chose. Tu l’as souligné plus tôt, il s’est passé tellement de temps entre ces deux projets que je vois Brooklyn comme une première étape plutôt réussie mais qui de par sa forme imposait une sorte de limite dans ce que je souhaitais faire. Il s’est écoulé huit ans depuis la formation de Brooklyn, autant dire une éternité, et si j’ai gardé certains réflexes dans ma manière de composer, mon univers lui est radicalement différent.

  • Tu as tourné le clip d’Into The Light en Chine. La culture chinoise est-elle source d’inspiration pour ta musique ?

La Chine est un pays qui me fascine autant qu’il me fait peur. J’ai tourné le clip d’Into The Light là bas comme une forme de défi envers moi même : Pékin est probablement la dernière destination où j’aurais souhaité passer mes vacances, mais comme il s’agissait de mettre des images sur un titre, j’ai imaginé que l’atmosphère sombre et polluée de la ville pourrait créer un contrepoint intéressant avec l’aspect très pop du morceau. Ce siècle est en train de voir la Chine entrer pleinement dans la lumière et prendre petit à petit la place qui lui revient sur les échiquiers économiques et diplomatiques, et c’était aussi un clin d’œil au texte de la chanson.

  • Y’a-t-il des pays qui t’ont inspiré des titres ? Des voyages, des rencontres ?

Oui, la Réunion, New-York. Et des rencontres bien entendu. Ma plus belle chanson parle de ma (future) femme !

  • Ton premier EP « Into The Light » sortait cet été. Sur la pochette, on te voit avec des gants de boxe. As-tu lutté pour sortir ce disque ? Et si oui, avec qui, contre qui ?
crédit : Laurent Gudin
crédit : Laurent Gudin

Effectivement. Sortir un disque aujourd’hui est clairement une lutte. Pas contre quelque chose ou quelqu’un en particulier, mais si faire le choix d’une vie d’artiste comporte certains avantages, il existe aussi de très nombreux inconvénients. À moins d’être né avec une cuillère d’argent dans la bouche, cela demande pas mal de sacrifices, que je fais avec joie mais qui parfois se révèlent difficiles sur la durée. La vie d’un musicien est faite de joie, de communion avec le public et surtout de la satisfaction de vivre (même très mal) de son art, mais aussi de nombreux faux espoirs, de rendez-vous manqués et de joies de courte durée.
Donc oui, c’est un combat d’une certaine manière. J’ai remarqué lorsque je vivais à New-York que la société anglo-saxonne respectait ses artistes. Même si ça n’est pas plus facile là-bas, être musicien est vu comme un vrai métier. C’est loin d’être le cas ici ou j’entends souvent : « non mais tu fais quoi comme vrai travail ? ». C’est symptomatique du fait qu’on encourage pas tellement la créativité brute et qu’on pousse plutôt les artistes à rentrer dans des cases préconçues type « Nouvelle Star », à rester les interprètes de tubes des années 80 plutôt que de créer des univers nouveaux. Cela dit, j’admets que les choses changent depuis quelques années et qu’il y’a plus de diversité aujourd’hui en France qu’auparavant.

  • Ton album a été mixé par Alex Gopher, un musicien et dj très orienté autour des musiques électroniques. Qu’a-t-il apporté à ce premier disque ?

Il a apporté son expérience et son talent ! J’ai beaucoup aimé travailler avec lui parce que j’ai tout de suite senti que nous avions la même vision de ce que doit être un mix. Il a apporté sa touche un peu magique, et il a des petits secrets assez formidables pour faire sonner une caisse claire, une basse ou un synthé exactement comme j’aime. C’est l’avantage de travailler avec quelqu’un d’aussi professionnel. Il a respecté la production qui existait avant qu’il n’arrive sur le projet tout en l’améliorant de manière significative !

Il m’a aussi permis d’apprendre, car étant moi même producteur il m’a -avec d’autres- aidé à progresser dans ma manière de mixer, ce qui me permet désormais d’assurer une grande partie de cet aspect du travail, car j’aime aussi beaucoup faire les choses par moi-même. Ca sera forcément différent mais je sens que j’arrive à cette étape ou je commence à être suffisamment content de mes mixs pour envisager de les sortir.

  • « Into The Light » est un album relativement lumineux, avec des titres pop entrainants qui invitent à l’ivresse et à la danse. Arriver à faire danser ceux qui t’écoutent, c’est le but de ta musique ?

Oui, et c’est le chemin que je prends de plus en plus. Into The Light est une première étape, et la suite s’annonce encore plus dansante.

  • Je trouve qu’il y a sur ce premier disque un petit côté Ben Lee de l’album « Awake Is The New Sleep », notamment sur Ash et Memories In The Cold. Quelles sont tes influences ?

C’est vrai ! Je ne connaissais pas cet artiste. Effectivement ses chansons ont l’air bien pop et bien troussées même si je sens un côté plus « folk » chez lui.

En réalité je n’écoute quasiment plus que de la musique électronique ou assimilées depuis plusieurs années. Four Tet, Gold Panda, Burial, Matthew Dear, John Talabot, Delorean. Ce sont des artistes qui restent pop d’une certaine manière mais qui cherchent aussi à aller plus loin dans le son. C’est ce que je regrette un peu sur Into The Light, c’est un disque que j’ai fait en studio (il y a un an déjà) de manière assez classique et ça a eu certains avantages, mais aujourd’hui je possède mon propre studio et j’ai tout le loisir de travailler en profondeur les sons et les textures. La limite de temps et de budget n’existent plus et ma production a pris une part fondamentale, ce qui n’était pas le cas à l’époque. On peut dire que je cherchais mais que je ne suis allé pas assez loin, et qu’aujourd’hui j’ai trouvé !

crédit : Laurent Gudin
crédit : Laurent Gudin
  • Suite à l’annulation de Fi/she/s, tu as rejoint les artistes de la soirée région Ile de France du MaMA le jeudi 17 octobre prochain au Backstage de l’O’Sullivans. As-tu déjà partagé la scène auparavant avec The Sophia Lorenians et Yalta Club, ou est-ce une grande première ?

Non, je ne les connais pas mais ça promet d’être une belle soirée !

  • Le MaMA réunit de nombreux professionnels de la musique et de l’image, qu’espères-tu de ta participation à cet événement ?

Pas d’avantage que de n’importe quel autre concert. Je fais de la musique pour tout le monde, pour les professionnels comme pour les autres ! J’espère que les gens vont s’amuser, et avoir envie de danser et chanter et prendre autant de plaisir que nous.

Ben Ellis Live

  • Tu fais partie de la scène musicale parisienne, aurais-tu quelques noms de groupes émergents à faire découvrir aux lecteurs d’indiemusic ?

Mes potes de The Agency travaillent sur des titres qui vont faire très très mal. Et j’ai reçu le nouveau Dombrance hier (feat. David Shaw). Ca va danser sévère! Et sinon j’ai beaucoup aimé l’EP et le concert de Kid Wise la semaine dernière, mais eux ils buzzent déjà tellement que tes lecteurs doivent déjà les connaître ! Je suis très content pour eux !

  • Merci beaucoup Ben et à très bientôt !

Merci à toi !

benellis.fr
facebook.com/benellismusic

Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques